Still the Water (Naomi Kawase – 2014)

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Non loin d’Okinawa, sur l’île d’Amami, deux jeunes gens, Kaito et Kyoko, s’éveillent à l’amour tout en faisant face à une difficile situation personnelle. Kaito doit composer sa vie avec un père parti vivre à Tokyo et une mère qui le déçoit car trop désireuse de poursuivre sa vie intime avec d’autres hiommes. Kyoko doit quant à elle affronter la mort inéluctable de sa mère chamane…

Avec les dernières tentatives aussi épileptiques que saoulantes de Sion Sono, je me disais qu’il était bon d’avoir sous le coude des cinéastes comme Naomi Kawase, loin de tout clinquant tape-à-l’œil, œuvrant avec une belle régularité dans du contemplatif cousu main fait pour ceux qui savent apprécier la lenteur ainsi que les affres d’êtres se posant des questions vieilles comme le monde mystique que la réalisatrice se plaît à montrer.

Absolument charmé par Shara à sa sortie, je l’avais été un peu moins les suivants, c’est vrai, mais je n’en still-the-water-posterattendais pas moins de pied ferme ce Still the Water projeté au dernier festival de Cannes, film pour lequel Kawase avait clamé qu’enfin, elle le tenait son chef d’œuvre et qu’elle ne voyait pas quoi faire de plus pour obtenir la récompense suprême. On sait ce qu’il est advenu, Jane Campion ayant préféré récompenser Winter Sleep. Que Still the Water reparte bredouille, alors que certains critiques, jusqu’alors réticents à l’esthétique de Kawase, avaient clamé leur grand enthousiasme pour ce film, m’avait paru sur le coup un peu dur mais enfin, sans l’avoir vu et sachant combien le propre de ce type de palmarès est de toute façon de décevoir, j’attendais mon heure pour m’en faire une idée.

Juste après l’avoir vu, force de reconnaître que me voilà guère plus avancé. Accomplissement ou régression ? C’est toute la question après avoir vu cet étrange panneau blanc, juste après l’ultime scène, sur lequel s’inscrit en kanji le titre puis un curieux « un film de Naomi Kawase », chose inhabituelle chez la réalisatrice, très « Still the Water, c’est moi », qui laisse percer et confirme un orgueil pressenti à Cannes vis-à-vis de ce film. Mais voilà, encore une fois, cet orgueil a-t-il lieu d’être ? Bon, procédons avec méthode. Avant toute chose, il faut ici reconnaître que la direction artistique de Kawase a quand même de la gueule. Sur le plan photographique, elle récite ses gammes et parvient sans problème, au détour d’un cadrage, à communiquer au spectateur un bien être visuel ou un sentiment en concordance avec ce qu’elle veut faire sentir.

L’utilisation de la caméra à l’épaule, loin d’être aussi gavante que nombre du film du Dogme, est parfaitement dosée et donne l’impression que les scènes sont vues à travers le regard d’une âme. Le procédé était déjà sensible dans Shara, au début et à la fin du film, mais ici, dans ce lieu qui nous est d’emblée montré comme une terre de traditions et de rites animistes, il acquiert une résonance particulière et contribue à faire sentir cette fragilité de la vie mais aussi une sorte de quiétude vis-à-vis de sa perte.

Enfin, même si Kawase avait déjà fait des tentatives de ce type dans Nanayomachi, il faut reconnaître que certains plans sont très évocateurs de l’œuvre d’un autre réalisateur. Entretemps Malick, avec son Tree of life et To the Wonder, est passé par là, et il paraît difficile d’imaginer qu’ils n’aient pas été une source d’inspiration pour Kawase. Plans d’arbres en contre-plongée, plans de plage, scène dans une mer bleu turquoise où l’on voit nager des êtres innocents (on pense ici à la Ligne rouge), on est dans une approche malickienne de l’état de nature et, là aussi, Kawase le fait assez joliment tout en y ajoutant un arrière-plan mystique lié à l’animisme.

