L’otokorashii de la semaine (4) : Mark Landers

Euro oblige, c’est le moment de ressortir les crampons pour un article footballistique mais aussi d’ajouter une brique au mur d’otokorashii qui un jour s’élèvera à la même hauteur que mon mur de bijins. Des briques de ce type, le football en a possédé et en possède encore un certain nombre. Evidemment, il convient d’éliminer sans pitié de la liste tous ces joueurs qui tombent comme un étron flasque de l’anus d’un chien, sinistres pantins qui ne comprendront jamais la fierté, la joie, la grandeur qu’il peut y avoir à rester rudement campé sur ses jambes et à vivre le moindre tacle comme un affront qui sera lavé par un vigoureux coup d’épaule vengeur ou quelque tibia réduit en miettes. Rien de bien méchant non plus, ce qui compte c’est cette camaraderie toute virile, cette amitié du bourre-pif que les vrais durs connaissent bien et que nos amies bijins ne comprendront jamais. Rien de plus admirable par exemple que la fameuse bagarre entre Ventura et Belmondo à la fin de Cent mille dollars au soleil

… ou, plus récemment, le confrontation entre Ragnar et Rollo, les deux frangins de la série Vikings :

Ici, on pourrait peut-être reprocher à nos amis vikings (plût au ciel qu’ils ne soient pas demain aussi brutaux face à nos petits Bleus !) un léger excès d’enthousiasme dans leur façon de célébrer leur mâle amitié. Ne doutez pas qu’au départ étaient visé l’arrêt des échanges d’amabilités au premier sang puis une troisième mi-temps pour boire ensemble force cervoises mais voilà, l’adrénaline et la testostérone aidant, ces rudes athlètes avaient parfois tendance à outrepasser les limites et à commettre des actes irréparables (des « vilains gestes » comme eût dit Thierry Roland). Mais ce n’était pas si grave car finalement, seul comptait le plaisir de s’être bien amusé entre otokorashii.

Bref, pour en revenir au football, vous aurez compris que l’article du jour célébrera moins ce genre de danseuse à la virilité en carton :

Y a-t-il un psy dans la salle ?

… que des footballeurs au sang chaud de la trempe d’un Vieira ou d’un Roy Keane :

Et là, lorsque l’on cherche un nom footballeur nippon qui les aurait systématiquement pleines, il est un nom qui vient d’emblée à l’esprit, surtout si l’on a fait ses classes en matière de japonaiseries animées dans les années 80, je veux bien sûr parler de…

mark landers

Mark Landers

« Encore devant votre écran plutôt que de jouer au foot dehors, bande de fiottes, va ! »

… alias Hyuga Kojiro, l’éternel adversaire d’Olivier Atton (alias Tsubasa Ohzora), et surtout le seul personnage véritablement valable de Captain Tsubasa. Et pédagogique ! Car souvenez-vous, si à l’époque on pouvait compter sur les belettes de Cat’s Eyes pour distiller dans nos petites têtes blondes un goût raffiné pour les bijins (on en a déjà parlé plein de fois sur ce site mais pour rappel, matez-moi ce fabuleux générique), on pouvait compter sur Mark pour nous apprendre les nobles valeurs de la virilitude qui ne s’embarrasse pas des circonvolutions footballistiques d’un Christiano Ronaldo. Lui, il s’en foutait pas mal de mettre de la gomina à ses cheveux, seul importait cet objectif : planter du but. Et si possible en ligne droite, comme notre ami l’explique lors de cette fameuse séance d’entraînement :

« On fonce dans le tas, ça passe ou sa casse, c’est pas de la danse ! »  Le foot, ce sport de gentlemen pratiqué par des voyous trouvait tout à coup en Mark son chantre du jeu viril. Je me souviens qu’alors l’assonance en /a/ et l’allitération en /s/ de cette belle phrase avaient fait forte impression dans mon jeune esprit. Résonnant comme des mots magiques, ils m’avaient immédiatement poussé à passer de la théorie à la pratique en vérifiant moi-même, sur le terrain juste à côté, si les bons conseils de Mark étaient justes. Las, je dus bien admettre, après être revenu clopin-clopant et tout ensanglanté à la maison – au grand effroi de ma maman – que le jeu façon Mark Landers n’était pas fait pour moi. Du reste, comme j’étais plutôt un basketteur dans l’âme et que je manquais de pratique au football, il m’aurait été certes bien difficile d’obtenir les mêmes résultats que le capitaine de la Tôhô. Mais qu’importe ! C’était le début d’une fascination certaine pour ce personnage à côté duquel Cantonna et Vinnie Jones faisaient figure d’aimables footballeuses en ballerines.

