Roujin Z (Hiroyuki Kitakubo – 1991)

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Eternel problème au Japon : face à une population vieillissante, comment faire pour s’occuper de tous ces petits vieux dépendants ? Comme de bien entendu, c’est vers la robotique que l’on se tourne avec le « Z-001 », machine en forme de lit capable de s’occuper de tous les besoins du patient (manger, chier, se divertir…). Splendide sauf que Takazawa, le vieillard servant de cobaye à la machine, n’a pas l’air forcément très jouasse et semble même regretter son ancienne aide-soignante, la jeune et jolie Haruko qui regrette elle aussi ne plus avoir à s’occuper de son petit vieux…

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老人Z (Rôjin Z)

« Papa, je peux lire Akira ? », « Papa, je peux voir Akira ? », telles sont les litanies que je n’ai pas arrêté d’entendre à la maison ces dernières semaines. Bon, évidemment, quand à dix ans on a la permission de chevaucher la moto de Kaneda au festival d’Angoulême, je veux bien comprendre que ça puisse marquer. Mais ne brûlons pas les étapes, Akira, ça se savoure surtout à l’adolescence, Olrik Jr attendra donc quelques années.

Mais pour l’instant, j’ai bien compris qu’il lui fallait une dose d’Otomo en guise de compensation. Et là, ce n’est pas un problème. On met de côté aussi Domu qui est un peu sombre pour un gamin de cet âge, mais en louchant du côté de l’animation, il est très facile de dégoter des productions très bien adaptées. Il faudra bien que je reparle un jour de Freedom qui, dix ans plus tard, n’a pas trop mal vieilli et qui offre son lot de S-F vitaminée et bourrée de grosses motos futuristes. Beaucoup d’actions mais pas de violence, un régal pour les mirettes d’un gamin. L’enthousiasme fut en revanche moins grand pour Steamboy. Déjà, à l’époque, le film m’avait assez peu enthousiasmé, ce fut encore le cas à la revoyure.

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Par contre, gros plaisir au visionnage de ce Roujin Z que j’avais toujours mis de côté. Alors certes, ce n’est pas Otomo à la réalisation (Hiroyuki Kitakubo : Golden Boy, Blood : the Last Vampire). Mais derrière le scénario, on se retrouve face à un film qui a de forts points communs avec Akira, et même avec Domu. D’abord par cette opposition entre jeune et ancienne génération. Dans Akira, la jeunesse est un vent qui balaye tout et contre laquelle le colonel se trouve rapidement dépassé. Dans les ultimes planches, il avoue d’ailleurs être un vieux cheval sur le retour qui n’a plus à participer à la reconstruction de la société. Dans Roujin Z, le discours est plus nuancé puisque les vieux participent tout de même à l’amélioration de la société. Ainsi ce groupe de vieux machins :

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Le pervers pépère au clavier a une érection car il vient de pirater des informations. Evidemment, il tient à prouver à Haruko qu’il n’est pas un menteur.

Grossiers et libidineux, certes, mais surtout méchamment portés sur l’informatique et capable de leurs lits d’hôpital de pénétrer des secrets bien gardés et de les livrer à des journalistes pour que lumière soit faite sur des activités illégales. Le troisième âge apparaît ici comme un âge à la fois régressif (on songe au petit vieux malicieux – mais aussi dangereux – de Domu) et subversif, en tout cas salvateur dans cette société où la subversion des jeunes ne va pas plus loin que d’aller s’enivrer au karaoké pour ensuite baisoter entre collègues de travail :

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Ça glandouille mais ça peut potentiellement agir de manière efficace.

Une seule obsession apparaît d’ailleurs chez ces derniers : s’occuper de leur carrière. Du coup, laisser papa-maman dans les mains d’un robot dès qu’on s’approche du 4ème âge, pourquoi pas ?

Un autre aspect qui évoque Akira est le rôle de l’armée et de ses douteuses expériences. Dans Akira, on manipule des enfants dans un but guerrier. Et on ne leur demande pas leur avis, c’est marche ou crève. Takazawa dans son lit subissant des tortures fait penser à Tetsuo subissant les multiples expériences du centre scientifique supervisé par le Colonel :

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Bon, Tetsuo n’a pas eu non plus à subir l’aspirateur à merde.

Quant au but guerrier, même chose ici puisque le  Z-001 et son moteur nucléaire s’avère être une expérimentation de robot destiné à des fins guerrières.  Et comme dans Akira, la jeunesse, incarnée par Haruko et trois de ses collègues de travail, saura contrer les agissement de l’ignoble Hasegawa. Son acolyte, Terada, sera quant à lui plus humain et aura une évolution qui évoquera celle du Colonel :

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Terada en action sur Haruko. Non, ce n’est pas ce que vous croyez, Roujin Z est un film grand public bande de saligauds !

Enfin, lorsque arrive la perte de contrôle du Z-001, impossible là aussi de ne pas penser à Tetsuo et à ses mutations. La chose  procède par agglutination d’éléments et la frontière entre organique et mécanique devient peut perceptible. On songe ici au Tetsuo de Tsukamoto où les câbles semblent être autant de vaisseaux sanguins parcourant le nouvel organisme du personnage principal.

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Et on n’en est qu’au début. Je ne vais pas vous gâcher le plaisir de la découverte de l’ultime métamorphose.

Il y a donc dans Roujin Z une certaine démesure graphique qui, conjuguée à une animation efficace mais évidemment bien plus sommaire que celle d’Akira, procure une dernière demi-heure assez divertissante. L’ensemble du film l’est d’ailleurs, et 25 ans plus tard il est difficile de faire la fine bouche devant la qualité de ce métrage qui parvient en 80 minutes à développer une histoire de S-F à la fois dynamique et bien pensée dans ses thématiques médicale et sociologique, le tout avec humour (et servi aussi, j’allais oublier, par de beaux décors de Satoshi Kon). Une œuvre totalement dans la continuité de ce qui se faisait en animation dans les 80’s.

7/10

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