Hasami Otoko (Toshiharu Ikeda – 2005)

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Une lycéenne a rendez-vous sur un terrain vague avec une jeune femme accompagné d’un homme. Avant même que la moindre parole soit échangée, celui-ci s’avance de la fille, sort une paire de ciseaux, et lui enfonce une des lames dans la gorge :

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L’homme est déçu, la lame ne s’est pas bien enfoncé dans la gorge, il faudra une nouvelle victime pour que le crime soit parfait…

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Le couple infernal, Chika et Yasunaga

Ainsi commence Hasami Otoko (l’homme aux ciseaux), film de serial killer sombre et assez prenant de 2005. Prenant parce qu’ici, l’originalité vient que le spectateur n’est pas derrière l’enquêteur qui cherche à savoir qui commet ces crimes de lycéennes (dont le point commun semble être qu’elles se prostituent) puisque l’on sait dès la première scène de qui il s’agit. Il se trouve en fait derrière le couple meurtrier puisque très rapidement il découvre l’existence d’un copycat, d’un autre meurtrier qui s’amuse à tuer de la même manière. Du coup on se trouve face à une double enquête : d’un côté les flics qui s’échinent à découvrir l’identité de celui que les journaux surnomment Hasami Otoko, de l’autre Chika et son « ami » (entre guillemets car le lien qui les unit laisse perplexe le spectateur) qui cherchent celui qui se fait passer pour eux. A cela s’ajoute bien sûr un troisième enjeu : pourquoi tuent-ils ainsi des lycéennes ?

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Une future victime ?

On le voit, on a de quoi se mettre sous la dent dans Hasami Otoko et les deux heures défilent sans trop de souci. L’hémoglobine ne coulera pas à flot comme dans c’est souvent le cas dans ce type de film. Les meurtres seront toujours les mêmes, froidement exécutés avec cette lame de ciseau, aiguisée durant des heures afin qu’elle ressemble à une pointe, enfoncée dans la tendre gorge d’une demoiselle. Simple mais efficace pour créer d’emblée un climat pesant, soutenu en cela par une musique froide et entêtante : quelques notes de piano martelées, donnant l’impression d’une douleur sourde, d’une pulsation dans le crâne d’un des protagonistes. Mais aussi un saxophone qui semble gémir, très loin d’un sax qui voudrait saisir la note bleue pour installer confortablement l’auditeur dans la douceur ouatée d’une nuit urbaine. On est ici dans le malaise, un malaise poisseux et qui tire évidemment son secret dans un passé que l’on devine sanglant.

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Chika, époque lycéenne.

Retrouver et s’affranchir du passé, ce sera l’objectif inconscient de Chika, jeune femme qui tout le long du film ne cesse d’essayer de se suicider. Le personnage est joué par une Kumiko Aso inspirée, parvenant à donner l’impression d’une surface vide, sans âme, tout en faisant sentir de terribles remous intérieurs. C’est sûrement moins le cas de son alter ego (autre enjeu du film : savoir qui est réellement ce type qui l’accompagne dans ses périples meurtriers et qui vit même chez elle), joué par un Etsushi Toyokawa calme, massif et inquiétant, et dont la voix complète le piano et le saxophone pour achever de donner au film une tonalité d’outre-tombe. Bon, on aura compris qu’on ne rigole pas beaucoup dans l’univers de Hasami Otoko (même s’il y a ici et là un discret humour) et lorsqu’un personnage sourit ou rit, c’est bien souvent le signe qu’il cache quelque chose de sournois.

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Une des multiples interrogations du film : à qui cette future victime parle-t-elle et pourquoi rit-elle ? La réponse ne sera pas vraiment plaisante, loin du visage souriant et angélique que la demoiselle montre à un moment à son petit frère.

Le film de serial killer explorant les soupiraux peu ragoûtants d’une âme en peine n’est certes pas une nouveauté mais Hasami Otoko est réellement un film réussi de par son esthétique certes parfois un peu cheap (la musique d’action lorsque débarquent les flics) mais au bout du compte aussi glaçante et aiguisée que les lames de l’homme aux ciseaux. Réelleent un bon thriller, bien servi par un excellent trio d’acteurs. Comment ? Qui est le troisième ? Pour une fois que je ne spoile pas, vous n’allez pas me faire déballer le nom de celui qui joue le copycat ! Par contre, je veux bien vous donner une belle image de Kumiko Aso version saine d’esprit (et de corps) :

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Ce qui me fait penser qu’il faudrait que je me penche un peu plus sur la filmo de cette douce enfant. Pour rappel, elle joue dans License to Live, film chroniqué la semaine dernière.

7,5/10

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