Berserk Golden Age Arc III : Descent (Toshiyuki Kubooka – 2013)

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Moi, à la base, la fantasy m’emmerde. Tous ces elfs, ces orcs, ces nains, ces magiciens à chapeau pointu, très peu pour moi. Après, quand on ajoute l’adjectif « heroic » devant, ça change un peu la donne même si ce n’est pas encore l’extase. Mais j’avoue, ces héros musculeux, bien bourrins, défonçant des crânes à qui mieux mieux et levant volontiers des petites loutes sexy, ça, indéniablement me parle. Aussi ma rencontre avec Berserk s’est-elle faite sans trop de soucis. Pas par le biais du manga de Kentaro Miura mais par celui de l’anime en 25 épisodes :

Pour limité qu’il soit en terme de graphisme et d’animation, il n’en était pas moins très plaisant à suivre et sa conclusion, coïncidant avec la cérémonie de l’Eclipse et le sacre de Griffith, promu membre de la Main de Dieu (en gros, imaginez cinq divinités du mal), claquait méchamment la gueule. Si vous êtes passé à côté de Berserk, dites-vous bien ceci : les aficionados de Game of Thrones qui vantent la capacité de Martin à tuer ses personnages principaux, à côté, ça fait doucement rigoler. Car dans cette conclusion on a droit à une véritable représentation Brueghelienne made in japan de l’Enfer. On croit que ça va s’arrêter mais non, Miura en remet une couche pour enfoncer un peu plus dans l’horreur. Tous les personnages – ou presque – auxquels on s’était jusque là attaché subissent une avarie plus ou moins définitive. Ça commence par une petite marque tatouée (attention ! gif à l’utilité contestable, sérieux s’abstenir) et ça termine par… eh bien, vous verrez bien. Et, si l’on est tétanisé par ce que l’on voit, il faut bien reconnaître aussi que l’on ressent un frisson de plaisir devant l’originalité du délire visuel. Somme toute, son manga n’est pas sans entretenir quelques points communs avec Gantz, manga que l’on peut savourer uniquement par l’escalade des scènes des scènes aussi dantesques que puissamment graphiques.

Gantz Kubrick Hitler

Kubrick + Hitler dans un corps de femme = scène typique de Gantz

Après, pour l’intérêt narratif, on espère sincèrement que Miura s’en sortira mieux qu’Hiroya Oku car la récente conclusion à sa saga n’est pas loin d’un gigantesque doigt d’honneur à ses lecteurs.

En attendant qu’il termine son manga (m’est avis que ce n’est pas près d’arriver), des producteurs ont donc eu l’idée de sortir au cinéma trois films englobant l’histoire des 25 épisodes de l’anime. Avec évidemment une volonté d’en mettre plein la vue pour justifier une sortie qui n’apporte rien de nouveau. Là aussi, le parallèle avec Gantz et ses versions cinématographiques s’impose, avec le même effet : soit on ne connaît pas l’histoire originale et alors on peu prendre un réel plaisir, soit on la connaît et alors c’est ça passe ou sa casse. On peut se laisser aller ou plaisir graphique, au rendu de l’animation, au chatoiement des couleurs, à la réelle beauté de certaines scènes tout comme on peut bâiller d’ennui. Je dois dire que le visionnage des deux premiers films m’avait plutôt donné quelques crampes à la mâchoire mais je n’en attendais pas moins de pied ferme le troisième et son basculement dans l’horreur. Et là, je dois dire que dans l’ensemble je n’ai pas été déçu. Là où les versions Live de Gantz donnaient dans un affadissement à l’opposé de ce qui faisait l’intérêt du manga (à savoir du sexe, de la violence et une représentation de la société franchement abjecte), le troisième film de Berserk fait plutôt honneur à l’original par son univers adulte que l’on gardera bien de montrer à un kid adepte de Naruto. On pourra préférer le trait original de Miura conjugué au N&B qui accentue encore la noirceur de son univers, j’ai pour ma part trouvé que le caractère chiadé de la mise en scène, le rendu somptueux des couleurs associés aux scènes d’apocalypse de la fin rendait le film assez unique en son genre. Cela me fait penser à ce slogan que Glénat avait sorti lors de la parution d’Akira : c’est violent et c’est beau. Parfois lourd aussi, c’est vrai, comme l’effroyable générique ou encore la scène de sexe antre Guts et Casca, présente dans le manga mais qui donne ici l’impression d’un saupoudrage de hentai et de fan service pas forcément utile.

