Into a Dream (Sion Sono – 2005)

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Sorti la même année que Hazard, Into a Dream permet de clore une parenthèse, celle de films de Sion Sono un peu barrés, plutôt légers (en comparaison avec ce qui va venir), peuplés de personnages plus ou moins amusants, le tout filmé caméra à l’épaule, donnant un caractère foutraque à l’ensemble.

Et pour le dernier aspect, on est largement servi avec Into a Dream puisque les personnages sont pour l’essentiel des théâtreux volontiers exubérants. Du reste, même lorsque les personnages ne sont pas des comédiens, la manière de jouer des acteurs est bien souvent excessive et tend au cabotinage (aspect que l’on retrouve d’ailleurs dans beaucoup des films de Sono), donnant l’impression que l’univers dans lequel évolue le personnage principal n’est qu’une gigantesque pièce de théâtre.

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Le personnage en question s’appelle Mutsugoro Suzuki. C’est un ancien comédien de la petite troupe de théâtre du film. Ancien car il est devenu maintenant un acteur de drama, peut-être pas à succès mais assez connu pour que le jeune homme soit reconnu dans la rue et qu’on lui demande un autographe. Sous un certain point de vue, on pourrait dire qu’il a réussi sa carrière et pourtant rien n’est simple puisqu’il semble coincé, coincé entre ses camarades de troupes qui prennent leur pied à jouer du Tennessee Williams devant quelques happy few, et un avenir potentiel d’acteur cette fois-ci pour le cinéma, dernière marche à franchir pour accéder à la gloire. Sauf que cette gloire est présentée sous un jour peu séduisant à travers les paroles de son père qui ne cesse de le bassiner avec Walt Disney. Pour lui en effet, pas de doute, la consécration ne peut que passer par l’obtention d’un rôle dans un film made in Disney.

Bref, on comprend assez vite que Mutsurugo n’est pas forcément à l’aise dans sa petite vie d’acteur de drama pour midinette (on a d’ailleurs droit à quelques extraits affligeants de ce qu’il tourne). Et il n’est pas à l’aise dans sa petite vie tout court puisqu’il découvre que oui, décidément pas de doute, il a la chaude-pisse ! Passablement agacé, il va commencer une quête pour découvrir la coupable qui lui a refilé des gonocoques. Humour trivial, quand tu nous tiens ! On retrouve là un aspect de l’humour chez Sono, humour qui a d’ailleurs récemment brûlé de mille feux avec la série Minna ESPER dayo ! On en reparlera un de ces jours.

Vous trouvez cet extrait WTF ?Vous en faites pas, c’est normal, la série entière est comme cela.

Cette chaude-pisse a au moins un avantage : faire le point sur sa vie sentimentale. Car là aussi, c’est pas gagné. Partagé entre Taeko, sa maîtresse officielle, une ancienne compagne de troupe que l’on sent à deux doigts de le quitter, et Ranko, une actrice de la même troupe qui l’envoie d’ailleurs chier lors d’une excellente scène de ménage, rien n’est simple, d’autant que Mutsurugo n’a de cesse de croiser sur son chemin une multitude de tentations :

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(petit clin d’œil : l’affiche au fond est celle d’un autre film de Sono, Utsushimi)

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Le pompon revenant à la chaudasse rencontrée dans un train et qui est à deux doigts de le violer (plus ou moins à son corps défendant).

Ensuite, le personnage fait des rêves qui lui compliquent la vie. Des rêves dans lesquels il se voit dans des univers différents (un monde post-apocalyptique, un commissariat) et avec des identités différents. Il y rencontre aussi des connaissances jouant d’autres rôles. Pour quelqu’un habitué à évoluer dans des univers théâtraux ou télévisuels, ces changements de noms, ces situations parfois outrancières sont plutôt cohérentes et contribuent à déboussoler un peu plus le personnage d’autant qu’on finit par se demander, tout comme lui, si la partie de sa vie qu’il croit réelle n’est finalement pas un rêve que ferait son alter ego dans ce qu’il croit être son rêve mais qui serait en fait la réalité. Ainsi ces deux scènes à un quart d’heure d’écart dans lesquelles Mutsugoro voit son alter ego dans un tramway tandis que ce dernier, plus tard et au même endroit, va voir aussi, dans un tramway, celui supposé le rêver.

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Mutsugoro devient de plus en plus déboussolé et, comme si cela ne suffisait pas, son retour à son village natal pour assister à une réunion d’anciens camarades de classe peut sonner comme un retour au sources tentant, qui pourrait devenir définitif par rapport au cauchemar, au stress, aux MST que lui propose la vie à Tokyo. Malgré le Mac Do qui vient de s’implanter juste en face de la gare, la vie a su y rester simple, bucolique, et sa sœur cadette toute mimi, seul personnage féminin du film véritablement positif, apparaît comme un personnage apaisant à laquelle il peut se confier. Bref, un petit paradis mais qu’un Mutsugoro sous alcool enverra balader lors d’une scène finale…

Into a Dream est un film sans prétention qui se laisse regarder avec un certain plaisir. On y trouve déjà le goût de Sono pour des plans séquences relativement longs et assez bavards. Cela peut être irritant mais on ne peut nier à certaines séquences d’être prenantes, comme la scène de ménage entre Ranko et Mutsurugo. Après, on tombe parfois dans un cabotinage hystérique à la longue un peu saoulant. Ainsi la scène où Mutsurugo se fait draguer dans le train par l’allumeuse qui est accompagné par un copain bien permissif et qui a la fâcheuse tendance à brailler, hurler, vociférer  à qui mieux-mieux.

La lassitude se fait aussi ressentir pour les bouts de rêves qui apparaissent à partir du deuxième tiers du film. D’abord intrigants, ils deviennent assez vite poussifs et peu intéressants. On peut y voir le germe de certains films à venir (Strange Circus notamment) dans lesquels sono jouera de la fragile frontière entre rêve et réalité. Mais dans Into a Dream, c’est encore brouillon et je me suis demandé si le film, dans sa volonté de montrer le côté perdu du personnage, n’aurait pas été tout aussi efficaces sans ces parties. Les rencontres bizarres qu’il fait, ses impressions de déjà-vu suffisent largement à mon avis à en rendre compte.

Bref, sans être aussi dispensables que les tout premiers métrages de Sono, Into a Dream n’en est pas moins à réserver aux aficionados du réalisateur. Pour les newbies, si l’on excepte Suicide Club, ce sera surtout après ce film qu’il faudra inspecter la filmo de Sono.

6/10

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