Back to Ithaque (2) : Terraformons les touristes sans-gênes !

Les valises cette fois-ci définitivement fermées avant l’ultime voyage, il n’y avait plus qu’à quitter l’hôtel pour rejoindre Narita.  Première étape : rejoindre la station de cars à la gare de Tokyo. Madame, toujours soucieuse d’avoir le moins à marcher lorsque nous nous trouvons à la capitale avec force bagages, avait réservé un hôtel non loin de la station de métro Suitengu mae, elle-même toute proche de la gare de Tokyo :

Je me souviens qu’on m’avait reproché une année d’avoir fort mal choisi l’hôtel à Tokyo, d’avoir pris un truc miteux (le Juyoh hotel, en réalité vieux souvenir de mon tout premier séjour que j’avais eu cette fois-là envie de refréquenter) situé à dix minutes de marche de la première station (Minami senju). Bref, il fallait pour cette fois un hôtel situé tout près d’une station pour éviter au maximum la fatigue de se trimbaler à pince les nombreux kilos de valises.

Evidemment, elle avait entièrement raison. Mais en dépit de toutes ses qualités, il en est une dont ma douce est entièrement dénuée : l’estimation des distances. Entre voir un trajet sur Google map et imaginer ce que ça peut représenter dans la réalité, il y a une marge qu’elle a toujours eu du mal à saisir. Ainsi, en jetant tout de même un œil au trajet qu’il allait nous falloir faire pour rejoindre la gare, je trouvai étrange qu’elle comptait descendre à la gare d’Otemachi pour faire ensuite le reste à pied (la ligne Hanzomon dans laquelle se trouve la station Suitengu mae passe juste à côté de la gare mais ne s’y arrête pas) alors que l’on pouvait choper la ligne Marunouchi pour arriver à la gare juste une station après. C’est que, selon elle, il fallait compter aussi avec la marche que l’on ne manque pas de faire lorsque l’on change de ligne dans une station. Entre marcher dans la station ou en plein air, mieux valait la première solution.

Sortie de la station au carrefour en haut à gauche, à côté du Palace Hotel Tokyo. Arrivée en bas à droite. Sur le papier, c’est facile.

Quoique sceptique (et un brin inquiet) je ne mouftai pas. Je n’aurai pas l’outrecuidance de clamer haut et fort que c’est moi qui avais raison, je me contenterai juste de décrire notre arrivée à la gare vingt minutes plus tard : fourbus, éreintés, couverts de sueur, essoufflés, limite à l’agonie. Olrik the 3rd marchait en gémissant, Olrik jr gémissait en marchant et moi, je grinçais des dents mais je sus me contenir.

L’Eldorado, enfin !

Mon visage sut garder durant dix minutes, le temps de prendre le car qui allait nous mener à Narita, la même expression qu’un mur de briques. Aucun risque qu’il se fissure pour exploser en récriminations. Avant de tourner la page, un conseil aux lecteurs voyageurs qui entreprendraient un prochain voyage au Japon pour la première fois : si vous devez vous trimbaler un max de bagages, privilégiez toujours la solution du métro, même pour une station. Dans notre cas, une mauvaise sortie de la station parmi la dizaine qui étaient proposées nous a rallongés et, avec une jolie température dès 9 heures du mat et la masse de bagage, le « un petit peu à pied », pour reprendre l’expression de Madame, s’est rapidement transformé en épreuve à la Ulysse (une de plus). Bref, nous arrivâmes malgré tout juste à l’heure et pûmes monter dans le car pour profiter de la clim qui nous refit un peu la cerise.

Ça allait mieux mais je restai inquiet sur la suite du voyage. Il faut vous dire que d’expérience, si les retours effectués en France se sont plutôt bien passés, ils nous ont toujours paru plus ardus que les allers. Cela vient sans doute de l’un d’entre eux qui m’avait fait revenir à la maison dans un état de santé préoccupant (que je ne développerai pas ici). Ce voyage, pour le coup épique, a laissé inconsciemment une trace si bien que chaque retour semble maintenant plus ou moins marqués du sceau de l’incertitude. Je me souviens aussi de mon deuxième voyage personnel, celui de mon mariage. Sans doute étourdi par mon bonheur, j’étais arrivé en retard à Narita, avais raté mon avion, avais dû prendre le suivant moyennant une somme en sus et bien évidemment avait dû raquer un autre retour en TGV une fois en France. J’avais passé la nuit sur un banc de l’aéroport, SDF style, me remémorant les bons moments du séjour et planifiant toutes les choses que nous aurions à faire une fois qu’Elle me rejoindrait, après la fin de ses préparatifs au Japon pour organiser sa nouvelle vie en France.

