Oden l’empoisonneuse (Yuji Makiguchi – 1977)

Vie et mort de Takahashi Oden, dernière femme à être exécutée par décapitation durant l’ère Meiji. Après avoir regroupé une petite bande de malfrats, la jeune femme a mené une vie à la Bonnie Parker, en semant des crimes sur son passage, ce qui lui valut le statut de « dokufu », de « femme empoisonneuse », c’est-à-dire de femme criminelle.

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毒婦お伝と首斬り浅 (Dokufu Oden to kubikiri Asa aka Oden l’empoisonneuse et Asa le bourreau)

Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la tête du concepteur de l’affiche ? c’est ce qui je me suis toujours me demandé même si je reconnais un art de la dramatisation qui donne forcément une furieuse envie de voir le film. Tout y est : la posture du samouraï bourreau, celle de la victime, le tatouage sur la cuisse gauche, la petite mèche de cheveux devant la bouche vermeil, les poils follets sous les aisselles et, last but not least, ces énormes boobs à l’air qui donnent à la scène un aspect irréel. Car franchement, vous l’avouerez, il semble bien ardu d’imaginer un bourreau qui aurait le cœur assez sec pour s’en prendre à une créature manifestement faite pour toucher aussi bien l’âme que les sens. Plutôt que de lever le katana, on imaginerait le bourreau en train de lever une autre arme. Après, il est vrai que depuis le sort de Milady à la fin des Trois Mousquetaires, les bourreaux semblent être des hommes un peu à part parmi le commun des mortels. Mais enfin, reconnaissons à cette affiche une belle volonté de déballer la marchandise, dans tous les sens de l’expression, monstration fascinante qui fait évidemment crier au chef-d’oeuvre avant même d’avoir vu le film.

Las ! Si je vous montre l’affiche retouchée pour les besoins de la sortie en DVD, on peut voir dans cette censure peut-être une volonté d’atténuer l’érotisme un peu trop pulmoné de l’affiche originale mais aussi de camoufler deux arguments publicitaires quelque peu mensongers :

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Car en fait, en matière de seins sur la neige, il faut vous dire tout de suite qu’on est loin du compte (comme l’atteste une autre affiche, plus raisonnable dans ses effets). N’attendez surtout pas avec ce film un brûlot sulfureux fait de sang et de foutre. Sorti en 1977, le film vient une année après le Shogun sadism du même Makiguchi, film pour le coup beaucoup plus mauvais genre, et il est possible que le producteur ait voulu jouer de cette aura sulfureuse avec cette affiche surprenante. Or, lorsqu’on voit le film, on s’aperçoit qu’il s’agit finalement d’un film relativement sage, limite familial ! Pour la nudité, il ne faut pas arriver en retard à la projection car seul un plan nous montrera les tétons d’Oden fièrement dressés sous les caresses d’un samurai qui sera par la suite l’homme chargé de son exécution. Mais pour le reste, disons que le film évoque surtout deux œuvres, œuvres très éloignées du pinku. D’un côté Bonnie and Clyde (sorti dix ans plus tôt), avec son équipe de malfrats branquignols qui n’ont pas de réelle conscience du mal qu’ils commettent. De l’autre Lupin the 3rd et son couple de voleurs (Lupin et Fujiko) à la relation parfois compliquée. Autant dire que le film joue très souvent la carte de l’humour et ce dès le générique avec une musique que l’on aurait plus imaginée dans un épisode de Truck Rascals avec Bunta Sugawara.

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Un peu plus loin on assiste à une scène de jalousie entre Oden et son compagnon de délits (et de lit aussi). C’est amusant, on sourit un peu. Par contre, plus surprenantes, les scènes d’action qui mènent à la mort d’officiers de police sont menées avec une surprenante désinvolture. Pas que je sois choqué par la mort de quelques représentants de la maison poulaga, hein ! Quand on assiste à un film dont les héros sont des bandits de grand chemin, on s’y attend forcément un peu. Mais cette désinvolture exagérée, ce mélange des genres à la fois si typique et si outrancié, rend un peu plus étrange la scène finale de la scène de l’exécution, scène qui ne permet pas de ressentir quoi que ce soit envers Oden.

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Surtout, on a l’impression d’une mise en scène paresseuse qui va jouer la carte du divertissement facile plutôt que du drame psychologique mâtiné de sensualité. Du coup pour le plaisir, tout dépendra de vos attentes. J’ai personnellement été un peu déçu et lui ai préféré nombre de roman porno dans lequel d’intéressants portraits de femmes,  vénéneuses sorcières ou simples victimes, ont pu être brossés de manière parfois intelligente.

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À noter tout de même la présence de Terumi Azuma dans le rôle principale, aimable bijin dont la poitrine n’est certes en rien comparable à celle de l’affiche :

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Cela dit, est-ce vraiment un souci ?

… mais dont le visage et le jeu sont suffisamment appréciables pour patienter durant ce court film (il ne dure que soixante minutes) mais aussi pour faire regretter un traitement plus sérieux qui aurait donné plus d’épaisseur au personnage en exploitant davantage les capacités d’actrice de Teruma.

6/10

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2 Commentaires

  1. « Plus d’épaisseur au personnage » : en effet, le personnage de l’affiche en a plus que l’actrice, très visiblement 🙂

  2. C’est bien pour ça que j’ai toujours apprécié l’épaisseur des films de Russ meyer.

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