Violent Panic : the Big Crash (Kinji Fukasaku – 1976)

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Comment diable a pu se passer l’entretien durant lequel Fukasaku a convaincu son producteur de lui donner des sous pour financer Violent Panic : the Big Crash ? Perso, j’imagine quelque chose comme cela :

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– Bon alors voilà : pour le prochain, voici ce que j’ai décidé, on va faire un film qui va s’intituler Panique violente : le gros crash !

– Hein ? Sérieux ?

– Ouaip’ !

– Encore un film sur une guerre des gangs quoi !

– Nan, marre des films de yak’, je veux faire autre chose maintenant. je me suis rematé French Connexion hier et j’ai pris ma décision : je veux réaliser la course de bagnoles le plus WTF?! de tous les temps !

WTF ?!

– Ouaip’ ! Préparez un budget sévère, je veux au moins 20 bagnoles qui à la fin seront bonnes pour la casse. « Le gros crash » mec. Je veux un rodéo façon stock car pendant les vingt dernières minutes.

– Mais euh, c’est pas un peu trop bourrin ?

– Attends ! t’as déjà vu un seul de mes personnages faire du scrapbooking ? D’ailleurs, j’te l’dis tout de suite, dans le film Tsunehiko Watase jouera un braqueur de banques. Et pas le genre Lupin the 3rd hein ! Le genre à pénétrer aux heures d’affluence et à hurler et défourailler comme un débile pour convaincre le pauvre loquedu à lui remettre la caisse.

– Et tu vas tenir une heure avec un pauvre braco avant ton rodéo final ? Pas un peu cheap ?

– Bah ! Y’a qu’à lui trouver un complice (qui crèvera en cours de route de manière spectaculaire, j’ai déjà mon idée), une famille de pauvres gens qui sont inquiets pour leur fils chéri ainsi qu’une petite amie et zou d’la route ! J’ai ma tambouille pour tenir une heure les fingers in ze nose.

– Sûr ?

– Et comment ! Et pis, t’inquiète’, je vais en faire des caisses dans mon style filmage épileptique. Ce sera une réalisation tout en nerfs, avec des plans encore plus courts et virevoltants que d’habitude ! Si ça ne donne pas envie de gerber au spectateur, ça le scotchera au moins sur son fauteuil pendant une heure.

– Ouais d’accord. Cela dit, je ne suis pas sûr que ça retiendra l’amateur de starlettes à gros seins. T’as intérêt à avoir ton lot de loutes pour assurer le coup. Les grosses voitures qui font vroum vroum ! c’est sympa, mais tu sais bien que ça ne remplacera jamais une bijin qui fait hmmm ! hmmm ! sur le pageot.

– Merde c’est juste ! Attends, j’ai une idée : que fait Miki Sugimoto en ce moment ?

– Elle vient de finir de tourner l’Aubergine était presque farcie avec l’ami Noda.

– Euh, c’est quoi ce titre de merde ?

– C’est le titre français. En fait le vrai titre c’est la Femme Zéro : les Menottes Rouges.

– Ah ! C’est mieux effectivement. Bref, elle est libre ? Pasque sinon on n’aurait quà dire que ce serait elle la copine du braqueur. Elle serait un peu paumée, pas subtile mais fraîche, très nature dans ses sentiments. Une Cosette moderne malmenée par un mari possessif qui vient même l’emmerder dans les bars où elle bosse. Tiens, j’imagine une scène comme ça :

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Le héros interviendrait d’ailleurs pour lui casser le nez. Même que tout de suite la môme en pincerait pour lui. Et pis un jour, imagine, le braqueur est en train de rincer des verres dans son boui boui quand tout à coup Miki arrive avec un gros manteau en fourrure. Elle s’approche de lui, tiens, commak :

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– Bon, OK, et alors ?

– Et alors paf !

– Comment ça paf ?

– Ben paf ! comme ça quoi :

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– Putain génial !