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Visuellement donc, le film est réussi. Emotionnellement, il possède des scènes qui ne le sont pas moins. Celle dans laquelle une chèvre est sacrifiée et pousse ses derniers râles sous le regard fixe d’une Kyoko guettant le moment où l’esprit va quitter le corps :

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Celle où l’on assiste aux derniers instants de la mère de Kyoko, instant partagés et sublimés collectivement car accompagnés de sanshin, de chants et de danses :

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Celle où l’on découvre, en pleine nature, les deux jeunes gens faire l’amour pour la première fois. Scène pleine de pudeur et de justesse. Rien de scabreux, les deux personnages sont tout au bonheur de leur découverte, comme l’atteste le léger sourire de Kaito, personnage pourtant peu amené et dérider son visage durant le film.

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Celle encore où l’on voit les deux personnages nager sous l’eau. Scène clé attendue car montrée dans l’affiche du film, et qui se fait attendre jusqu’au bout. Il y  dans cette scène un peu d’un âge mythologique dans lequel des héros accomplis pourraient se fondre dans la nature sous le regard bienveillant de dieux.

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Au passage, rarement l’habiutuel floutage des parties intimes, quoique discret, aura été aussi déplacé. Triomphe de la censure dans une scène où les deux êtres sont censés s’affranchir de tout. On espère pour plus tard une version pas aussi platement censurée.

Avec à la clé un ultime plan nous montrant une bulle d’air remontant lentement à la surface. A nouveau représentation d’une âme ou symbole d’une sérénité retrouvée qui s’apprête à se tourner de nouveau vers l’avenir et le monde des hommes, le film se termine, comme pour Shara, sur l’idée d’une élévation positive.

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Mais alors, ce Still the Water serait donc une pure réussite ? Et Jane Campion aurait donc été bien conne ? Ici, il m’est très difficile de donner autre chose qu’une réponde de Normand. J’ai aimé le film mais en même temps, je n’ai jamais pu me départir du spectre de Shara et c’est ce qui m’a semblé rendre parfois le visionnage de StW un peu vain. Sans aller jusqu’à dire qu’il est un reboot de Shara, il faut quand même admettre que les deux films tissent beaucoup de correspondances entre eux, avec certes quelques variations. Deux jeunes qui s’éveillent à l’amour, une jeune fille qui prend l’initiative face à un garçon bloqué dans ses sentiments, une mère qui s’apprête à perdre la vie (en opposition avec la mère dans Shara qui s’apprête à la donner), un parent parti vivre ailleurs (dans StW le père du jeune homme est parti vivre à Tokyo, dans Shara la mère de la jeune fille a confié son éducation à sa sœur), un personnage de père à la fois fort et tendre ou encore une disparition (le frère dans Shara, la mère de Kaito dans StW, même si cette disparition est momentanée). Bon, quelqu’un qui a pris de son temps pour écrire plus de deux cents critiques de films sait bien combien certains thèmes, certains motifs peuvent être obsessionnels chez certains artistes et entrer en résonnance avec leur propre histoire personnelle (Kawase  qui perd sa grand-mère, Kawase qui enfante, Kawase qui perd un ami atteint d’un cancer, Kawase qui perd sa mère, autant d’événements qui trouvent leur traduction dans ses personnages ou ses documentaires). Mais là, j’ai eu toute les peines du monde de me libérer de Shara pour apprécier pleinement Still the Water. Cela s’est fait par intermittences, jamais complètement. Dans ces conditions, conseiller ou non d’aller voir StW, c’est un peu compliqué. Deux extrêmes à éviter cependant : un certain Kawase bashing fait de sarcasmes vis-à-vis de messages simples qui n’ont aucune prétention à révolutionner la philosophie (sarcasmes qui étaient les mêmes distillés par certains critiques imbéciles lors de la sortie de Tree of Life), et une critique dithyrambique qui semble avoir été conquise par un rapprochement « ghibliesque » pas forcément évident.

Entre les deux, je m’imagine le film à l’image de cette petite bulle qui remonte à la surface. Laissons-là suivre son chemin, les années nous dirons si oui ou non, l’orgueilleux panneau final de StW a de la classe ou non.

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Note : quelque part entre 6 et 8

Du même tonneau (ou presque) :

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15 Commentaires

  1. Je suis d’accord que Still the water a un côté très agaçant, voire, effectivement, très film pour gaijin (et même clip de promo pour l’Office du tourisme) – le nombre de Japonais de Paris que je connais et qui détestent Naomi Kawase (« Elle ne fait que des films qui correspondent pile-poil à l’iconographie jap’ telle que ce l’imagine l’Occidental de base », & blabla), c’est impressionnant
    OK aussi que Shara reste inégalable
    (cela dit, ai pas mal aimé aussi, ok un cran en dessous, Hanezu. Mais je dois être à peu près le seul, vu la critique assez pourrie qu’il s’est prise)

    N’empêche, moi, entre deux agacements, Still the water m’a tout de même pas mal remué, comme film
    Peut-être/sans doute le souvenir encore très fort de l’été dernier, passé à Amami & Kakeroma. En compagnie de celui qui m’a bien pourri le voyage (dans une ambiance que décrit bien Still the water), j’ai nommé Mr « Taifu djû ni go »: Mr le typhon n°12 de la saison (assez bestial)

    Mais je confesse une subjectivité totale: étant dingue de shima-uta, dès qu’un film la ramène avec des scènes où l’on joue du sanshin, je succombe minablement,
    Est-ce grave, docteur?

  2. « Elle ne fait que des films qui correspondent pile-poil à l’iconographie jap’ telle que ce l’imagine l’Occidental de base »

    Extrêmement contestable je trouve, surtout lorsque tu vois ses documentaires ou ses premiers films. Là, il faudrait que ces Japonais précisent ce qu’ils entendent par « iconographie jap' » parce que on n’a clairement pas la même perception de la chose. Il faudrait aussi qu’ils donnent des exemples de ce qui, selon eux, incarnerait un cinéma japonais loin des clichés qu’imagine un occidental de base. M’est avis qu’on passerait de Charybde à Scylla. Enfin…

    Sinon oui, pour peu que l’on ait traîné ses basques du côté d’Okinawa, le sanshin incite assez inévitablement à l’indulgence, je suis d’accord. Pouvoir magique de l’expérience. J’imagine qu’un film tourné à Miyazaki par Gérard Pirès, avec Jean Réno et une musique d’Eric Serra, ce serait pareil… euh, enfin, à la réflexion, en fait, non.

    Les typhons… bien pénibles indeed mais d’un autre côté ça fait des souvenirs. Ils ont juste la fâcheuse manie d’arriver à un moment où on a besoin de tout sauf de cataractes de flotte.

  3. Le plus gênant dans ce film c’est qu’elle créée de l’émotion artificielle. Avec une imagerie certes réussie (avec toute la technologie de nos jours ce n’est plus un critère, même Michael Bay a ses couchés de soleil.
    La scène d’agonie limite putassiere et la bulle d’eau GROSSE allégorie. Comme si Rinko Kawauchi avait filmé le cœur des hommes.

    Un film pour gaijin qui s’imaginent avoir découvert le ‘vrai’ Japon…

    • De l’émotion artificielle ? Je suppose que tu réfères aux scènes avec de la musique extra-diégétique ou au plan de coucher de soleil par exemple, mais ça serait quand même oublier certaines autres séquences très touchantes car terriblement juste dans leurs émotions transmises. Je pense par exemple à la scène avec Kyoko et ses parents assis sur le rebord de la maison, qui sont d’ailleurs plus représentatives du film que celles citées plus haut (que je trouve réussies au demeurant).

      « film pour gaijin… » Encore une fois je pense que tu te focalise sur un point, ici l’aspect découverte d’une culture, en oubliant le reste. Il y a aussi le parcours initiatique de nos deux adolescents, l’un découvrant l’amour, l’autre, la mort. Et bien sur le spiritualisme qui en découle que l’on peut grandement apprécier sans pour autant s’imaginer découvrir le Japon.

    • « Le plus gênant dans ce film c’est qu’elle créée de l’émotion artificielle. »
      Exemple ? Pour moi, l’émotion est artificielle lorsque les violons se mettent à retentir pour souligner qu’attention ! il faut pleurer maintenant (genre scène finale de Mort à Venise). Pas vraiment eu cette impression dans StW même si je reconnais que l’émotion dans Shara était plus subtile et me convenait davantage.

      « Avec une imagerie certes réussie (avec toute la technologie de nos jours ce n’est plus un critère, même Michael Bay a ses couchés de soleil. »
      Evidemment, si tu as en tête ce genre d’image :
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      … on peut évidemment affirmer que Kawase/Bay, même combat. Après, au-delà d’un plan par ci par là, ce qui est réussi dans le film est comment Kawase parvient tout le long du film à créer une géographie cohérente, dotée d’une certaine force, force qui parvient à faire du lieu un personnage à part entière. Pas vraiment développé dans l’article, je reconnais, mais merde quoi ! pour quelqu’un amateur de photobooks et qui sait combien une photo a parfois moins de valeur per se que dans le réseau qu’elle tisse avec d’autres, surprenant que tu ne sois pas allé au-delà du côté imagerie « facile ».

      « La scène d’agonie limite putassiere »
      Tu étais beurré au cointreau ou quoi quand tu as vu le film ? Cette scène est tout sauf de la putasserie. Au contraire tout en noblesse et émotion contenue. Avec très peu de plans nous montrant le visage fatigué de la mourante, sans doute par pudeur mais aussi pour nous signifier sa disparition en cours. Si ça c’est de la putasserie, je veux bien en voir tous les jours.

      « la bulle d’eau GROSSE allégorie »
      Encore une fois, c’est le souci lorsqu’un discours vise à une certaine universalité. Rien de plus facile que de le dégommer en montant en épingle un détail symbolique.

      « Un film pour gaijin qui s’imaginent avoir découvert le ‘vrai’ Japon… »
      Bon… ERIC NEUHOFF, SORS DE CE CORPS !!!

  4. Je crois que j’irai pas. En plus la référence à Mallick me fait personellement fuir, faisant partie de la foule du mauvais côté de la ligne (rouge ou verte, suis nul en couleur) qui s’est tapé The Three of Life en accéléré tellement j’avais trouvé ça emmerdant et carrément neuneu new-age dans ses pires moments (y avait aussi de belles choses, mais enfin fallait vraiment passer tout ça au tamis pour moi).

    Bon, par contre, j’ai vu « Gone Girl », et hop, un putain de film jubilatoire et pas du tout ce à quoi je m’attendais. Pas une minute de trop pour le coup.

    • Ah la la ! Il y a pourtant des choses incroyables chez Mallick. Ça viendra peut-être. J’ai revu récemment The New World, film que j’avais trouvé épouvantable au premier visionnage et que j’ai trouvé au second absolument fabuleux, tout n’est donc pas perdu…
      Tant mieux si Gone Girl est une réussite. je ne pense pas que j’irai le voir (dans la zone où je suis, c’est la VF de rigueur et j’ai la flemme de faire des kilomètres en bagnole pour voir de la VO) mais je le regarderai certainement quand il sera dispo.

  5. Je n’avais pas vu de film de Kawase depuis La Forêt de Mogari, dont je n’ai aujourd’hui absolument aucun souvenir. Celui-ci viendra sans doute le rejoindre dans la catégorie des films vite oubliés. Pas que Still the water soit un mauvais film, mais je l’ai trouvé au final assez quelconque.

    En fait j’ai ce problème avec les longs-métrages des années 2000 en mode « film de festival ». Je m’explique. La sobriété semble être le credo de ces films qui surexploitent, lentement, les thématiques d’un auteur déjà bien établi. J’ai l’habitude du cinéma contemplatif japonais, mais il n’est jamais aussi fort que quand il double cette contemplation d’un travail stylistique accompli. Or dans la forme Kawase demeure trop sage, son héritage du documentaire sans doute. De plus, toute appliquée à faire partager des moments authentiques, humains, elle relâche le maigre fil narratif à un point où notre intérêt se délite petit à petit. Le triomphe du naturalisme ne me semble, dans ce cas d’une dramatisation en sourdine, pas une bonne chose. Il peut nous attacher aux personnages comme nous détacher de l’histoire dans sa globalité, traitée de manière un peu trop secondaire. Résultat, s’il y a des scènes vraiment très réussies (citées dans l’article), au final le film n’a pas eu l’impact qu’une telle histoire se devait de fournir. 2h c’est bien trop long pour un tel récit, si bien qu’à la fin je me suis désintéressé du sort des personnages et donc, peut-être pas l’ennui, mais l’indifférence, a pris le pas sur l’émotion.

    Quant au jeu des comparaisons, je les trouve toutes un peu abusées, justement à cause de cette carence de style. C’est bien cadré et photographié certes, c’est joli à regarder, mais il y a quand même un manque de transcendance esthétique, et des lacunes dans le travail de montage pas assez poussé (qui rend le film un peu plat, rythme languissant tout du long). C’est appliqué, mais jamais vraiment marquant. La parenté avec Ghibli est lointaine, rapport avec la nature, animisme ok, mais là où la poésie d’un cadre de Miyazaki peut émouvoir aux larmes, j’ai l’impression d’un easy watching chez Kawase (sans aller jusqu’à l’accuser de montrer d’exotisme facile pour occidentaux). Sur les couchers de soleil, franchement les gars, si on peut plus en filmer un sans se faire traiter de Michael Bay, c’est triste, et c’est pousser l’analyse dans un camp retranché un peu stérile, non ? D’autant qu’esthétiquement ça n’a rien à voir, aucun filtre ici, aucune tentative d’image publicitaire. Faudrait arrêter de condamner systématiquement le « beau ». Enfin, Malick. Ok, nous avons la contreplongée sous les arbres, des plans sous-marins élégiaques… il n’empêche, chez Malick, c’est l’enchainement des plans, le mouvement, le montage, et l’accord avec la musique qui produisent du style, et même au-delà, une symbiose esthétique et émotionnelle. Encore une fois, cela paraît un peu clairsemé ici pour faire une comparaison directe (et ça fait très mal à Kawase si on se lance là-dedans).

  6.  » au final le film n’a pas eu l’impact qu’une telle histoire se devait de fournir. »

    Oui, on rejoint donc ceux qui pensent que le meilleur de Kawase est derrière elle, pas avec ce film.

    « La parenté avec Ghibli est lointaine, rapport avec la nature »

    Je crois que ce qui a marqué la critique est cette scène où Kyoko sort de l’eau et tombe sur « papy tortue ». Effectivement il y a ici une similitude très forte avec l’univers de Miyazaki. Après, je suis d’accord pour dire que ça ne va pas plus loin que ça.

    « là où la poésie d’un cadre de Miyazaki peut émouvoir aux larmes »

    Moui, enfin, un peu comme pour Kawase, quand il est en forme. Personnellement, entre revoir le Vent se lève et Still the Water, je n’hésite pas, je préfère largement me coltiner les deux heures de Still the Water.

    « Faudrait arrêter de condamner systématiquement le « beau » »

    😀 Hé m’sieur, mais c’est pas moi, c’est Gould qui fait rien que dire des saletés !

    « Encore une fois, cela paraît un peu clairsemé ici pour faire une comparaison directe »

    Bien sûr, on n’est pas sur le même lyrisme. Mais déjà dans Nanayomachi (2008) j’avais été frappé par certains plans. A cela s’ajoute cette île isolée dans Still the Water, la communauté aux rites primitifs, le côté âge d’or rousseauiste, c’est tout cela qui m’a tout de suite aiguillé vers Malick.

    « pour faire une comparaison directe (et ça fait très mal à Kawase si on se lance là-dedans) »
    D’un autre côté je ne suis pas sûr que ça aurait du sens. Un peu comme si tu signalais que Gide n’écrit pas comme Chateaubriand.
    J’aime beaucoup Malick mais je reste tout de même vigilant. Son To the Wonder m’est tout de même sacrément tombé des yeux, un peu comme le Vent se lève tiens. Le risque est pour lui de faire du Malick, de se complaire dans cette « symbiose esthétique et émotionnelle » et de passer au beau ou boursouflé. Pas l’impression que Knights of cup va apporter grand chose de neuf dans sa filmo.

    • Je répondais un peu à tous les commentaires en fait, la prochaine fois je ferai l’effort de quoter. 🙂

      Je vois que tu n’as pas du tout adhéré au dernier Miyazaki. Je comprends, le film est très particulier dans sa filmographie, sans aucun doute celui qui détonne le plus. Ce n’est pas celui que je préfère, mais je salue l’audace, et je trouve malgré tout (malgré l’onirisme fantastique à dose homéopathiques, malgré le héros pas très attachant) que c’est un beau film testamentaire. Même si l’histoire d’amour est assez mélo, il reste de très beaux moments, et niveau mise en scène c’est tout de même très riche et parfois osé (les bruitages à la bouche). Il termine quand même par le seul film de sa carrière qui n’est pas pour enfants. J’aurai bien aimé connaître ton avis mais je constate qu’il n’y a pas d’article sur le site.

      « Miyazaki quand il est en forme » : je vais faire un peu fanboy peut-être, mais pour moi il a été d’une régularité créative incroyable. Ce qui rend sa retraite d’autant plus triste. Il n’y a presque que la fin du Château ambulant que je condamne comme un gros boulot de feignasse qui veut (mal) boucler son histoire en 2 minutes.

      Celui qui me fait l’effet d’un Miyazaki creux, c’est bien Makoto Shinkai, qui se concentre tellement sur la joliesse des plans qu’on finit par avoir l’impression de regarder un diaporama de fonds d’écran. Ok, je suis un peu dur. ^^ Mais depuis son premier essai (Hoshi no koe, que j’avais beaucoup apprécié) il me semble se répéter dans un spleen rose bonbon un peu lassant (et pourtant j’adore la mélancolie au cinéma mais là, c’est overdose). Et quand il fait du Ghibli (Agartha) je n’y vois qu’une pâle copie qui ne me touche pas un instant.

      Bref, pour revenir au sujet, la « joliesse » de Kawase je la rapprocherai plus de celle de Shinkai, dans la mesure où les deux me semblent poseurs. Au contraire d’un Miyazaki qui est un conteur, et va constamment de l’avant pour raconter son histoire. Ici c’est regardez comme mon plan est beau (Shinkai), regardez comme ma scène est authentique (Kawase). Pourquoi je me mets à penser ça en regardant ces films ? Parce qu’ils ne me semble pas maîtriser un aspect primordial du cinéma, bien plus que le son ou même la composition des cadres : la durée. Ce travail lié à la fois à la mise en scène d’une séquence, et au montage, est souvent négligé. Cela donne des films languissants qui se concentrent sur ce qu’ils montrent au point de l’appuyer inutilement. On aurait tendance à penser que plus le plan est long plus le cinéaste est dans la maîtrise, respectant ce qu’il enregistre – et par conséquents (pour certains) respectable. Au contraire d’un montage plus rythmé (ce qui ne veut pas dire simplement plus rapide) qui nous ramène à la musique, voire à la télévision, à toute une « sous » culture. Au contraire, je trouve que ce n’est pas sobre, ni intelligent, ni subtil, d’enregistrer sur la longueur et de retranscrire (quasiment) tel quel. Ce qui est difficile c’est de trouver le bon rythme, le juste dosage, et la bonne confrontation des plans pour ne pas laisser le spectateur en rade. C’est ce qui fait la fiction pour moi. L’écriture cinéma y est plus exigeante. Pour le documentaire ce qui est montré est plus important. Enfin, je vais arrêter de divaguer ça commence à faire long. ^^

      Pour To the Wonder je vois tout à fait ce que tu veux dire. Les cinéastes enfermés dans leur propre style au point de livrer des œuvres boursouflées et antipathiques. Pour moi ce n’est pas toujours pas le cas avec Malick, car je trouve son cinéma encore fascinant, et j’ai toujours pensé que le 7ème Art avait pris une voie trop exclusivement tournée vers un narratif parfois trop bavard. Donc là je suis servi, il fait exactement l’inverse. 🙂 L’élément essentiel du cinéma restant l’outil, la caméra, et ni les acteurs ni le scénario. Donc je ne suis pas contre des expériences formelles et sensorielles un peu poussées, bien au contraire, du moment qu’elles gardent en leur sein une cohérence de lecture.
      Après il y a les cinéastes longtemps chéris qui se perdent dans leur univers (Gilliam en est un bon exemple). Et là c’est juste triste et agaçant.

      • « Il termine quand même par le seul film de sa carrière qui n’est pas pour enfants.  »

        Je confirme, mon fils s’est bien emmerdé durant la projection. Le problème, c’est que moi aussi ! Le problème venant d’un personnage totalement raté, trop lisse, trop parfait, parlant comme un petit vieux, incapable de faire ressentir la passion qui l’anime. O.K. certains passages oniriques sont là pour faire sentir combien le mec est dans sa bulle, j’aime aussi comment le réel est parfois contaminé par l’imaginaire, mais c’est trop peu pour se sentir attaché et avoir envie de suivre les traces de l’ingénieur. Miyazaki veut nous faire croire à la passion de son personnage, le problème est que le film a tout du film synthèse qui va reprendre un peu à bout de souffle, sans passion, des motifs bien connus de son univers. Pour le coup, le précédent film de son fils, se passant lui aussi à une époque passée bien déterminée, m’a paru bien plus sympathique. Non, vraiment, c’est bien qu’il arrête. Je n’en dira pas autant de Takahata qui peut continuer, lui, et le plus longtemps possible !

        « mais pour moi il a été d’une régularité créative incroyable. »
        En ce qui me concerne, le pic a été atteint avec Mononoke et surtout Chihiro. Et si j’adore ces deux films, beaucoup de ses métrages m’ont laissé indifférent malgré leur grande beauté formelle (ce qui n’est pas le cas pour Takahata).

        Pour Shinkai, j’attends de voir. L’étoffe me semble en effet encore un peu mince pour prétendre à la relève de grands maîtres.

        Pour la durée et le rythme, je vois ce que tu veux dire. Mais d’un autre côté, que fais-tu d’un film comme Eureka qui se moque bien du rythme, qui se complaît dans le languissant et qui parvient à être fascinant ? Ce que tu dis renvoie à toute une conception (bien respectable) du cinéma mais semble frapper de nullité les oeuvres qui n’y renvoient pas, ce qui me semble dur, et pas que pour shinkai et Kawase car alors on peut citer pas mal de cinéastes qui cherchent à faire coïncider narration et montage rythmé.

        Pour Malick, même si je n’ai pas vraiment aimé To the Wonder, qu’un tel cinéma existe et puisse compter sur des fonds pour se matérialiser à l’écran est au bout du compte rassurant. Un peu comme pour Lynch et Inland Empire. Chef d’oeuvre ou film raté, peu importe, c’était fou de voir un tel film à l’affiche entre deux blockbusters.

        • Il y a aussi des films qui fonctionnent avec une durée dilatée, comme Eureka. Ils sont plus rares, ils m’apparaissent un peu comme des exceptions. L’exercice est difficile. Kechiche œuvre sur cette durée a priori abusive des séquences, mais pour moi ne parvient qu’à moitié au résultat escompté. Il tire beaucoup de ses acteurs, de ses situations (plus que des séquences), mais souvent au détriment du tout. Ce dont je parle n’est bien sûr pas une règle absolue, mais cela se vérifie dans la majorité des cas. Eureka est tout de même un OVNI (pas revu depuis mais il m’avait bien fasciné aussi). La preuve, l’auteur lui-même n’a pas réussi à réitérer l’exploit !

          Au fait, il n’est pas possible de faire un copier-coller des textes de nos commentaires ici ?

          • Tsai Ming Liang, Hou Hsiao Hsien, d’autres auteurs assez étrangers à la notion de rythme resserré, et ça n’a pas trop mal marché pour eux. Et pour ce qui est de la « durée abusive des séquences », je pense tout de suite à la Maman et la Putain. J’ai l’impression qu’en creusant bien on peut en trouver pas mal des exceptions, non ?

            Le copier-coller refonctionne, c’était dû à un plugin que j’aurai dû virer depuis belle lurette.

  7. Il n’y avait pas de floutage dans la bobine que j’ai vue ce soir. Un festival de poils mon cher Olrik.
    Sur cette remarque essentielle, je m’en vais de ce pas conjurer ce film triste à mourir par la première comédie que je trouverais. Tiens, the Funeral de Juzo Itami, ca pourrait le faire.

    • « Un festival de poils mon cher Olrik »
      Une des raisons pour lesquels vivre en France, ça a du bon.

      « ca pourrait le faire »
      Non, ça va le faire :

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