L’otokorashii de la semaine (1) : le salary man bourré

Attention, nouvelle série d’articles sur Bulles de Japon ! J’étais parti aujourd’hui pour balancer une nouvelle critique d’un film de Nomura où il était question d’un meurtre. Et puis, je ne sais pas pour vous, mais après les événements d’hier, les mots « meurtre », « cadavre », « criminel » ou « victime »,  je les ai un peu trop entendus et n’ai pas vraiment envie de les revoir aujourd’hui. Histoire de ne pas me morfondre et de passer à un truc plus gai, je mets de côté cette critique et inaugure en grande pompe une nouvelle série qui fera le pendant à la légendaire collection des « bijins de la semaine ». Battez tambour, sonnez trompettes ! voici venu le temps de « l’otokorashii de la semaine », c’est-à-dire « le viril de la semaine ».

ken takakura

Oss !

A toutes celles qui pensent que BdJ n’est réservé qu’à des hordes de jeunes gens assoiffés de films japonais peuplés de créatures gracieusement dotées par la nature, je dis ceci : dorénavant vous allez vous aussi être servies mesdemoiselles ! Finies les photos de bonnets M bien remplis ou de croupes provoquant de fatales epistaxis. Place aux poils – des vrais, aux regards à la Ken Takakura, aux biceps en fer forgé mais aussi à une capacité à surmonter le regard des autres. Notre premier spécimen illustre d’ailleurs ce superpouvoir puisqu’il s’agit d’un individu que tout touriste au Japon a forcément croisé un jour sur son chemin…

salary man bourré 1

Le salary man bourré.

Et à tous ceux qui tout de suite m’objecteraient qu’en fait de virilité on peut trouver mieux, je rétorquerais ceci : il faut tout de même une admirable dose de folie, d’abnégation, de refus de toute prudence bref, de courage pour, sachant pertinemment qu’ils ne tiennent pas l’alcool, accepter d’en boire des doses déraisonnables et se mettre minable aux yeux de tous. Peut-être est-ce là la clé de la véritable virilité : accepter d’annihiler en soi toute dignité, devenir une sous-merde qui va joncher les trottoirs ou les quais des gares pour accéder à un statut suscitant pitié chez les ignares, respect et admiration chez les connaisseurs. Car je les ai toujours admirés, moi, ces hommes que l’on trouve errants dans les rues, le regard vitreux et la bave aux lèvres, lorsque vient la nuit. Bien plus qu’un ryokan traditionnel en plein centre ville, ils participent de cette aura, de ces petites choses  atemporelles qui sont toujours là, qui n’ont pas disparu, qui ne disparaîtront jamais, et qui en cela rassurent. Comme les petites échoppes de l’ère Showa que l’on trouve encore çà et là, on prend plaisir à les voir, eux et leur détestable manie d’imposer leurs postures et leurs odeurs douteuses à des bijins dans les métros :

salary man bourré 5

Les autorités ferroviaires l’on parfaitement compris puisque beaucoup de gares ont décidé de positionner les bancs des quais non plus parallèlement mais perpendiculairement aux voies. Pourquoi ? Tout simplement pour les protéger en évitant éviter que nos héros du jour se lèvent pesamment à l’arrivée de leur train, avancent dangereusement et se viandent lamentablement sur la voie (avant de se faire écrabouiller par le train, chose apparemment pas si rare).

salary man gare salary man gare (2)

Véritables yokais urbains des temps modernes, on aimerait presque les aider à se relever et à engager une conversation avec eux pour comprendre par quel mystérieux secret des temps anciens ces misérables loques parviennent à se transformer en quelque chose située entre les contorsions du buto et les tableaux de Picasso. Et puis, on se retient car il en est de ce genre d’aura comme du statut de star. Tout cela est parfois fragile et il convient de garder une distance respectueuse, comme devant une sainte image :

salary man bourré 18

Bref, mesdemoiselles, si vous êtes désespérées à l’idée de trouver l’âme sœur dans notre pays préféré, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Fuyez ceci :

arashi

Préférez ça :

salary man bourré 12

Là se trouve la véritable virilité (et ipso facto l’épanouissement conjugal, n’en doutons pas un seul instant).

Du même tonneau (ou presque) :

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8 Commentaires

  1. Je me marre comme un con. M’en lasse pas. Ça fait du bien !

    Une spéciale pour le mec en calbute, le contorsionniste et celui qui pionce sur le porte bagage. Du grand art.

  2. Des salary men un peu bourré dans le métro de Tokyo, j’en ai vus, mais pas à ce point. Le pire est un type à shinjuku que ses amis s’efforçaient d’installer dans un taxi. Le pauvre s’est rétamé deux fois la gueule et cogné le front dans l’encadrement de la portière avant d’y pénétrer. Dure la vie du salary man !
    Me demande au passage combien meurent par an à cause d’accidents éthyliques. Tout le monde n’a pas le même ange gardien que Belmondo…

    • C’est une façon de se la mettre assez impressionnante/surprenante vue d’ici. J’espère tout de même qu’il ne s’habillent pas en bespoke les mecs. Ça me ferait mal de me réveiller et de voir costard et pompes destroy.
      Surtout ! Comment font-ils pour réembaucher le lendemain ? A part s’ils attendent le vendredi soir pour les super cuites.

      Aaah, Bébel et le Gabin, la grande époque…

      • « Comment font-ils pour réembaucher le lendemain ? »
        Je suis sûr qu’ils rembauchent presque avec un teint de rose au visage. Un brin de toilette dans les WC de l’entreprise, un café Boss et le tour est joué, c’est reparti pour un tour.

  3. Roh le type sur le porte-bagages, complètement dingue, j’avais jamais vu ça.

  4. Excellente nouvelle rubrique!
    Et sublimes photos évidemment, qui remémorent illico des tas de souvenirs de fins de soirées japs mémorables.
    Merci pour ce si bon moment – en cette période sinistre, en effet, cela n’a pas prix.
    Et vivement tout plein d’autres otokorashii!
    (Sans du tout être fille et donc forcément aucunement bijin, des évocations de « virilitude » vintage – les regards uniques de Takakura Ken, par exemple, et comment -, bien volontiers aussi)

    • Merci !
      Et pas de soucis pour la virilitude vintage, j’ai une petite liste mentale de rudes gaillards, y’a plus qu’à s’y mettre.
      Olrik, Oss !

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