– N’est-il pas ? On montre la scène dans le trailer, c’est 50% de spectateurs amateurs de bijins pinky violence en plus ! BWAHAHA !

– Génial ! Mais tu crois que ça suffira ?

– Pas dit. Il faudrait trouver une autre fille. Hmm… que fait Yayoi ?

Kusama ?

– Mais qu’il est con ! Yayoi  Watanabe crétin ! Qu’est-ce qu’elle fait ?

– Elle vient de finir de tourner un film de bosozoku d’Ishii. On m’a dit qu’elle y joue une scène de bike fuck mais je me goure peut-être. A part ça elle est libre maintenant.

– Splendide ! Voici à quoi je pense : elle va y jouer le rôle d’une keuf sexy que l’on verra plus en porte-jarretelles orange qu’en uniforme ! Huhuhu !

– Sérieux ?

– Et comment ! Tiens, goinfre-toi ça salopard !

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– Putain, génial !

– Et là, je crois qu’on est bon niveau miche, on a notre quota. Evidemment, je précise pas que la fliquette est un peu nympho sur les bords et qu’on la verra une ou deux fois en compagnie d’un amant keuf qui viendra lui coller une grosse amende pour port de porte-jarretelles prohibé, huhu !

– Mais t’es sûr que ça suffira ? Même pour les déviants ?

– Ah ouais, j’avais oublié, c’est important ça, les déviants. Bon, on n’a qu’à imaginer un personnage de jeune garagiste qui s’amuserait à érafler méchamment une sublime bagnole la nuit pour ensuite les réparer. Parce qu’il ressent quelque chose pour cette caisse, tu vois, il veut toujours l’avoir entre les mains pour continuer de la bichonner…

– Euh… c’est ça ton déviant ? C’est complètement grotesque !

– Attends, j’ai pas fini. Pas de bol, il serait tout de même surpris par le proprio de la caisse qui viendrait le faire chanter : soit les flics (et il s’avère que le jeune homme a déjà un casier, donc la case poulaga, vaut mieux pas), soit une nuit à l’hôtel.

– Ah ! Je commence à cerner l’idée ! Et ?

– Et voilà, le mec est un pervers sodomite et adepte du léchage de scarification sanguinolente :

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– Urk ! Range-moi ça, c’est dégueulasse. O.K. pour la déviance mais quand même, t’as rien de plus soft ?

– Hé hé ! Oui missié. Regarde ça, un flic regarde par une boite aux lettres :

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– Bon, et puis ?

– Ben, retourne la photo (ami lecteur, quant à toi clique sur l’image).

– Yayoi et son porte-jarretelle orange ! Et les nibes à l’air ! Vive les voyeurs ! Bon, je crois que je vais te filer des sous, sacripant !

– Ouais, merci, mais n’oublie pas hein ! J’ai le droit de casser tout plein de voitures à la fin hein ?

– O.K. mais des voitures en fin de vie qu’on rafistolera pour la séquence.

– Evidemment !

– Mais t’es sûr que tu vas tenir le coup ? Vingt minutes quand même. T’es pas trop habitué  ce genre d’exercice. Et puis, des flics qui coursent un malfrat, t’as pas peur que ça soit pas un peu lassant au bout de cinq minutes ?

– Nan, parce que moi j’imagine qu’il n’y aura pas que le braco et les flics.

– …

– Y’aura en plus le frère de l’ancien complice qui essaiera de récupérer la part de son frangin, un mec costaud et violent qui lâchera rien :

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– …

– J’ajoute aussi le flic voyeur de la boite aux lettres. Je l’aurai déjà montré au cours du film comme un type hystérique qui lâche rien lui non plus (surtout pas les nénés de sa petite amie Yayoi). Il fera partie de la poursuite et sera la cause de dégâts considérables.

– …

– Je n’oublie pas nos amis les bosozokus :

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Un de leur membre sera un peu amoché par une des bagnoles. Les mecs, totalement vénères, se joindront donc à la poursuite pour faire la peau au salopard responsable de l’accident.

