Kodoku no gurume (le Gourmet Solitaire)

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Après le froid, la neige et l’alcool, c’est le moment d’évoquer le quatrième élément pour achever de faire de cette période de fêtes une période gagnante, je veux bien sûr parler de la bouffe. Et là, quoi de mieux, entre deux réveillons, histoire d’entretenir l’appétit, que de se mater des épisodes de Kodoku no gurume ?

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Le héros du jour. Ne pas se fier aux apparences fluettes : cet homme est un gouffre.

Drama adapté du manga de Jirô Taniguchi, le Gourmet Solitaire, KNG en est à sa quatrième saison et propose à chaque fois la même formule : un salary man, Goro Inogashira (joué par Matsushige Yutaka), atterrit dans un quartier de Tokyo ou dans une ville plus éloignée pour un motif quelconque. En fait on ne sait pas trop en quoi consiste son boulot et on s’en tape complètement. Tout n’est qu’un prétexte, prétexte à le voir sortir d’une station de métro ou de train (on sait combien la thématique ferroviaire participe à une géographie culturelle toute japonaise), d’arpenter un quartier, d’entrer dans des magasins (au sens large : de l’épicerie de quartier à la galerie d’exposition en passant par le club de danse) et, à un moment, de sentir les affres de la faim :

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A chaque fois on a droit à ces quatre plans successifs qui vont s’élargissant et qui font comprendre au spectateur, après les amuse-gueules que sont les petites découvertes que fait Goro dans le quartier du jour, qu’arrive le plat de résistance de l’épisode, à savoir la recherche du lieu qui va lui permettre de surmonter sa fringale. C’est le début d’une quête du plaisir gustatif. Au-delà des plats qu’il va s’enquiller, ce qui compte tout autant sont ces instants qui précèdent le moment où les baguettes vont offrir la première bouchée à son palais de gourmet/and. Recherche du restau donc, avec les inévitables tergiversations :

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Entrer ou ne pas entrer ? That is ze question.

Puis arrive l’entrée dans le lieu élu, avec la découverte visuelle de l’endroit et les sentiments (soit Goro est charmé, soit il est un peu dubitatif, voire inquiet) qui l’accompagne.

Suit l’observation des éventuels clients :

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… de ce qu’ils ont dans leur assiette :

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et bien sûr de la carte qui peut être basique, limitée à une spécialité, ou particulièrement fournie, comme c’est le cas de ce restaurant de cuisine chinoise dans le premier épisode de la saison 2 :

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Dans ce restaurant illustré par les screenshots de l’article, on voit combien on est ici plus proche d’une cantine que d’un restaurant trois étoiles. Cela n’a aucune espèce d’importance puisque ce qui compte, c’est la découverte d’un lieu qui saura procurer une nourriture simple mais bonne, et surtout révélatrice d’un plaisir particulier liée au passé de gourmet de Goro. Très souvent en effet, les plats choisis réactivent des souvenirs et décuplent du coup le bonheur d’être atterri dans tel restau. Envoyer le personnage dans un restau français trois étoiles n’aurait pas de sens : ce qui compte c’est l’immersion dans un présent gustatif qui va fusionner avec  un passé rassurant qui montrera que le Japon, en dépit de ses mutations (Goro est souvent surpris au début d’un épisode de voir combien le quartier où il se trouve a changé par rapport au souvenir qu’il en a), reste attaché à des valeurs communes au sommet desquelles on trouve la nourriture japonaise dans ce qu’elle peut avoir de plus varié, sain, goûtu et accessible. Vision simple mais, pour qui en a déjà fait l’expérience au Japon, particulièrement vraie. S’aventurer dans un restaurant qui ne paye pas de mine a souvent bien des chances de s’avérer fructueux.

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Bref arrive LE moment décisif pour Goro, celui où il va connaître joie ou désillusion, le moment où la première bouchée va sa confronter à son palais de fin gourmet (qui, notons-le, sera pure de toute effluve alcoolisée puisque Goro, tout le long du drama, ne boit pas la moindre goutte d’alcool). On s’en doute, il n’y a guère de suspense puisque le drama se veut très positif dans la présentation de petits restaus qui existent réellement (intérêt supplémentaire pour le téléspectateur qui habite la capitale et qui peut ainsi découvrir des perles insoupçonnées). Succombant à l’enthousiasme, Goro, ce personnage au visage émacié, se transforme alors en un ogre prêt à commander une deuxième voire une troisième fois pour découvrir au maximum que lui permet son estomac les arcanes du menu proposé. Les images alternent les plans rapprochés des mets qu’il s’ingurgite avec ceux de son visage ne s’embarrassant d’aucune retenue.

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Le bonheur se lit sur son visage et le spectateur ne tarde pas à être lui aussi bêtement heureux de voir quelqu’un en train de prendre son pied à se remplir la panse. Les « umai ! », « oishi ! » et autre « ii na ! » se mettent à fuser tout comme les métaphores qui donnent alors à la scène des allures de bataille épique. Pas le temps de parler avec les voisins (ou alors de façon sporadique) : Goro est trop occupé à se parler à lui-même, à faire des commentaires sur un lieu et une nourriture avec lesquels il est en parfaite communion. Plus qu’un simple lieu de restauration, le restaurant du jour est un ami avec lequel Goro va dialoguer mentalement et gustativement, et c’est repu de cette nouvelle amitié qu’il pourra quitter l’endroit au générique de fin, accompagné d’une délicieuse musique scandant son prénom.

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ごちそうさまでした !

Pour le spectateur, en revanche, c’est le moment délicat car le visionnage de ces délices gustatifs sonnent souvent pour lui le début d’une horrible fringale. Les émotions télévisées, quand elles sont de cette qualité, ça creuse.

A noter que chaque épisode se termine avec un mini reportage dans lequel on voit Kusumi Masayuki (Qusumi pour les intimes) le scénariste du drama (mais aussi l’un des concepteurs de l’excellente B.O. du drama) retourner au restau du jour pour y tester lui aussi la nourriture (et la boisson car contrairement à Goro, le gars a la descente facile). Petit contrepoint sympathique qui permet de voir le visage des tenanciers de l’endroit et de prendre la température du lieu en live.

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On peut parier que le drama culinaire est un genre qui n’en est pas à ses débuts et j’avoue humblement que je n’en suis pas un spécialiste. Néanmoins, Kodoku no Gurume est le drama à voir pour peu que l’on ait une petite provision mentale de souvenirs liés à Tokyo et à la bouffe japonaise. Evidemment le plaisir est augmenté pour peu que l’on soit un peu connaisseur de cette dernière. Pour les béotiens, laissez-vous tenter tout de même, ne serait-ce que pour constater que l’addiction à une série TV n’est pas nécessairement liée à une profusion de personnages ou à une intrigue avec rebondissement à gogo. Un homme, un restaurant, un plat concocté avec amour, telle est la recette pour vous scotcher à l’écran une demi-heure durant.

Enfin, pour les fans du drama qui désespèrent à l’idée d’attendre une année avant de se mettre dans la panse une nouvelle saison, je fais suivre le conseil d’une Japonaise de mes amies. Shinya Shokudo, dans lequel joue Matsushige Yutaka, semble valoir le coup d’œil.

Et ici s’achève le dernier article de l’année 2014. Bulles de Japon reprendra autour du 10 janvier, le temps de bien digérer (dans tous les sens du terme) le début d’année. D’ici là, Hiroko Kumata se joint à moi pour vous offrir des bulles d’un autre type que les miennes et vous souhaiter un excellent réveillon.

meilleurs voeux

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10 Commentaires

  1. J’avais bien aimé la BD, mais ça m’étonne un peu de la voir déclinée en série TV (quoique, je ne devrais plus m’étonner de ce genre de choses).
    Je vais essayer d’y jeter un oeil un de ces jours.

    • Comme toi j’ai plutôt aimé le manga mais je dois dire que le drama lui est supérieur (et c’est quelqu’un pas du tout convaincu de l’adaptation de mangas en dramas qui l’écrit). Le simple fait d’avoir l’ambiance sonore et les gros plans des différents mets ajoute évidemment dans le côté immersif de la chose. Réellement une belle réussite que cette adaptation. J’en suis à la deuxième saison et je ne m’en lasse pas.

  2. Excellente adaptation d’un excellent manga.

    « Shinya Shokudo » par contre se casse la gueule dès la saison 2… Et à chaque épisode, on se tape l’histoire d’un personnage pas forcément intéressant. Là où « KNG » ne parle pratiquement que du plaisir de manger…

    Sinon j’ai récemment balayé quelques a priori négatifs sur l’univers J Drama grâce à l’acteur Takuya Kimura, épatant de naturel dans les sympathiques « Hero », « Pride » et « Engine » que je conseille.

    • Je vais tenter Shinya Shokudo, même si j’ai l’impression qu’après Kodoku ça va être duraille d’apprécier pleinement.

      Kimutaku, faut quand même se le farcir mais un peu comme toi, j’ai fait mes premières armes dans l’univers du drama avec Good Luck ! dans lequel il joue un jeune pilote de ligne. J’avais plutôt apprécié, et pas uniquement à cause des jolies hôtesses de l’air. Je me souviens de la petite inimité avec son chef (joué par l’excellent Shinichi Tatsumi que je ne te présente pas). Avec en plus un générique chanté par Tatsuro Yamashita bref un drama que je ne redouterais pas de revoir.

  3. Kimutaku, à part ses cheveux je ne vois pas trop ce qu’on peut lui reprocher ^^

    Tiens, une petite pub avec des références sympas et des acteurs qu’on ne présente pas :

    • Pas mal, il y a aussi celle-ci :

      Sinon dans la catégorie « pub avec acteur » j’aime bien celle avec Takayuki Yamada, du yakisoba et des boobs :

  4. Sympa en effet… Faut voir aussi celles de Nicolas Cage pour le pachinko, l’acteur est fidèle à lui-même.

    Mine de rien, tu tiens peut-être un concept d’article avec les acteurs en mode « Bob Harris ».

  5. Ahhh content de voir cette buvette ouverte après les festivités de fin d’année.

    Monsieur Olrik, bien le bonsoir, et bonne et heureuse année 2015.

    En tout cas, ça faisait long que j’étais passé. Et dire que certains regrettent toujours le passé. Mais l’esprit de notre buvette vit toujours ici ! 🙂

    Des bijins, du champagne – un peu – tiède, et du salaryman entre harumaki et katsu-curry.

    Moi je boirai bien un saké chaud. Et s’il y avait du rab’ de soba, je serai pas contre.

    Avant de m’en retourner aux boissons fraiches, et cette nouvelle saveur qui fait bien des aigris.

    Enfin, peu importe, salutations, et tous mes voeux à Bulles de Japon et à l’heureux Papa toujours au charbon derrière son comptoir ! 😉

    Clarence, Drink Harder

  6. Tiens ? Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ce crâne dégarni. De plus en plus d’ailleurs, doux Jésus ! cela m’inquiète. Ce doit être ça que de passer son temps à se geler les noix dehors pour faire des vidéos entre deux godets de saké chaud. Du coup c’est de bon coeur que je te file un bol de soba fait maison pour te requinquer. Pour le saké, des nèfles ! fais du sport plutôt, ces allures de bohème efflanqué ne me dise rien qui vaille. Drink Harder ? Tu fais comme tu le sens mais ça peut être risqué. Ou alors en mode Albert Quentin et Gabriel Fouquet tant qu’à faire, avec corrida sur le carrefour de Shibuya.

    En tout cas bonne année aussi et puisse « l’esprit de notre buvette » te préserver des fâcheux aigris. D’un autre côté, depuis un certain article sur la K-pop (et bien d’autres avant), j’imagine que ces réactions doivent te faire aussi peu d’effet qu’un strip tease de Marie Devereux face à un parterre d’aveugles.

    Olrik, toujours à écrire des articles tachés de Picon bière (et de ça seulement).

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