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Guts, creuseur de tunnel. A un moment j’ai cru que c’était Charles Bronson dans la Grande Evasion !

Et parfois ennuyeux si l’on connait déjà l’intrigue mais encore une fois, dès que l’Eclipse paraît, difficile de quitter l’écran des yeux tant le spectacle vaut son pesant de cacahouètes.

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A cause de ceci mais pas seulement.

Evidemment, une fois qu’arrive le générique difficile de ne pas se départir d’un « mais tout cela était-il bien raisonnable ? ». En dépit de plusieurs scènes vraiment réussies, je dirais que non. Mais après avoir appris que cette trilogie n’est que le tour de chauffe d’un projet bien plus ambitieux, à savoir la restitution de l’intégralité du manga en plusieurs autres films, on se dit forcément que le projet aura une sacré gueule. Et puis, avec le 4ème film on aura au moins droit à une (semi) nouveauté puisque la suite n’apparaissait pas dans la série TV.

Par contre, si ce projet est fondé, on se dit là que Miura, en plus du point commun évoqué ci-dessus avec Martin, en aura un autre : sa magner pour finir son œuvre avant que le rythme des films ne le rattrape car au train où ils vont (trois films en trois ans pour recouvrir l’équivalent de 13 tomes sur 37  – et en ajoutant que Miura en est presque à sa 25ème année de travail sur cette série), on se dit qu’il peut rapidement y avoir panique à bord au sein de l’équipe de dessinateurs bossant pour Miura. Il sera cependant intéressant de suivre la progression du manga dans les années à venir pour voir s’il se dessine un semblant de progression vers la fin. Ce serait souhaitable, l’histoire en est actuellement à un arc guère palpitant.

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2 Commentaires

  1. Non non non mais pourquoi tant d’acharnement ?! ça nous a pas suffit Chow Yun-fat en Tortue géniale peut-être ??

    Franchement les images de ce manga m’ont tellement frappé que je vois pas trop ce que pourrait apporter cette trilogie. Quand tu lis le manga, tu t’imprègnes complètement de l’univers, t’y retournes avec un sentiment mêlé de familiarité et d’effroi. Et comme tu dis, je passerai mon temps à renauder tel un pisse-froid sans envergure sur le registre : « ah c’est pas comme ça dans le manga… »

    Et puis Femto et Casca, franchement, elle est terrible cette histoire, terrible, quel monstre ce Femto, mon dieu quel monstre.

    C’est con j’ai les images de ce passage – et autant te dire que c’est pas piqué des hannetons mon vieux! – mais comme je vois pas comment mettre des images, bah je les garde pour moi.

    Je frissonne en repensant au passage de Guts lors de l’éclipse.

    À une époque, il était question qu’un jeune réal sudco plutôt talentueux l’adapte au ciné (Yoon Sung-Hyung), mais je sais pas où en est le projet.

  2. Oh ! T’en fais pas, je connais le passage. La scène est d’ailleurs encore plus crue dans le manga. La scène d’inceste entre Charlotte et son père n’est d’ailleurs pas reprise dans le film (je parle ici du deuxième film). Après, comme la scène de sexe entre Griffith et Charlotte est plutôt réussie et qu’elle se situe à la fin, ça serait peut-être un peu tombé comme un poil de bite dans la soupe.

    Pas convaincu d’une adaptation en Live. Ou alors avec Asana Mamoru dans le rôle de Casca, là d’accord.
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    Une poitrine pas vraiment réaliste pour jouer une guerrière mais bah ! depuis que j’ai vu Yuma Asami dans un rôle de ninja, je me dis, après tout…

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