– …

– Encore plus fort : un camion de la NHK se trouvait là comme par hasard au moment où le pauvre biker se fait renverser. Du coup le journaliste à lunettes se retrouve lui aussi embringué dans la poursuite pour faire son scoop. Le mec se mettra à péter les plombs et à chercher lui de faire du stock car avec la camionnette de sa bien aimée société :

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– …

– J’allais oublier : le jeune garagiste qui perd sa virginité anale. Il faut bien qu’il y ait une raison de le montrer à l’écran autre que celle de satisfaire les pervers pépère de la rosette. Je n’ai pas encore trouvé comment, mais je compte bien le faire aussi participer à la scène finale :

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– …

– Enfin, j’ajoute à cela plein de flics à pieds qui gesticulent dans tous les sens pour tenter d’arrêter le braqueur, ainsi que des quidams qui viennent s’en prendre aux voitures de flics parce que l’une d’elle a renversé et tué un honnête père de famille. Je précise que les deux tiers de la poursuite se passent sur un terrain vague : comme je l’ai dit les voitures vont se chercher façon stock car. Pas du tout crédible mais noyé dans les coups de feu, les explosions, les voitures de flics qui volent dans tous les sens, les hurlements et les mouvements saccadés de ma caméra, je t’assure que le spectateur de base sera aussi scotché qu’après s’être enquillé deux cachets de benzodiazépine noyé dans un verre de cointreau !

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– Bon, d’accord, je rends les armes, tu m’as convaincu mais… euh… une dernière chose avant d’accepter.

– Quoi donc ?

– T’aurais pas une autre photo du porte-jarretelles de Yayoi ? c’est pour ma collection.

– Enfoiré de fétichiste, va ! Tiens, voilà ta came :

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Oui, voilà comment j’imagine la scène entre Fukasaku et son producteur. Bon, c’est un peu affabulé ici et là mais certains éléments ne doivent pas être très loin de la vérité. Dans tous les cas, ce film est un OVNI dans la filmo de Fukasaku. Venant après une période prospère dans le genre du yakuza eiga, genre dans lequel Fukasaku a excellé et réalisé de véritables chefs d’œuvres, Violent Panic témoigne de la volonté du réalisateur à partir de 1976 de s’essayer à autre chose. Et ça commencera en fanfare avec ce film donc, bijou d’action compulsive menée à un train d’enfer 80 minutes durant et avec ce morceau de bravoure que constitue la poursuite finale. Evidemment, comme pour tout film semble n’avoir été fait que dans le seule but d’une séquence finale supposée en mettre plein la gueule, on peut se demander si ce qui précède n’est pas qu’un salmigondi fait de bric et de broc et peinant à maintenir éveillée l’attention du spectateur. Je crois ici que l’interview imaginaire balaye bien ces craintes : coups de feu, personnages secondaires, bijins dénudées et surtout montage fiévreux, telle est la recette du père Fukasaku, expert dans l’art de faire un cinéma de genre qui en donne au spectateur pour son argent dans un lap de temps limité. Avec en bonus une Miki Sugimoto qui tranche avec ses habituels rôles de loubardes à l’expression figée. Miki qui rit, Miki qui pleure, son personnage de paumée en mal d’amour, sans être exceptionnel, fait plutôt plaisir à voir et ferait regretter que sa carrière n’ait pas dépassé la fin des années 70.

Bref, Fukasaku en 1976 n’est pas mort, loin s’en faut.

7/10

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3 Commentaires

  1. Y a pas à dire, tu sais pitcher un film. Mais je suis contre la fourrure, même bleue (de schtroumphette ?)

  2. Certes, mais tu as beau dire, quand Miki écarte sa schtroumpf pour montrer au héros ses deux beaux schtroumpfs, crois-moi, on en reste comme deux ronds de schtroumpf.

  3. Ca, je la schtroumpferai bien, je peux pas dire le contraire…

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