100 yen Love (Masaharu Take – 2015)

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Ichiko est une hikikomori qui ne peut plus vivre tranquillement aux crochets de ses parents puisque sa sœur, fraîchement divorcée, est revenue vivre sous le toit familial avec son enfant. Comme les deux sœurs ne s’entendent pas bien, Ichiko décide d’alller vivre dans un petit appartement et de se reprendre en main, par exemple en décrochant un petit boulot de vendeuse dans un conbini, la nuit. Un soir, s’apercevant qu’un client a oublié de prendre sa monnaie (une pièce de 100 yens), elle part à sa poursuite, le retrouve, fait un brin de causette et, de fil en aiguille, devient sa petite amie. Malheureusement, le jeune homme n’a pas vraiment la fidélité chevillée au corps…

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Moi, Sakura Ando, à la base, j’aime bien. Son physique particulier d’abord, mais aussi cette voix nasillarde et surtout cette capacité à jouer des rôles bien différents. Que ce soit chez Sono dans Love Exposure (la perfide Koike), chez Ishikawa dans Petal Dance ou encore chez Kurosawa dans Shokuzai (où elle interprétait déjà une hikikomori dans l’un des épisodes), Ando a toujours montré cette capacité à endosser des personnages très différents. Rien à dire sur sa prestation dans 100 Yen Love. Brillante du début à la fin, elle est une sorte de lointaine avatar féminin et japonaise de Rocky. On y retrouve la même transformation. Au début elle est donc une hikikomori (Rocky, lui, se qualifiait de « bum »).

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Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour casser son image !

Ando est engoncée dans un corps d’hommasse, semble incapable de faire des phrases de plus de cinq mots, se déplace en vélo à la vitesse d’une octogénaire bref, apparaît comme une minable assez antipathique mais que l’on suit malgré tout, intrigué à l’idée que ce personnage puisse être l’héroïne d’un film. Arrivent la volonté de se mettre le pied à l’étrier avec son poste dans le conbini et le début d’idylle avec Ryuji, son petit ami boxeur. On n’est plus très loin du deuxième déclic du film (le premier étant le méchante peignée qu’elle se fout avec sa sœur) mais déjà s’opère un basculement. Le personnage gagne en épaisseur dans sa volonté de reconquérir une vie laissée depuis trop longtemps en jachère et devient peu à peu plus sympathique.

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« 100 yens love » indique le titre. il y a effectivement cette histoire de pièce oubliée mais aussi le fait que cette amourette pue la cata et ne vaut guère plus. Sexuellement, c’est le fiasco, et pour ce qui est de la fidélité, Ryuji a tôt fait de changer d’aiguillage au profit d’une vendeuse ambulante de tofu. C’est la petite originalité qui permet de se démarquer d’un Rocky. Dans ce dernier, le couple Rocky-Adrian n’est pas glamour mais s’impose assez vite comme quelque chose de solide, et la volonté de Rocky de se dépasser sera plus pour se prouver à soi-même qu’il n’est pas un « bum » que pour épater sa dulcinée. Pas besoin de briller pour elle, on sait très bien qu’elle sera derrière lui même dans la défaite. Ici rien de tel. Enragée de voir qu’elle a été trahie par Ryuji, tout comme elle a pu l’être de voir combien sa sœur la méprisait, elle va se lancer à corps perdu dans la boxe. Pour vaincre sans doute dans son esprit ces personnes qu’elle aime et déteste à la fois, mais aussi pour se vaincre elle-même, comme si elle voulait s’infliger un gigantesque pain dans le gueule pour mieux se remettre en selle. Tout comme pour Rocky, on aura droit à des scènes d’entraînement masochistes, ainsi qu’à une spectaculaire métamorphose du corps d’Ando. Affûtée, souple, rapide, mais toujours aussi avec cette fragilité qui achèvera de mettre le spectateur dans sa poche.

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Le final est particulièrement réussi. Moins grandiose qu’un Rocky où il s’agit carrément de se farcir le champion du monde, le propos reste le même : donner un sens à des mois d’efforts pour se prouver que l’on vaut un peu plus que 100 yens. Sobre mais efficace dans sa construction, 100 yen Love est une bonne surprise de 2015, portée par une Sakura Ando à la fois sinistre et étincelante. Décidément une actrice à suivre.

7/10

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