En gros, sur sept voyages Tokyo-Paris, deux ne se sont pas très bien passés. Et encore, pour celui qui suivait notre mariage, il a été vu sur le coup comme une petite mésaventure qui concluait de manière cocasse sept journées passées sur un nuage. On le voit, le ratio était à notre avantage. Ça allait bien se passer. Ça devait bien se passer. Et pourtant…

A Narita, nous ne perdîmes pas de temps. Direction l’enregistrement des bagages. Avec ZE question : pouvaient-ils faire en sorte que nos bagages à l’arrivée sortent parmi les premiers ? Il faut dire ici que si Madame avait commis une légère boulette avec sa mauvaise perception des distances, j’en avais peut-être commis une en réservant un TGC arrivant en gare de Roissy juste une heure après l’arrivée de notre avion. Mauvais estimation de l’espace pour elle, mauvais estimation du temps pour moi, vous voyez que l’on était faits pour s’entendre ! En tout cas l’arrivée à Roissy promettait d’être super chaude avec ces soixante petites minutes pour atterrir, garer l’avion (étape qui prend parfois du temps), en sortir, passer à la douane, récupérer les bagages et se dépêcher jusqu’à la gare. Pour cela il fallait un peu compter sur la chance ou faire en sorte qu’elle nous sourie. Ainsi, plutôt d’attendre une plombe que nos bagages apparaissent enfin sur le tapis roulant, il fallait essayer de faire en sorte qu’ils arrivent dans le premiers, avec ceux des voyageurs de première classe. Nous demandâmes à l’hôtesse au guichet si cela était possible et, après un bref pourparler avec sa supérieure, celle-ci nous expliqua que, ben non, évidemment ça n’était pas possible. Dans l’os Olrik !

Délestés de nos bagages, il n’y avait plus qu’à faire un peu de shopping en attendant de le départ et, pour ma part, en oubliant cette déconvenue qui ne laissa pas de me laisser un goût amer et surtout une inquiétude sur l’arrivée à Roissy. Confusément, je songeai à Ulysse, fil conducteur de ces derniers articles. Décidément le parallèle était judicieux, le retour à mon Ithaque semblant cacher encore bien des surprises. Comme pour le fils de Laërte, je sentais que j’allais devoir encore lutter avant de retrouver enfin la couche nuptiale avec ma bien-aimée.

Quelques magasins WTF…

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… et quelques achats dispensables plus tard…

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Magnifique T-shirt mais sachant que la taille maximum était L et que j’endosse habituellement du XL, je me demande ce qui m’a pris de l’acheter.

… nous nous engouffrâmes dans notre avion. Nous nous trouvions au milieu, la deuxième rangée après cette cloison qui permet de fixer des berceaux pour les enfants en bas âge. Hou la bonne place ! Inquiet, je regardai un des couples qui allaient se trouver devant nous : un couple franco-japonais, leur petit garçon avait l’air cool… bon ! on verrait bien. Par contre, pour le deuxième, c’était moins gagné. j’ai dit un peu de mal récemment sur les touristes chinois. Je ne me risquerais pas à faire une généralité sur la manière de pratiquer le tourisme d’une autre nationalité. Je ne me contenterais juste de dire que parmi tous les touristes que j’ai pu croiser durant le voyage, ce couple d’Espagnols flanqués de leur progéniture ont été les plus casse-couilles. Présentons-les en quelques coups de pinceau :

Le bébé : RAS. En fait une bonne pâte. Tête rigolote, sourires à foison, je ne l’ai pas entendu pleurer une seule fois.

