Highway to the photobooks et autres chinoiseries

Reprise de la vie tranquille à Miyazaki après sept jours nous ayant fait passer par Takatsuki pour retrouver la famille de la cousine de ma femme, puis pour revoir Kyoto, Osaka et Tokyo. Beaucoup d’endroits ont été retrouvés (Gion, Dotonbori, Jinbocho…), d’autres ont été découverts pour la première fois. Ainsi le château d’Osaka ou la tour de Tokyo, enfin découverte à la fin de mon séjour de deux jours en solitaire à Tokyo. Maintenant qu’il n’y en a plus que pour le Tokyo Sky Tree, il fallait bien que je me décide à visiter la vieille dame nipponne, surtout après avoir récemment lu Tokyo Tower de l’excellent Lily Francky.

Impossible d’entrer dans les détails de ces sept journées ici, disons juste qu’avec ce rythme cyclique de voyages effectués tous les deux ans commence à s’installer un curieux effacement temporel se manifestant par nombre d’épisodes de déjà vu et ce, même pour les choses les plus insignifiantes. Un bruit, un décor en face de nous alors que nous attendons un train sur un quai ou un plat, tout cela nous donnait l’étrange sensation de n’avoir quitté le Japon que quelques moins plutôt que deux années. Au plaisir de la redécouverte s’est donc substituée une simple sensation d’un retour à la maison après une brève absence. Ce n’est plus « osashiburi » mais plutôt un « tadaima ! » qui désormais sera de rigueur. Du coup l’avidité qui me saisissait à chaque voyage pour fixer, ne pas perdre une miette de chaque moment vécu s’est estompée au profit d’une tranquille nonchalance, ce qui n’est peut-être pas plus mal. L’inquiétude de voir le temps filer aussi vite que le Nozomi m’amenant parfois à montrer un visage grincheux aux miens, est  devenue une quiétude qui se fixe dans l’instant présent et regarde avec satisfaction les jours passés. Ces derniers n’ont pas toujours été remplis comme le Olrik d’il y a deux ans aurait aimé qu’ils le fussent, mais peu importe. A la moitié de ce septième séjour, il nous reste encore un bon paquet de jours à savourer à Kyushu, entre les baignades quotidiennes à la plage du coin, les footings matinaux, les promenades en ville et les relaxations d’épiderme au onsen. Au moment ou je tape ces lignes, le footing au parc a été effectué, petit décrassage après les journées de marche que je me suis enquillées à Tokyo durant lesquelles je suis rentré à l’hôtel un brin fourbu, crotté et malodorant. Pour la suite de la matinée, le programme ne promet pas d’être exténuant. Ma pile de photobooks achetés à Jombocho et aux Mandarake de Nakano et Shibuya sont à côté et je n’ai pas encore eu le temps de les sortir de leurs cellophanes. Les mômes montrent leurs cartes Pokemon ou leurs médailles Yokai Watch, moi je montre mes beaux photobooks. Pour un article de reprise, je pense que ça fera l’affaire et intéressera ceux qui trouve que la rubrique « photobooks » de ce site est un peu trop mise de côté.

A ce propos, je verrai prochainement a possibilité de greffer au site une rubrique wiki exclusivement consacrée aux photobooks japonais. Ce serait évidemment une rubrique collaborative et dont le but serait de faire une gigantesque base de données en français qui permettrait à l’amateur ou au néophyte de s’y retrouver dans la pléthore d’ouvrages de ce type. On attendra pas de notices ultra développées : juste une image de la couv’, l’auteur, le nombre de pages  et quelques lignes présentant l’ouvrage. Si l’envie vous prend de faire baver en présentant un livre que vous garder précieusement dans votre bibliothèque, il ne faudra pas hésiter. Bref, on verra ça bientôt (ou pas, ce sera aussi en fonction de l’aspect technique de la chose).

Allez, voici donc les quelques achats effectués à Tokyo. « Quelques seulement » car, comme d’habitude, entre bourrer le sac de livres parfois bien lourds et entreprendre de longues journées de marche dans la capitale, il faut trouver un compromis, et puis il y a toujours la possibilité d’en acheter d’autres sur Book Off, Amazon et autre Yahoo auctions, chose que je verrai de plus près dans les prochains jours.

