Back to Ithaque (1) : des livres plein les valises

23/08/16

Après quarante journées passée à affronter d’infernaux bassins d’eau chaude, à croiser à chaque coin de rue des nymphes urbaines ensorceleuses ou encore à boire et manger l’ambroisie et le nectar locaux, il est temps de revenir en France afin d’y retrouver mon Ithaque et le lit conjugal. Avec toujours un sentiment mêlé de regret et d’envie de retrouver la douce quiétude de ses pénates. Les valises, nombreuses, sont faites. Les enfants ont pu y caser leurs jouets et leurs mangas, Madame ses vêtements et ses achats, moi mes bouteilles de shochu et… mes photobooks. Lors d’un précédent article j’avais évoqué la possibilité d’acheter encore un ou deux photobooks avant d’arrêter les achats livresques. En réalité, promesse d’ivrogne ayant abusé de la Suntory Master’s Dream

suntory master dream

Comme je vais la regretter, celle-là…

…car le nombre s’élève bien à une bonne douzaine, avec donc un poids conséquent dans les valises. Mais que voulez-vous ? Vous tombez dans un Book Off sur un livre qui vous parle et qui s’offre à vous en échange de quelques centaines de malheureux yens, vous n’allez pas non plus abandonner le malheureux dans le rayonnage. Ainsi, ce livre qu je vis au Book Off situé près du parc Heiwadai, alors que je revenais du centre ville à bicyclette :

jeunes filles d'araki

Certes, la jaquette était absente mais qu’importe ! pour 510 yens on n’allait pas non plus se plaindre. Livre assez inoffensif, nul trace de shibari ici ou de scènes cloaqueuses dans quelque obscur bouge de Shinjuku, juste une jolie collection de photos d’idols effectuées par l’homme au caméléon. Dans le même magasin, je tombai d’ailleurs un autre jour sur ce livre :

araki sachin

Livre assez réjouissant uniquement constitué de photos de rues dans lesquelles sévit une horde de galopins espiègles et crasseux. J’y reviendrai.

On continue. Dans un autre Book Off, comment résister à ce beau livre ? Hein  ? Franchement, dites-le moi.

seibu keisatsu photobook

Seibu Keisatsu, LE drama policier des années 70 et je m’étonne de n’en avoir encore jamais parlé ici. Ce sera bientôt réparé. Concernant le livre, il s’agit d’un data-book ayant la particularité d’avoir de belles photos mais aussi un entretien avec Kitano qui explique l’influence de la série sur ses films.

Book Off, c’est bien, mais le net, c’est évidemment mieux. Merci au vendeur sur Yahoo auctions qui m’a fait parvenir dans un état immaculé A Criminal Investigation de Yukichi Watabe, livre publié en France mais au prix de 50 euros. Là, j’en ai eu pour 1500 yens, soit le prix de cinq bières Master’s Dream, donc ça va :

criminal investigation 2

Au programme : atmosphère cinématographique qui rappelle bougrement les premiers polars de Kurosawa.

Bonne petite acquisition aussi via Amazon de Tokyo Jinsei Life since 1962 d’Araki, collection de photos de rue et de portraits effectués dans la capitale :

araki tokyo jinsei life since 1962

Je possédais First and Last de Tad Wakamatsu (évoqué ici), il ne me restait plus qu’à me procurer son Ipy Girl Ipy. c’est chose faite maintenant :

ipy girl ipy

Boum ! OMG, cette couv’ !

Au passage je remercie Madame d’avoir pris un peu de son temps pour avoir effectué sans sourciller toutes ces belles et importantes commandes sur ses différents comptes, m’évitant par là d’en créer et de m’escrimer avec plein de vilains kanji. C’est ainsi que j’ai pu me procurer ce trésor :

mari tanaka photobook2

Vous l’aurez compris : 平凡パンチ, ロマンポルノ, 田中真理, non, c’en était trop, il fallait que je me le procure ! Certains se demandent peut-être quelle a pu être la réaction de Madame lorsque la couverture est apparue à l’écran. C’est bien simple, il n’y en a eu aucune ! Finie l’époque où j’avais droit à un froncement de sourcils. Comme si on allait faire une scène à cause de quelques paires de fesses sur papier glacé ! Ce sentirait trop son petit bourgeois bégueule et moralisateur ! La solidité et l’épanouissement de notre couple sont tout de même d’une toute autre étoffe. Et puis, de toute façon elle sait qu’elle aura droit à chaque fois à cet argument absolument irréfutable :