La gamine : 3-4 ans, yeux bleus, boucles d’or et déjà une capacité hors du commun à faire ce qui lui plaît. Des caprices en veux-tu en voilà. L’avion n’avait pas encore décollé que déjà elle se mettait à brailler tout son soûl pour je ne sais quelle obscure raison. Ça promettait.

La mère : assez menue, mince, avec un je ne sais quoi d’effacé dans le regard qui laissait supposer que ce séjour au Japon avait été du sport pour elle. Allait-elle savoir coacher la petite peste à côté d’elle ? Suspense…

Le père : grand, châtain, légèrement bouclé, une barbe savamment mal entretenue. Pour lui, pas de problème, le voyage allait être cool puisqu’il se trouvait coupé de sa tribu. Placé au côté droit de l’appareil, il taillait tranquillement une bavette avec un steward et sa voisine asiatique, consultant négligemment de temps en temps son smartphone. Allait-il se montrer autoritaire, y aller d’une fessée si jamais sa peste de gamine se mettait à emmerder le monde ? Instinctivement, j’en doutais.

Dès la première demi-heure, la gamine s’amusa à nous regarder par-dessus son siège. Une fois, puis deux, puis trois. Au bout d’un moment, voyant qu’Olrik jr et Olrik the 3rd étaient absorbés dans un jeu sur leur écran fixé au fauteuil devant eux, il lui vient l’idée de se pencher afin de voir à quoi ils jouaient, une tignasse blonde s’offrant alors à mon champ de vision. Allait-elle oser tapoter l’écran tactile d’Olrik jr ? Elle osa. Mais ce qu’elle ne savait pas – la folle ! – c’est que juste à côté se trouvait le père Olrik, grand admirateur des merveilleuses méthodes éducatives de Takeshi Kitano et de Hiroshi Hirata. Ni une, ni deux, je saisis sa main et l’écartai de l’écran avec autorité, le tout accompagné de mon regard venimeux n°47 (celui qui est injecté de sang). Nul besoin de parler, elle prit instantanément peur et regagna sa place non sans parler à sa mère en me montrant du doigt. Elle pouvait raconter ce qu’elle voulait, je n’en avais rien à foutre, j’étais au moins assuré qu’elle ne chercherait plus à se retourner. P’tite conne, va !

Néanmoins, mes soucis avec la famille ibère ne s’arrêtèrent pas là. Quand l’extinction des feux arriva, invitation pour les voyageurs à dormir un peu avant le prochain encas, la mère dégaina l’ipad pour essayer de canaliser sa gamine en lui montrant un Pixar. Excellente idée ! Mais c’était sans compter sans un sans-gêne très particulier consistant à lui montrer un film… sans les écouteurs. Nous voici donc à profiter malgré nous d’une bande son en espagnol que nous n’avions pas demandée. Par deux fois une hôtesse demanda à la mère de couper le son, ce qu’elle fit à chaque fois. Mais par deux fois, la fillette le rétablit dès que sa mère, décidément aux abonnées absente en matière d’éducation, reprenait sa position pour dormir. Quant au père, il sirotait tranquillou une roteuse tout en regardant the Revenant. Il demandait bien de temps en temps de mettre moins fort, mais c’était purement pour la forme. Qu’allais-je faire ? Réveiller la mère ? Saisir l’ipad, le jeter au sol et le piétiner rageusement ? Las, je soupirai et mis mes écouteurs pour regarder la fin d’un film commencé au début du voyage :

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Terraformars, de Takashi Miike.

Petite parenthèse cinéma ici pour tous les aficionados de l’auteur d’Audition et qui trépigneraient d’impatience à l’idée de voir son dernier métrage. Le film est une sorte de mélange de Starship Troopers et de Dragon Ball Z, avec des humains qui n’en finissent pas de se transformer pour latter des insectes extra-terrestres ultra balèzes et rapides. Il faudrait que je le revoie (je suis rarement très attentif lorsque je regarde un film en avion) mais le film m’a paru être un simple divertissement bourrin qui livre de manière parfois réussie des denrées basiques : de la baston et du fun. Si on aime le cocktail, on aimera Terraformars.

Seul film vu durant le voyage. J’entamais le dernier film de Takehisa Zeze, grand réal’ de pinku devant l’téernel mais occupé depuis quelques années à réaliser des œuvres dramatiques plus sérieuses :

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Il s’agissait de 64 : part I.  Malheureusement, pas trop in ze mood pour suivre une intrigue où ça causait beaucoup trop, je l’abandonnai au bout d’une demi-heure. J’ajouterai pour finir cette parenthèse qu’à l’aller j’avais visionné I am a Hero, récente adaptation de l’excellent manga de Kengo Hanazawa. Le film n’est pas du même niveau mais m’a paru être une honnête version, avec quelques scènes d’action franchement réussies. J’ai aimé la scène terrifiante de la découverte par le héros de la transformations de sa petite-amie en zombie ainsi que le plan séquence montrant une scène de panique dans la rue. On pourra reprocher certaines longueurs mais qui ne sont pas si gênantes lorsqu’on connait le manga et toutes ces planches dans lesquelles il ne se passe pas grand-chose. Plutôt cohérent donc, et finalement, pour moi qui goûte assez peu les histoires de zombies lorsqu’elle traîne en longueur (je fais partie de ceux qui ont abandonné the Walking Dead dès la deuxième saison) plutôt efficace en terme de narration. L’histoire s’arrête au bout de quelques tomes du manga après un bouquet final de zombies explosés.

Après Terraformars, je piquai un petit roupillon. Les bouchons dans les oreilles, Pixar n’était plus qu’un mauvais souvenir.

Soudain, un hurlement dans la nuit !

J’ouvre illico les yeux, je regarde alentours et que vois-je ? Le père espagnol jouant sans façon sans façon au sol avec sa progéniture, dans l’allée entre les places centrales et celles de droites, non sans avoir oublié d’avoir installé au sol un tapis de jeu. Le cri provenait évidemment de Boucles d’or qui se moquait bien de savoir que des certains voyageurs à côté avaient envie de dormir ou si les hôtesses auraient aimé circuler sans slalomer dans son bordel de jouets. Le papounet semblait épanoui à l’idée de montrer à sa dame (et sans doute au public à proximité) qu’il participait à l’effort de voyage pour occuper les lardons. Il s’était racheté une conscience de papa gâteau en carton et devait penser que ouais, il était un big daddy de première. Après le cri qui me réveilla, il lança tout de même un chut ! à son horrible gamine, tout en me regardant, à la fois gêné et amusé, cherchant un lien de complicité avec cet autre père. Je me contentai de lui lancer mon regard dédaigneux n°17, celui qui signifie sans aucune ambiguïté possible : « pauvre cloche, va ! ». Puis je me rendormis (du moins j’essayai).

Peu après, la lumière revint, il fallait s’occuper maintenant du déjeuner. Il y a deux ans, on avait eu droit à un repas Kumamon très original. Cette fois-ci, il s’agissait d’un menu Mosburger. Sympa aussi : on vous fournissait les pains et le steak haché, à vous de vous occuper d’y mettre la garniture qui était fournie dans des petits pots. Madame Olrik, grande mangeuse de légumes devant l’éternel, se rua instantanément sur les pots, s’apercevant un peu tard qu’il s’agissait de la garniture ! Son hamburger a dû être un peu sec à avaler. Pour ma part, je me pliai avec application à l’épreuve de travaux pratiques et parvint à un résultat appréciable :

mosburger-avion-1 mosburger-avion-2

Concernant les kids, le menu enfant était 100% kawai :

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L’hamburger était goûtu, la chance revenait un peu et j’allais en avoir besoin car, alors que nous passions non loin de Moscou, le compte à rebours était engagé. Allions-nous arriver un peu en avance ou avec un retard qui promettrait d’être fatal pour choper le TGV ? Durant les deux dernières heures je n’arrêtai pas de consulter fiévreusement la carte GPS de mon écran : a priori nous arriverions avec un retard de trois minutes. Dieux de l’Olympe tout puissants ! Alliez-vous donc laisser votre Ulysse frenchy dans l’embarras avec ses cent kilos de valises ?

Suite et fin au prochain numéro : Le bus de l’angoisse !

 

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Un Commentaire

  1. Rien d’étonnant : Nadal ne gagne plus, et cela trouble tous les Ibères 🙂

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