Commençons avec Jimbocho, quartier que je ne présente pas, cela a déjà été fait. Je me suis d’abord arrêté à la librairie consacrée au cinéma . Obectif : ne pas y passer plus de trois quarts d’heure et en sortir avec 2-3 posters. Difficile de faire un choix mais j’ai pu en sortir avec deux affiches de films avec ce bon Bunta Sugawara :

poster film sugawara 1 poster film sugawara 2

Et ce poster extrait d’un Heibon Punch  :

poster heibon punch

Ensuite, direction Komiyama afin d’en repartir avec au moins un photobook. L’intérieur était animé par un couple cinquantenaire de Chinois, malpolis comme il se doit, qui apparemment faisaient chier la vendeuse avec une multitude de requêtes. Habituellement je ne prête guère d’attention aux touristes étrangers mais là, impossible de faire fi de cette triste vérité : les touristes chinois semblent décidés à repousser toujours plus loin les limites du sans gêne, de la vulgarité et du ridicule. Plus que jamais la perche à selfie semble être vissée à leurs mains. Observer le lieu qu’ils découvrent, observer les autochtones ne les intéressent pas. Ce qu’ils veulent, c’est montrer sur la photo que leurs trombines se trouvaient à tel ou tel lieu dans leur existence de nouveaux riches. Que d’autres personnes n’appartenant pas à leur tribu soient à proximité et aimeraient bien utiliser l’endroit où ils se trouvent pour prendre une photo ne les intéressent pas non plus, ils prendront le temps qu’il faut pour réussir leur mise en scène de merde (genre donner l’impression que sa femme soulève un tori, poilant !). Durant ces quelques jours, ç’a a été un festival. A Dotombori je crois avoir plus entendu parler chinois que japonais. Lors d’une petite halte rafraîchissante à un Lawson, je me suis limite fait bousculer devant le bac à glaces par un horrible petit obèse, casquette américaine enfoncé jusqu’aux sourcils et ridicule maillot de Stephen Curry sur les épaules, bien décidé à choper sous mon nez la dernière glace Meiji à la vanille (saloperie, va !). Et je passe sur les jeunes Chinoises qui avec plus de simplicité pourraient être jolies mais qui, avec leur volonté de se distinguer en ayant l’air cool et sexy, ne sont finalement pas très éloignées des putes vietnamiennes de Full Metal Jacket :

Au carrefour de Shibuya, c’est un père de famille qui s’est méchamment fait klaxonner dessus parce qu’il prenait tout son temps pour faire une vidéo. Et le « maaa ! » de protestation qu’il a alors gueulé était bien loin d’avoir le même charme que le « ma ! » des Italiens. J’ai tout de même croisé un homme très poli à la gare de Fukuoka ainsi qu’une discrète famille dans le métro de la ligne Marunouchi. Ce couple discutait calmement tandis que leur progéniture (un garçon et une fillette), loin des abominables et bruyants lardons voleurs de glaces que j’avais jusqu’à présent croisés, étaient tout mimi à regarder sans piper mot ce qui se passait autour d’eux.

Mais ces exemples mis à part, le tableau est plutôt sombre et à parfois contribué à me faire quitter un endroit plus tôt que prévu. A la libraire de Jimbocho, la matrone a à un moment gueulé sur sa larve de mari parce que le livre qu’il proposait d’acheter ne lui convenait pas. Devant moi se trouvait une jolie fille qui parcourait un livre consacré à Doisneau et qui observait la scène non sans malice. Alors que la vendeuse était repartie à l’étage pour aller chercher je ne sais quoi afin de satisfaire une énième requête, la maritorne a rageusement fermé le livre d’art, ne s’apercevant pas qu’elle pliait au passage les premières pages et le volet intérieur de la jaquette Moi qui ai un respect quasi religieux pour les livres et qui désinfecte précautionneusement le moindre livre acquis lors d’une brocante, j’ai cru que j’allais calmement poser le livre d’Araki que je tenais pour aller la gifler. Mais je me suis contenté de serrer les dents et quelques secondes plus tard, les affreux sont partis avec tout de même un livre sous le bras. J’allai à la caisse et, pris de pitié devant la petite vendeuse quelque peu essoufflée par cette aventure chinoise, je la fis rire en la rassurant d’emblée sur le fait que je n’étais pas chinois. Avant de sortir je m’arrêtai pour consulter un dernier livre que je venais d’apercevoir, derrière moi la conversation discrète entre la vendeuse et une de ses collègues me fit comprendre que chaque visite de touristes chinois constituait l’anecdote humoristique de la journée.

Après Komiyama, duquel je sortis avec ce livre :

araki works 9

…je décidai de découvrir Book Dash. La devanture était engageante :

book dash 1

Et l’intérieur ne l’était pas moins :

book dash 2

Au programme : imagerie et objets vintages, photobooks de gravure idols, magazines pornos, etc. Une inspection d’un des bacs à l’entrée me fit tomber sur ceci :

araki fake love

Comme se procurer l’intégralité des livres d’Araki est quelque peu mission impossible, surtout lorsque certains sont fort chers et que la place dans ma bibliothèque commence à être limitée, il faut bien faire des choix. 600 yens pour un photobook d’Araki, moi je dis banco ! Et tant pis si à l’intérieur il n’y a pas le poster qui accompagne normalement ce livre.

Le lendemain, direction Nakano et son monstrueux Mandarake au Nakano Broadway :

Nakano Broadway

J’y étais allé il y a douze ans et avait évidemment été frappé par le nombre de magasins consacré aux mangas, aux anime et au merchandising correspondant. Rien n’a changé, c’est toujours aussi dantesque. Le temps d’une petite promenade de trois quarts d’heures, je tombai sur une boutique mandarake consacré aux livres d’arts. Acheter le Izumi, this bad girl d’Araki était tentant :

araki izumi bad girl

Mais l’ouvrage était cher et surtout encombrant. A la rigueur, si j’étais motivé pour l’acheter, mieux valait se le faire livrer en l’achetant sur le net.

A côté du magasin se trouvait une autre boutique (toujours estampillée Mandarake) où un rayon était consacré aux photobooks d’idols. Dans un panier au sol il y avait quelques livres parmi lesquels celui-ci :

shinoyama 135

Je le connaissais, j’en ai même une version numérique, mais bon, comme j’ai un faible pour Kishin Shinoyama et que le livre possède plusieurs pages consacrées à Momoe Yamaguchi, Agnès Lum et Nami Asada, je m’emparai du livre et dégainai sans sourciller le billet de 1000 yens (bonne plaisanterie, ce prix) pour en faire l’acquisition.

Après Nakano, j’ai passé une heure à Harajuku à glandouiller en prenant des photos. Puis après je me suis rendu à Shibuya pour aussi aller inspecter la section livres de photo du Mandarake du coin. Histoire de faire baver mes chers lecteurs, voici ce que je vis dans une vitrine :

livre reiko ike

Oui, le fameux livre tout à la gloire de Reiko Ike. Je répandis aussi un peu de bave sur le plancher. Quant à dégainer 35000 yens pour l’acquérir, c’était tout de même un peu chaud. Plus raisonnable était l’acquisition de ce livre :

ishiguro kenji portraits

L’ouvrage propose une galerie de portraits de célébrités en N&B. je n’en dis pas plus, je pense que j’en ferai un article prochainement. C’est un beau livre.

Enfin, juste à une encablure du Mandarake se trouve le Book Off de Shibuya. Pas mal de photobooks d’idols parmi lesquels je dégottai un autre livre de Shinoyama :

shinoyama bora bora

Pas forcément exceptionnel mais bon, pour 200 yens (!), on ne va pas se plaindre. Plus intéressant en revanche est Roppongi Hills, du même Shinoyama, choppé pour 500 malheureux yens :

shinoyama roppongi hills

Voilà, c’est tout pour l’instant. Encore un ou deux achats livresques je pense et ce sera tout, il faut laisser de la place dans les valises pour les boutanches de shochu et d’umeshu que je veux ramener en France.

Pour l’heure, alors que je tape ces lignes, commencées hier dans le shinkansen, je sirote un café matinal tout en regardant la cérémonie d’ouverture des J.O. Il y a ce soir, normalement, le feu d’artifice de Miyazaki mais avec la pluie qui est tombée il y a quelques minutes et qui semble promise aussi pour cette après-midi, il y a des chances qu’il soit reporté. En tout cas pas de séance de plage pour cette après-midi, je crois que nous allons être obligés de nous contenter du onsen dans le centre-ville. Ach ! Que de soucis lors de ce septième séjour !

 

Du même tonneau (ou presque) :

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2 Commentaires

  1. C’est sympa de donner des nouvelles.

    En préparant mon troisième séjour nippon (prévu pour octobre prochain), j’ai lu sur pas mal de blogs d’autres réflexions du même type sur le sans-gêne de certains touristes chinois, ta vision ne semble donc pas, hélas, isolée.

    Hâte de faire à mon tour un peu de lèche-vitrine à Shibuya en tout cas…

    Profite bien du reste de ton séjour.

    • On attend avec impatience la sortie de la nouvelle application « Touristes chinois GO! ». A la différence qu’il ne s’agira pas ici de tous les attraper mais de les éviter. Peut-être qu’en octobre ça sera plus soft.

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