Slump gif2

Ma chérie, tu sais, ça ne m’amuse pas de commander de tels livres. Mais tu connais mon blog et surtout mes lecteurs. Tu sais combien ces derniers sont des dépravés toujours demandeurs de films ou de livres particulièrement repoussants. Que veux-tu, il faut bien faire tourner la boutique et satisfaire à ces goûts honteux pour exister. Si tu crois que ça m’amuse de devoir admir… consulter de tels chefs… bouquins où s’exposent des biji… de vulgaires gourgandines tombées depuis dans l’anonymat qu’elles n’auraient jamais dû quitter. D’ailleurs, c’est bien simple, dès que j’aurais fait mon article, je le revendrai sur ebay, j’en tirerai un bon prix, sûr que je suis que mes lecteurs parmi les plus vils se précipiteront pour l’acquérir. J’ajouterai à cela que…

Quand j’en suis à ce moment de ma tirade, ma douce se met alors à lever les yeux au ciel, à soupirer, à cliquer sur le bouton « achat » tout en me priant d’arrêter ma logorrhée, sans doute écœurée d’entendre combien vous pouvez être dissolus et débauchés dans vos goûts (c’est même sûrement cela). Z’avez vu ? C’est ça la puissance des mots ! Et, vous l’aurez deviné, il faudra donc vous attendre à un numéro « Bijin de la semaine » consacré à Mari Tanaka.

Pour en terminer avec les achats livresques, comme j’avais justement consacré Magumi Kagurazaka « 50ème bijin de la semaine », il fallait bien que je me procure un de ses photobooks. Lorsque son Hadairo a surgi devant mes yeux au Book Off du côté d’Heiwadai, j’avoue que c’est un peu tremblant que je le saisis et que je passai à la caisse pour l’acheter. Au moment où je tape ces lignes, il est là, à côté de moi, attendant sagement que je lui trouve un endroit digne de lui dans ma bibliothèque. Possédant une quarantaine de Pléiades, je compte le mettre entre les Confessions de Rousseau et les Trois Mousquetaires. Avec une petite bougie placée devant, ce sera l’autel parfait pour faire ma prière avant de passer une bonne nuit..

goemon megumi

En attendant, j’ai confié à Goemon la tâche de le protéger.

Petits regrets : Le This Bad Girl d’Araki m’a paru tout de même un brin onéreux. Vu avant de partir au Mandarake de Shibuya (après Miyazaki nuos avons passé une ultime nuit à Tokyo), j’ai pu consulter l’intérieur : magnifique reproductions, certes, mais j’ai eu l’impression que l’on vendait la meilleure photo dès la couverture, terriblement accrocheuse, mais que le reste ne tenait pas ses promesses. Après, je l’ai feuilleté rapidement, pressé par la vendeuse qui attendait pour le remettre sous plastique, donc mon avis n’est pas non plus très objectif. Je regrette aussi de ne pas m’être décidé à acheter le Nude de Kishin Shinoyama, aperçu au même Mandarake. Une étiquette stipulait les défauts, notamment quelques pages un peu déchirées. Maniaque comme je suis, j’apprécie les occasions mais sans ce genre de défaut. J’aurais dû en fait demander à la vendeuse de virer le plastique pour vérifier par moi-même. Bref le Nude de Shinoyama sera pour une autre fois. Enfin déception pour ce livre que je me promettais d’acheter mais que je n’ai pu trouver nulle part à un prix abordable :

Témoignage intéressant du photographe Mike Nogami de la vie du groupe Happy End, le livre est une collection de 463 photos en N&B du Tokyo du début des années 70. Plongée fascinante dans la pop culture de l’époque, ce livre sera assurément ma cible privilégiée lors du prochain séjour.

Voilà pour les livres. Emballés avec moult précautions, ils attendent dans les valises, prêts à subir un long voyage avant de retrouver d’autres spécimens dans la bibliothèque d’un gaijin français. Il va falloir faire de la place pour les accueillir ainsi que ceux que je me procurerai dans deux ans, à moins que je me décide à faire quelques commandes via internet en dépit des frais de ports internationaux prohibitifs…

Slump gif 3

Euh, chérie, tu peux venir ? J’ai un autre livre ennuyeux à te faire commander, je te rembourserai bien sûr.

En attendant, après une dernière soirée à Shibuya où nous avons pu retrouver une amie japonaise, il convient de bien se reposer pour la dernière étape avant Ithaque. On ne sait jamais, les Dieux sont parfois si capricieux… (note du 03/09 : chose qui se vérifiera dans la deuxième partie de l’article)

 

Du même tonneau (ou presque) :

Lien pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. Je veux bien te servir de caution « lecteur dépravé »…

    Après tout, je suis pour la paix des ménages.

    • Avec la bobine de ton avatar, je n’aurai même plus besoin d’argumenter, j’aurai juste à la montrer.Cela va me faciliter encore plus mes commandes, merci l’ami.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *