Seventh Code (Kiyoshi Kurosawa – 2013)

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Une jeune Japonaise, Akiko, a du mal à oublier un bel homme qu’elle a rencontré lors d’une soirée à Ropongi. Pour y remédier, elle décide rien moins que d’aller le retrouver à Vladivostok ! Sur place elle le retrouve mais ce dernier lui fait rapidement comprendre qu’il ne faut pas être bien malin pour se rapprocher d’une personne dès la première rencontre. Il la laisse en plan dans un café mais Akiko s’accroche, le suit, et ne tarde pas à découvrir que cet homme tiré à quatre épingles fricote avec la mafia locale…

Si à la fin du visionnage de Seventh Code on est un peu déçu, il faut bien reconnaître que Kurosawa a réussi une fois de plus à tisser une histoire intrigante et de nouveau soutenue par une réalisation sans faille. Du fait de la durée inhabituelle (60 minutes) on est ainsi un cran en dessous du somptueux Shokuzai et du récent Real. Evidemment la longueur ne fait pas tout (c’est  bien vrai) mais force est de constater ici qu’on aurait aimé au moins vingt minutes supplémentaires, ne serait-ce que pour donner un peu plus de consistance à la fin. Mais d’un autre côté, la dernière partie de Tokyo Sonata ne laissait pas de surprendre et de susciter des critiques qui trouvaient le dénouement rocambolesque. Face à cette critique, je crois me souvenir que j’avais évoqué dans un article une absence de réalisme revendiqué chez Kurosawa, une tentation du basculement frénétique vers quelque chose d’inattendu, d’improbable, chose qui n’est pas sans donner une aura fantastique, ou tout du moins d’étrangeté, à ce type de dénouement. C’est encore le cas dans Seventh Code avec un dernier quart d’heure assez inattendu voire carrément WTF en diable (nul spoil ici, lisez tranquille. Mais pour ceux que ça intéresse, voir plus bas).

Mais avant ce dénouement, le spectateur aura bien l’impression d’évoluer en terrain connu, et pas uniquement parce qu’Akiko porte un vêtement rouge, couleur quasi obligatoire pour tout personnage féminin de la filmographie de Kuro :

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Habituellement, le rouge est réservé aux femmes fantômes. Cela change ici car Akiko est bien en chair et en os. Il n’en demeure pas moins que la démarche de cette jeune femme qui va s’enterrer à Vladivostiok pour y retrouver un homme qu’elle n’a vu qu’une fois n’est pas sans lui donner de cette aura fantastique évoquée plus haut (et ce n’est que le début en ce qui la concerne). De même, Matsunaga et ses allures d’homme d’affaires impeccable, parlant russe et rencontrant dans des coins retirés du russe local tendance chelou, n’est pas non plus sans paraître un brin irréel.

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Et il en va un peu de même avec ce restaurateur japonais qu’Akiko rencontre, restaurateur venu à Vladivostok pour se faire plein de blé (ben voyons) et vivant avec une Chinoise (très jolie, le couple n’en est que plus atypique) qui a peu à peu perdu ses illusions. Durant toute une partie, le spectateur a bien du mal à comprendre où veut en venir Kurosawa avec ses êtres que tout sépare, qui vivent dans un lieu austère, vaste terrain de jeu dans lequel Akiko et son pote restaurateur vont s’agiter à travers une exploration de certains quartiers et une aventure irréelle, un peu jeu vidéo, comme une sorte finalement de prolongement de l’univers virtuel de Real.

En cela, le film me paraît intéressant. En lui-même Seventh Code n’est pas un chef d’œuvre, mais dans la perspective des précédents films de Kurosawa, il semble totalement cohérent, dans la continuité de son esthétique et de ses thèmes. Ainsi la fracture entre ce qu’est un être extérieurement et intérieurement, le couple (rarement une réussite chez lui tant les failles ne tardent pas à apparaître) ou encore la fin du monde, avec l’intervention surprise du nucléaire dans le dernier quart d’heure (je rappelle que l’histoire se passe en Russie), et enfin l’entrée dans l’âge adulte (voir Shokuzai ou License to Live).

Il est ici significatif que Kurosawa ait choisi pour son héroïne Atsuko Maeda, ex-AKB48 :

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Ici avec des copines.

… et occupée maintenant à donner un tour à sa carrière plus adulte :

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Continue dans cette veine A-chan, c’est bien mieux !

Tour à tour nunuche et… (vous verrez bien), l’actrice, sans être non plus remarquable (attendons confirmation avec d’autres rôles), parvient assez bien à rendre intéressant ce personnage immergé dans un Vladivostok automnal. Les mauvaises langues pourront dire qu’elle apparaît limitée, surtout au début, mais comme il s’agit ici de jouer une petite cruche qui laisse tout pour aller rejoindre un homme qu’elle n’a vu qu’une fois, on pourra rétorquer que c’est justement très bien ainsi. Bref encore une fois, attendons de voir, et insistons plutôt sur le fait que Kurosawa permet à Maeda de faire un portrait intéressant d’une autre personnage de post ado, de jeune adulte finalement bien plus inquiétant que les gangsters russes et leur recherche d’un important composant électronique pour faire une bombe nucléaire.

7/10 (pour ceux qui n’ont rien vu de Kurosawa, probablement 4-5/10).

Allez, pour ceux qui ont vu le film ou qui ne craignent pas le spoil :

Spoiler Inside: Spoil !SelectShow

Du même tonneau (ou presque) :

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11 Commentaires

  1. Passé totalement à côté de ce Kurosawa ! Tu m’apprends son existence. Faut dire aussi que j’ai pas mal de retard dans sa filmo’ récente.

    Bon après sur l’actrice (connais pas du tout l’univers des AKB48), j’en lis beaucoup qui jugent avant d’avoir vu, notamment lorsque ça touche à des pop idols. N’empêche, si on a un réal’ qui sait diriger ses acteurs, on devrait normalement assister à des presta’ qui donnent. Et de sa part et en te lisant à ce sujet, ça semble correcte.

  2. Me too. Mais l’article donne envie à ce vieux fan du bonhomme (plus que la bande-annonce, hyper mal foutue et musicalement ringardos à donf). Le format sans doute n’a pas aidé à sa distribution par chez nous.
    Sinon, AKB48 ça fait un peu nom d’arme de guerre. Le concept lui-même ressemble à un élevage kawaii pour prédateur sexuel, ça fait peur…

  3. @ I.D. : oui, c’est ça. Avec un réal chevronné on peut penser que même un acteur médiocre bien cadré peut arriver à quelque chose. Enfin, je dis ça mais je me souviens d’un certain Vengeance avec dedans un certain Johnny H d’assez piètre mémoire.

    @N°6 : la B-A réussit au moins l’exploit de ne pas spoiler la fin (jusqu’au bout j’ai cru qu’on allait y avoir droit) mais la musique est évidemment à des années lumière de l’ambiance d’un film de Kuro.

    Pour AKB48 oui, c’est clair que ça fait peur de voir ces corps à peine formés se trémousser sur scène. Au moins, avec les AV idols d’Ebisu Muscats, il y a moins de malaise. Allez, on est à l’heure de l’apéro, on peu s’enquiller ce genre de chose :

    Olrik, sous whisky japonais.

    • Oh bordel. Cette fois c’est *vraiment* un élevage d’actrice porno si je comprends bien. Ouais. AHHHH, l’apparition du vieux pervers déguelasse à 1:49 je sais vraiment pas comment l’interprêter… pfffiou… Quand j’y pense, ils (oui, parce que je ne doute pas qu’évidemment, c’est des mecs qui produisent un truc pareil, forcément) se sont fait choper la meilleure idée du monde pour un groupe, celle de l’appeler Master Musicians of Bukkake. Mais c’est trop tard, le nom est pris.

      • Tu connaissais pas ? Je me souviens de l’avoir découvert via un article de Megane sur DC, avec une chanson intitulée « Banana Mango » (art de la métaphore lubrique, quand tu nous tiens !).

        De mon côté je ne connaissais pas Masters Musicians of Bukkake. Avec un tel nom tu penses bien que je me suis rué sur ma souris pour aller voir sur le net quelle gueule ça a. En arrivant sur cette présentation :
        http://concert.arte.tv/fr/master-musicians-bukkake-villette-sonique
        J’avoue que ça m’intrigue…

        One more time…

        • Nan, j’avais du passer à côté de cet article-là. Bon, faut dire que j’étais tombé sur DC en route. Euh, non, vraiment pas possible.:)
          Mais ça me fait penser que je susi tombé là-dessus il n’y a pas longtemps, et c’est beaucoup plus ce qui me branche musicalement :

          Réalisé uniquement à partir du son de films avec une certaine Mihane Yuuki, actrice porno de son état donc, et ça passe vraiment bien (bon, faut aimer l’électro un peu expé quand même). C’est téléchargeable ici : http://dafuck2.bandcamp.com
          Les Master Musicians of Bukkake c’est très bon, mais c’est vrai que le nom est une blague, aucun rapport avec le Japon ni de près ni de loin (un détournement des Master Musicians of Jajouka). Mais enfin dans ce contexte, ça m’est venu de suite. Si tu veux voir la vidéo de leur concert à la Vilette Sonique plus dispo sur le site d’Arte, elle est là :

          • Da fuck effectivement, rarement un nom de groupe n’aura si bien porté son nom. Le cocktail électro et gros seins, j’en ai rêvé, da fuck l’a fait !

            Et oui, concernant les Bukkake, ta vidéo rejoint celles que j’ai zyeutées entretemps. Pas mal du tout.

  4. Je signe pour le Kurosawa.

    Je signe pour AKB48… nan, je déconne.

    > AKB48 ça fait un peu nom d’arme de guerre. Le concept lui-même ressemble à un élevage kawaii pour prédateur sexuel, ça fait peur…

    Carrément. Ça résume bien le merchandising du bordel. Flippant.

    Ebisu Muscats… O_O je signe mais O_o bref, c’est un concept incroyable. Prendre des AV idols et en faire un girl band J-pop. Je me sens dépassé. J’ai cru reconnaitre Sora Aoi que le père Olrik avait mis ici à l’honneur, nous cachant bien tout ça.
    Perso’, j’étais également passé à côté de l’article DC. Pas de souvenir donc. Et en trainant sur la page wiki, j’apprends que Maria  » Fuck 1 Japan Grand Prix » Ozawa a fait partie de l’aventure !

    Je signe pour Da Fuck aussi. Concept intéressant. Ça passe bien. Dans un trip presque similaire mais pas vraiment, c’est pas loin de me rappeler le pornchestra de Tori Black.

    Quant au Master Musicians of Bukkake, je signe également !

    Eh bé, je serais pas venu boire frais pour rien…

  5. Oui, Sora chan fait évidemment partie du cheptel d’AV stars du groupe, tout comme Maria Ozawa, plus à l’aise pour prendre des virages serrés (et autre chose) dans le film cité que pour avoir des vrais rôles au cinéma.
    Tu signes beaucoup et tu bois frais l’ami, mais iras-tu jusqu’à t’enquiller cul sec ce rafraîchissement :

  6. Mouahahah…les mamies préventions. Tout un concept !

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