Outre son art de la pénétration en ligne droite (on peut imaginer qu’arrivé à l’âge de fréquenter un autre type de gazon,  les préliminaires ne devaient pas être son fort), Mark est aussi connu pour son fabuleux « tir du tigre », tir bourrin balancé au-delà des 80 mètres capable de culbuter défenseurs comme le gardien, de perforer le filet puis de s’encastrer dans un mur en béton armé situé derrière (anecdote qui arrive dans je ne sais plus quel épisode) :

Tiger shoot calé à 2’17

Eventuellement, Mark se sent tout à fait capable d’armer son tir dès l’engagement au milieu de terrain :

14’38

Le secret d’une telle puissance ? Tout simplement des entraînements passés à la plage à essayer encore et encore de perforer avec le ballon des vagues de dix mètres de haut:

Toute cette abnégation lui permettra de vaincre enfin Tsubasa après plusieurs échecs. Le ratio de trois défaites contre une seule victoire est d’ailleurs bien injuste au regard des qualités herculéennes de notre otorokashii et ne doit trouver sa cause que dans le soutien de son rival par sa petite-amie, Sanae Nakazawa. On l’a dit et redit sur ce site, on peut être le dur le plus rugueux de la planète, cela n’est rien lorsqu’un adversaire se trouve soutenu par les encouragements d’une bijin…

brésilienne

Au Brésil, l’expression « amour du ballon rond » se met volontiers au pluriel.

Or, on le sait, Mark n’en a jamais rien eu à carrer, des péronnelles (1). Son truc à lui, c’est creuses des tunnels dans la défense adverse, et pas ailleurs. Du coup il n’a jamais senti l’ivresse de voir ses forces portées par le doux gazouillis d’une aimable créature dans les tribunes. Loup solitaire jusqu’à l’os, vénéré par ses coéquipiers mais d’un autre côté aussi seul qu’un Thierry Roland qui aurait été invité à une conférence sur la métaphore proustienne dans La Recherche, Mark a été voué à voir son rival le dépasser et le battre régulièrement. A sa décharge, issu d’une famille de miséreux, Mark n’a jamais eu la possibilité de péter dans la soie et a dû très jeune se lever aux aurores pour faire quelques jobs ingrats tandis que Tsubasa, gentil fils à sa maman, pouvait étudier et s’entraîner en toute quiétude, assuré de voir ses moindres caprices exaucés. Cet édifiant background peut être observé dans cet extrait :

Fils d’une mère prostituée et alcoolique, grand frère d’une fratrie passant ses après-midi à vendre du crack (je cite de visu, il est possible que je me trompe), Mark n’a pas le droit à l’échec. Il doit gagner afin de faire sport études, estimable formation qui lui permettra de devenir pro puis de subvenir définitivement aux besoins de sa famille. Et c’est bien là la véritable différence entre Mark et Atton : à la fin ce dernier se marie avec sa pisseuse, tandis que Mark parvient à intégrer la Juventus, permettant ainsi à sa mère de ne plus avoir à se prostituer pour nourrir les bouches de cette famille nombreuses. Incarnation d’une certaine japanese way of life, il est la preuve qu’une fulgurante promotion sociale est possible pour peu que l’on sache perforer des vagues avec un ballon et que l’on ait par dessus tout le souci du bien-être de sa propre famille. Si vous trouviez autrefois son personnage détestable, réfléchissez bien car Mark ne le mérite certes pas. Bouffer de la vache enragée pour aider sa maman, c’est aussi ça, être un otokorashii.

 (1) Du moins dans la première partie de ce manga fleuve qu’est Captain Tsubasa car lui aussi verra par la suite une jeune évaporée qui n’aura de cesse de se coller à ses basques.

Du même tonneau (ou presque) :

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2 Commentaires

  1. Mark Landers… la classe footballistique incarnée. A l’époque, cette époque lointaine où l’on était jeune et insouciant tout le monde voulait être Mark Landers. Le modèle par excellence.

    Par contre, je ne savais même pas qu’il y avait eu des suites au manga original. Je pensais que ça s’arrêtait là où ils partaient chacun faire leur carrière internationale. Punaise, je suis halluciné de voir que le bousin à perduré…

  2. La voix de la VF était aussi assez énorme dans son genre.
    Je ne sais pas trop où est arrivé le manga. C’est un peu comme Saint Seiya, des trucs et des machins ont été greffés sur plusieurs décennies.

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