Hana-Dama (Hisayasu Sato – 2014)

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La vie est bien dure pour la jeune Mizuki qui doit subir les petites persécutions d’un quatuor de filles de sa classe. La frêle Kirie ainsi que Shibanai essayent bien de l’aider mais rien n’y fait : Mizuki, tout en sentant une envie de meurtre croissante, patauge dans son petit enfer quotidien, peu aidée par des parents complètement à l’ouest ou par une prof sexy à lunettes plus préoccupée de sa petite apparence que des soucis de ses élèves. Après, on comprend bien que cela ne va pas durer puisque à l’intérieur d’elle, plus précisément dans son crâne, semble pousser une chose qui, lorsqu’elle va éclore, va faire mal, très mal même.

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華魂 (Hana-Dama)

Là, je l’ai un peu cherché. Comme le dernier film de sailorfuku était l’excellent Tag, et comme je sortais d’une mini rétro Kore-eda, il était évident qu’enchaîner directos avec Hisayasu Sato, aka l’abominable homme des pellicules déviantes (déjà maintes fois évoqués lors d’articles drinkcoldesques), était prendre un sérieux risque.

hisayasu sato pour les nuls

Il me reste d’ailleurs à écouler quelques exemplaires de ce remarquable ouvrage. Si vous êtes intéressés, envoyez un chèque de 160€ à l’adresse suivante : Mr. Olrik, chambre 277, hôtel Park Hyatt Tokyo, Tokyo.

Ça n’a pas raté : j’ai tenu les 105 minutes mais c’est bien par politesse envers le père Sato qui a autrefois étanché ma soif de trucs cradingues jusqu’à plus soif. Là, l’effet de contraste a pu donc jouer en sa défaveur mais il y a sans doute aussi autre chose. Le sentiment que Sato, eh bien, c’est fini. Autant on peut rester prudent avec, par exemple, un Kitano, autant là, tout se passe comme si on assistait au chant du cygne d’une réalisateur un peu perdu dans son époque et qui n’a plus grand-chose à nous montrer. Sato, à la base, c’est intimement lié à une qualité d’image dégueulasse liée à des VHS crapoteuses que l’on va louer en loucedé à partir de minuit dans une obscure vidéothèque de Kabukicho. Et ça ne cherche pas à être beau s’il vous plaît. Les acteurs sont laids, les actrices à peine bandantes, les couleurs baveuses, les musiques consternantes et les situations à mater avec une poche à vomi à proximité. Enlevez tout cela et vous supprimez les quatre cinquièmes de l’intérêt de ses films. Et comme celui-ci n’était déjà pas bien élevé, souvent voué à une fatale répétition, vous comprendrez que ce Hana-Dama a tout pour être évité.

Après, le film a paradoxalement le mérite de constituer une porte d’entrée soft dans l’univers moite et collant de Sato. Parfait pour les jeunes gens d’aujourd’hui qui aimeraient s’acoquiner avec quelque chose de vilain pas beau et qui aimeraient le faire partager. Commencez messieurs par Hana-Dama puis basculez vers les réalisations des années 80, la transition sera douce. Pour les connaisseurs, sachez-le, le film peut se regarder avec une poche de popcorn plutôt qu’une poche à vomi, chose impossible avec ses anciens films.

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Une fille qui se marque à la cigarette ? Allons ! on a vu tellement pire !

Après, je ne dirais pas non plus qu’il n’y a pas eu souffrance. Durant une heure et quart, j’ai souffert devant cette histoire d’ijime (nom donné aux persécutions dans un milieu scolaire) archi rebattue. Avec ce genre de canevas scénaristique, on attend au moins que les acteurs jouent bien (ou soient au moins bien dirigés) ou ce qu’on leur fait subir soit marquant, réellement dérangeant pour susciter un malaise indigné. Nous n’avons hélas ni l’un ni l’autre. Les persécutions ne vont pas plus loin que l’enfermement dans des toilettes pour être arrosé au jet d’eau, ou, horreur ! que la décapitation du doudou lapin préféré de Kirie (qui, en tant qu’amie de Mizuki, va elle aussi bénéficier d’un petit traitement de faveur).

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Shibanai se fait quant à lui malmener par deux horrible professeurs. Sans commentaires.

Partant de là, lorsque l’on subit les pleurnicheries de Kirie devant son lapinou maltraité, il est difficile de ressentir quoi que ce soit pour les victimes. Réellement, on se demande ce à quoi a bien pu penser Sato en faisant cette première partie. Susciter la pitié ? Raté. Le malaise ? Raté. Le rire ? Là je dois dire que c’est plus réussi tant les scènes grossièrement caricaturales (la prof sexy qui arrange ses seins à son bureau, les deux professeurs qui violent Kirie…) sont légion. Mais pourquoi ? dans quel but ? Tout se passe comme si Sato se désintéressait d’emblée de son sujet, n’y croyait pas, et nous offrait un salmigondi tragi-comique cheap en espérant que finalement ça donne du style. Remarquez, dans l’absolu, cette perspective n’est pas totalement foirée mais tout le long de cette première partie impossible de ne pas se demander : à quoi bon ?

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A quoi bon par exemple nous montrer, alors que Kirie se suicide, son doudou à longues oreilles voltigeant dans le vide ? (autre exemple mais là, je n’en montre pas plus : une certaine scène avec un parapluie).

On peut tenir malgré tout durant ces 75 minutes si l’on est poussé par la curiosité de savoir ce qui se trame physiquement à l’intérieur de Mizuki. Bon, puisque le trailer spoilait déjà un peu l’affaire, et comme vous avez compris qu’il ne s’agit pas du chef-d’œuvre du siècle, je ne vais pas me priver : une sorte de fleur hideuse pousse à l’intérieur de son cerveau et, dès qu’elle éclora, lui donnera un fabuleux pouvoir (là, je ne vous dis pas lequel).

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C’est fou comme une grosse fleur sur la tronche peut tout de suite vous embellir.

Autant le dire : l’idée est totalement WTF et ce sur quoi elle va déboucher l’est tout autant. A la rigueur, on se dit pourquoi pas ? ça change de la méthode Sato habituelle qui consiste à prendre une déviance et à l’illustrer une heure durant avec souvent d’inévitables longueurs pour le spectateur (c’est d’ailleurs le cas ici à partir du moment où l’on considère l’ijime comme une perversion). Dépasser ceci par une idée mi-fantastique mi-symbolique est à ma connaissance une nouveauté dans sa filmographie. Du coup j’ai plutôt apprécié ces plans permettant, en plus de voir Rina Sakuragi à poil, de montrer l’éclosion de son nouveau pouvoir. Voir l’actrice marcher nu au milieu d’un sordide corridor en béton participe inévitablement d’une esthétique Sato qui mêle inextricablement chair et éléments urbains.

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Bon, après, avec une fleur parasol sur la cafetière, ça fait pas trop Daido Moriyama.

Tout cela est cohérent et avec une pointe de renouvellement fantastique qui m’a fait bonne impression. Et puis, arrive l’ultime scène dans la salle de classe. En gros, en une poignée de minutes on a une sorte de condensé de toute le filmo de Sato. On m’aurait dit que le gars s’est suicidé après avoir tourné cette scène en disant : « je puis mourir heureux maintenant, j’ai tourné la scène qui résume le mieux ma carrière », je l’aurais cru.

On comprend que toute la mollesse de ce qui précède (ah ! j’allais oublier : les coups de genou flanqués dans l’estomac des protagonistes sont magnifiques de réalisme) n’avait d’autre but que d’amener à cette scène et, par effet de contraste, d’accentuer le côté feu d’artifice final. Mais même cela, on le suit les yeux écarquillés tant on se dit que c’est finalement, aussi, raté. Je brûle de dégainer les screenshots mais ce se serait mal car si vous avez le courage de voir malgré tout Hana-Dama, il serait bon que vous vous en payiez une tranche en découvrant les trucs et les machins WTF de cette scène.

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Bon, juste un screen alors, mais c’est bien parce que vous avez été sages.

Allez, si on est gentil, on dira que tout cela est fait exprès et participe d’une vision caustique et volontairement maladroite :

1) Des films trashs, autrefois sans concession, réellement dérangeants, maintenant n’arrivant plus à la cheville de ce que faisait Sato.

2) De clichés largement répandus dans une esthétique manga-drama.

3) (avec une voix de pédant) De l’hypocrisie d’une société diaboliquement déstructurante en terme d’affects et de psyché qui amène l’individu à évacuer la pression en faisant tomber le masque et en se livrant aux pires atrocités.

4) Du cinéma lui-même.

5) En fait de tout.

Que Sato semble filer un mauvais coton n’est pas peu dire. Hana-Dama m’a semblé la tentative nimportenawak pour essayer de se renouveler. On met tout dans le mixeur (sérieux, humour, nunucherie, atrocités), on mélange et on sert en espérant que ce sera stylé, sinon un minimum digeste. Finalement le but est accompli mais avec aussi de gros doutes concernant l’intérêt de la suite de sa carrière. Le précédent avait été le correct (dans mon souvenir du moins) Love & Loathing & Lulu & Ayano, sorti en 2010. Et Shisei était sorti quant à lui en 2006. Comme on semble être parti pour des cycles de quatre années avant la sortie d’un nouveau métrage, il nous faut selon toute probabilité attendre 2018 pour constater l’étendue du désastre ou une salvatrice reprise en main. Suspense…

3,5/10

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8 Commentaires

  1. On pourrait aussi dire que Hana-Dama, film ô combien bancal et fauché, est un film qui a été fait dans la camaraderie, dans la recherche d’une liberté 80’s, 90’s perdue dans une industrie du J-Drama gonflé en films cinéma.

    Un film de potes entre réalisateurs de pinku et de films gores qui leur a servi de défouloire. On y retrouve (de mémoire) au scénario le réalisateur de pinku: Shinji Imaoka, aux effets spéciaux: Noboru Iguchi, au montage le réalisateur de pinkus et de j-horror: Takaaki Hashiguchi, en actrice: l’actrice chez Tsukamoto et réalisatrice de Organ: Kei Fujiwara.

    Réalisé avec les moyens du bord, le film décide de volontairement utiliser le ton de la comédie pour faire passer la pilule. La scène du professeur a qui on coupe le pénis qui est remplacé par une saucisse Knacki en est un parfait exemple.

    C’est sur que le fait que le film ait été réalisé en lumière naturelle donnant à l’ensemble un cachet très DTV à de quoi décevoir par rapport à ses pellicules d’antan où Satô utilisait beaucoup les filtres de couleur (à la manière d’Argento qui aujourd’hui n’utilise plus les filtes comme avant). Mais d’un autre côté ça donne un côté documentaire rendant les scènes WTF plus percutantes.

    En bref, Hana Dama donne l’impression d’avoir servi de défouloir pour le réalisateur après un Love & Loathing & Lulu & Ayano bien sage (mais aussi bien plus réussi) mais aussi d’avoir été fait à la va vite comme pendant week-end entre potes.
    Mais c’est ce qui le rend « attachant » à mon sens.

    On aura pas besoin d’attendre 2018 pour voir son prochain film.
    La suite: Hana Dama: Phantom est sur le point de sortir en salles au Japon. Il est projeté en avant-première au Festival Fantastique de Yubari.

    http://yubarifanta.com/films/3350/?lang=en

    Le film se passerait apparemment dans une salle de Cinéma. On devrait donc retrouver son fétiche du voyeurisme. Et d’après les premières captures, les cadrages rappellent le Satou d’antan.

    • Eh bien merci pour ces précisions et ce point de vue qui se tient. J’ai pu remarquer d’ailleurs ici et là que d’autres le partageaient et qu’il était sans doute le meilleur moyen pour passer un bon moment devant ce film.
      Après, je ne dirais pas que la liberté 80’s 90’s ne se retrouve plus aujourd’hui. On est quand même loin d’avoir uniquement des dramas gonflés en films et tant qu’il y a encore des Matsumoto ou des Sono pour filmer leurs délires, ça va. Et le final d’Hana Dama est assez dingue, mais encore une fois, c’est une liberté que j’ai trouvée trop caricaturale pour être insolente ou dérangeante (ou « percutante »).

      Concernant ce ton volontairement comique pour « faire passer la pilule », c’est justement ce qui me gêne. Le bouclier de la déconne pour annuler toutes les défaillances liées à l’interprétation ou le manque d’inspiration, c’est quelque chose qui commence par me lasser. De mémoire, Love & Loathing était plus sérieux mais parvenait aussi à jouer avec une outrance à la fin qui ne nuisait pas forcément à l’ensemble. Là, je sais pas : j’ai parfois eu l’impression que certaines scènes se voulaient sérieuses mais qu’elles étaient tellement inintéressantes qu’il fallait arborer tout de suite la carte de la déconne pour faire comprendre que ce vide, cette absence d’inspiration, ben, c’était fait exprès.
      Tout simplement, après quatre ans d’attente, j’attendais autre chose que ça et j’espère que ce Hana Dama : Phantom aura une autre allure.

  2. Les gens retiennent surtout les scènes les plus violentes et dérangeantes du bonhomme mais l’utilisation de l’humour chez Satô n’a rien de nouveau, il l’utilisait déjà dès ses premiers films comme dans le bien craspec et dérangeant: The Uniform Virgin Prey (l’anti-héros joue du piano avec son penis par ex) ou encore dans les comédies « familiales »: Gimme Shelter (1986) et Soft Skin (1998).

    La bande annonce de Hana Dama: Phantom est tombée:

    Y a déjà un effort sur la photo mais ça a l’air encore une fois bien fauché avec un climax violent de fin dans la salle de cinéma, qui remplace celle de la classe dans le premier volet

    • Pas toujours évident tout de même de saisir son humour. Je veux bien pour le héros d’Uniform Virgin Prey, mais pour d’autres films et dans leurs excès, c’est tout de même chaud de sourire ! Par contre j’avoue ne pas avoir vu ses comédies « familiales », faudra que j’essaye cela.

      Je ne sais pas trop quoi penser de la B-A. Apparemment une vraie suite, sans rupture dans le ton, la caractérisation des personnages ou la violence. La musique à la guitare me semble être la même. Faut voir, on n’a déjà plus les scènes pénibles entre les ados, c’est déjà un bon point.

      • Effectivement, un humour pas évident à capter. Mêmes si je perçois pas mal de scènes comme une espèce d’humour absurde. Maintenant, on est tellement enfermé dans les atmosphères qu’il enfante que, du coup j’ai tendance à prendre les choses de façon terre à terre, et donc de passer à côté des ces pointes humoristiques.

        • La scène avec le parapluie est clairement drôle. Après, certains dialogues, certaines situations m’ont paru d’un décalage pas toujours évident à cerner. Curieux objet en tout cas.

  3. Son prochain a l’air bien plus engageant (rien que côté photo, déjà, ça pique beaucoup moins la rétine).
    Des passages font penser à certains de ses anciens méfaits, comme Splatter ou Pervert Ward.

    (C’est co-produit avec le duo de réals du documentaire Leviathan.)
    Allez, on y croit.

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