Aram Dikiciyan au Japon : éther, lumière et corps diaphanes

Aram-Dikiciyan

Vivant depuis 2004 à Tokyo, le photographe allemand Adam Dikiciyan livre, à côté de sa production liée au milieu de la mode, un singulier voyage photographique dans un Japon cotonneux, aérien et onirique. Loin de vouloir tout montrer, ses compositions offrent par exemple des paysages dénués de détails, limités aux principaux éléments, et encore faut-il préciser que ces éléments sont eux-mêmes flous, à la limite du perceptible :

Dikiciyan 1 Dikiciyan 2

Il en ressort une impression d’univers fragile et éphémère, reconnaissable mais baignant dans un formol de lumière ou d’obscurité qui tend à lui ôter toute valeur informative. Il n’en va pas autrement des traditionnels photos de fleurs de cerisier, toujours propices à exprimer ces notions, mais ici renforcée par l’usage d’un sur-contraste et de la surexposition :

Dikiciyan 3 Dikiciyan 4

A la limite, Dikiciyan se contenterait presque de quelques taches de noirs pour représenter l’objet. On sent la recherche d’un entre-deux entre abstraction et figuratif pour à la fois donner à voir, donner l’information quant à ce qui est représenté (une branche, des fleurs, des bâtiments) mais aussi donner à rêver à travers des contours vaporeux qui semblent fuir tout travail de reconstruction mentale. Parfois, les photos offrent plus de prises au regard :

Dikiciyan 5 Dikiciyan 6

Mais la plupart du temps, ce sont des images bouffées par la lumière qui s’offrent à la vue du spectateur. Ainsi les nus :

Dikiciyan 7 Dikiciyan 8 Dikiciyan 9

On est un peu ici dans la quintessence bijinesque. A l’opposé des webzine japonais de type Graphis (ou des photos ultra-définis d’un Petter Hegre, je réuploaderai un de ces jours l’article que je lui avais consacré pour DC), on n’aura pas accès au grain de la peau. Le seul grain que l’on aura, c’est le grain très prononcé de la photo. Pour le reste, une tache noire pour le pubis, des seins quasi inexistants, des silhouettes fragiles, des cheveux noirs et des yeux que l’on devine asiatiques, ça suffira bien pour représenter des nus de bijins et leur conférer une aura éthérée, presque fantastique. Qu’il se trouve envahi par l’obscurité ou la lumière :

Dikiciyan 10 Dikiciyan 11

Le corps livre des bribes de sa féminité, bribes fugaces mais qui suffisent à témoigner de sa beauté. Et du coup, dans tous ces combats entre le corps et la lumière, dans ces compositions où l’individu est presque translucide, on en vient à se dire que la matérialité du corps féminin est étonnamment résistante au néant éthéré dans lequel les compositions de Dikiciyan essayent de le plonger.

Dikiciyan 12 Dikiciyan 13

Du même tonneau (ou presque) :

Lien pour marque-pages : Permaliens.

7 Commentaires

  1. Tu nous enlèves toute matière à commenter là. Tu as tout dit. Son travail a de la gueule, sans déc’. J’avoue, je suis tombé amoureux du gus. Son taf sur les contrastes et l’exposition est digne d’intérêt. Les silhouettes, les soubresauts de vie qu’il capte et qu’il semble dématérialiser… franchement, bien.

  2. Content qu’il te plaise. Tiens, d’autres exemples sur son site :
    http://www.aramdikiciyan.com/index.html
    Le secret de la réussite ? Bien bouffer et bien boire dans de bons izakayas :

  3.  » on est un peu ici dans la quintessence bijinesque « .

    J’aime beaucoup cette phrase, même si je t’avoue ne pas la comprendre complètement : en quoi ce type de photo exprime fidèlement le style de la bijinesque ? J’aurais bêtement eu tendance à penser à du saturé-granulé pour les bijins.

    En tous cas le résultat est impressionnant, d’autant plus que j’ai plutôt tendance à considérer que la surexposition est une technnique de louseur sans style.

    Allez je partage!

  4. Ouais, la formule n’est pas heureuse. J’aurais dû écrire « bijin quintessenciée »ou « bijin substantifiquemoellisée », mea culpa ! Encore une fois, j’avais juste en tête ces webzines qui utilise le numérique pour photographier des bijins sous toutes les coutures et avec parfois une infime modification de l’expression ou de la posture du corps. L’objectif semble être de livrer au spectateur une vision totale, absolue, du modèle, le tout avec du gros Canon de compétition et des couleurs à tomber par terre. Ici, c’est tout l’inverse : juste un cliché, du gros grain, du N&B très contrasté, du flou et de la surexposition qui bouffe le corps. Et malgré tout, on est face à de beaux corps et l’on ressent cette beauté. Dikiciyan semble s’arrêter dans son triturage d’image juste avant le moment où cette beauté ne sera plus perceptible. C’est en cela que je pensais à une « quintessence ». ‘tain ! tu m’as fait radoter avec ta remarque !

    Pour la surexposition, c’est clair que ça peut être un gimmick arty un peu facile. Après, vu le pedigree de Dikiciyan et la variété de sa pratique photographique (à côté des photos de mode il a commencé dans la photographie sportive), j’ai pas le sentiment non plus qu’il va faire toute sa vie ce type de photo.

    Arigatô pour le partage ! Pour te récompenser, et pour rester dans le sujet, voici une photo de « bijin » (connaît pas l’équivalent coréen) coréenne toute nue, plate comme une seiche et avec des morceaux (légèrement) surexposés dedans :

  5. Mais p****** on peut pas mettre de photos en commentaire ou quoi?
    C’est dommage, je voulais te lâcher un sourire sadique et entendu en guise de remerciement, genre hatsuo yamatani

    https://www.google.fr/search?q=quand+l'embryon+part+braconner&client=safari&hl=fr&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ei=dhXfUbDtIKik0AWfk4DYAg&ved=0CAcQ_AUoAA&biw=768&bih=928#biv=i%7C154%3Bd%7CJA6jM18P-bIggM%3A

    Y’a pas de bijins en Corée, il n’y a que des pucelles qui jumpent sur la k-pop.

    Sans Congo te fait travailler même les jours fériés.

  6. Très beau en effet. La photo des fils électrique me rapelle certains plan de la série LAIN.
    L’amazone (à cru, comme dirait Bashung) avec son carquois est assez troublante.
    Les cerisiers en fleur n’ont jamais été aussi cramés.

  7. @ Sans Congo :
    Pour les images, soit tu balances l’adresse et en coulisse je fais le tour de passe-passe pour que le miracle apparaisse, soit tu utilises la balise en img src.
    Ce qui, avec une photo d’Hatsuo Yamatani, doit donner ceci :
    null

    Olrik, GW (Gentil Webmaster)

    @ (N°6) : Bien vu pour Lain. J’ai des souvenirs assez brumeux de la série mais effectivement, ces scènes où l’on voit marcher Lain dans des rues désertes, avec des fils électriques qui résonnent d’innombrables conversations téléphoniques, m’ont aussi marqué.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *