3 Supermen à Tokyo (Bitto Albertini – 1967)

 

Sans transition, après un cinéaste iranien ayant filmé à Tokyo, on passe maintenant à un réalisateur italien ayant lui aussi utilisé la capitale pour nous pondre une pépite. Non, cherchez pas, pas de Visconti, d’Antonioni ou de Fellini qui auraient tourné une obscure bobine au Japon. A vrai dire d’ailleurs, n’attendez pas un chef d’œuvre aujourd’hui. Car, je vous le demande,  que peut-on espérer d’un type qui se prénomme « Bitto » ? Allez, à la rigueur trucs érotiques à la Joe d’Amato ou Tino Brass…
 

Tinto Brass, dénicheur de talents

De fait, le nom de Bitto Albertini évoquera peut-être quelque chose aux vieux habitués des films érotiques diffusés sur M6 le dimanche soir. Allez, ne vous cachez pas, on a tous connu cela, pas de fausse honte entre nous, hein ! d’autant que le film érotique le plus célèbre d’Albertini, sans se situer dans le haut du panier, reste parfaitement recommandable. C’est que le gus a un jour eu la chance de croiser un jour sur sa route la sculpturale Laura Gemser… 

Alias Black Emanuelle (avec un seul –m, copyright oblige)

Mais malheureusement, ce n’est pas de cela dont il s’agit aujourd’hui. Parfois, je me demande pourquoi je mets les pognes dans ce type de cambouis. Besoin de retrouver son enfance ? Satisfaire les amateurs de série Z ? Plaisir de déterrer une référence oubliée ? Envie de faire de Bulles de japon un maëlstom culturel passant sans transition de Kiarostami à Bitto ? Pas facile de répondre tant le plaisir à se mater ce type de production se joue à pile ou face. Si ça s’était bien passé pour Ze Karate, je dois dire ici que l’heure et demie a été plus douloureuse. M’enfin bref, puisque j’en suis maintenant à la 32ème de cet article, autant continuer maintenant. Pas de petites culottes donc, et encore moins de tétons dressés, le tout nappé de ces sirupeuses musiques de films de boules dont le cinéma érotique italien avait le secret. Et pourtant, il sera bien question de bites aujourd’hui, ça oui ! même qu’elles seront au nombre de trois !  Et bien dressées et serrées dans leur combi latex ! Chers lecteurs, laissez-moi donc vous présenter les fabuleux « Tre Supermen » ! 

– Putain, regarde ! On parle de nous sur Bulles de Japon !!

– Hein ? Où ça ?

–  Là mec ! Woopee !

– Je savais que la reconnaissance critique arriverait un jour ! 

A des années lumière du Batman de Nolan, voici donc des exemples de « super-heros spaghettis ». Sans aller jusqu’à dire que nous sommes en présence de ce que le cinéma populaire italien pouvait faire de pire lorsqu’il s’agissait de divertir les spectateurs à tire-larigot avec la mode du moment (peplums et westerns notamment), il faut reconnaître que c’est loin d’être terrible. Les Fantômas d’Hunnebelle, à côté, c’est Citizen Kane !  Cela n’a cependant pas empêché les films de cette série d’être populaire en Italie, mais aussi en Allemagne et Espagne.  L’engouement fut même assez tenace pour engendrer sur vingt ans huit films, oui, huit putains de films explorant aussi bien l’Asie, la jungle, le far west ou les jeux olympiques. Vous l’aurez compris : pas sérieux s’abstenir. Les Tre Supermen, c’est avant tout de la gaudriole à pleine louche. En fait, au visionnage des premiers opus (le premier, I fantastici Tre Supermen, sort en 1967), on pense aussitôt à la série Batman, diffusé sur ABC entre 1966 et 1968. Le même côté carton-pâte et décalé, avec ses gadgets improbables et les séances de bourre-pifs ponctué de « Pow ! », « Biff ! » et autre « Owww ! ».

On pense aussi, bien sûr, aux films d’espionnages, autre genre alors à la mode grâce à James Bond. Dans Tre Supermen a Tokio, nos trois gus (deux voleurs et un policier du FBI) s’associent pour aller récupérer à Tokyo un rayon miniaturisateur.

Enfin, les amateurs de cinéma bis auront peut-être aussi à l’esprit les exploits de Santo le catcheur masqué, personnage du cinéma espagnol ayant donné lieu à une cinquantaine de films donnant eux aussi l’impression de bouffer à tous les râteliers. 

Et là c’est une cinquantaine, oui, une cinquantaine de putains de films !

 Face à un tel cocktail, il est donc très facile de frôler l’indigestion, voire d’avoir la gerbe au bout de dix minutes.  Les invraisemblances sont souvent marrantes, comme la scène où l’on voit les Supermens quitter en catastrophe la piste d’atterrissage de l’aéroport d’Haneda et arriver, au plan suivant, tout essoufflés dans un jardin japonais !

 

Il en va de même lorsque, arrivant dans un restaurant, un maître d’hôtel s’empresse de les saluer… dans un italien irréprochable. C’est dans ces petites choses dont on ne sait si elles sont voulues comme invraisemblables ou le fruit d’un jemenfoutisme assumé que le film acquiert un peu de fraîcheur. Après, lorsqu’il s’agit de développer une scène comique voulue comme tel, il faut bien avouer que l’on tombe dans la bonne grosse commedia dell’ arte qui tache. Petit florilège avec la scène du repas : on commence évidemment avec les pieds sur la table basse : 

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Puis avec la table mise sur les genoux (rires). 

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Je précise que le mec à gauche qui ressemble à un Gérard Majax qui aurait été malaxé par Mike Tyson est le muet de la bande. Autre référence : on pense ici à Harpo dans les Marx Brothers. Seulement, c’est évidemment ici le Harpo du pauvre, le Harpo qui croit qu’il suffit de déformer dans tous les sens un visage encore plus caoutchouteux que la gueule de Michel Leeb pour être drôle. Triste. Passons. Arrive ensuite la scène bien connue du touriste qui tombe des nues en découvrant les baguettes (rires) : 

Kékséksa ?

Evidemment, ils ne les utiliseront pas et saisiront à pleines pognes les cuisses de poulet en bon gaijins malotrus qu’ils sont (rires), avant de découvrir que ce qu’ils sont en train de bouffer n’est pas du poulet, mais du chien ! Après tout, Chine, Japon, c’est bien la famille à tout ça !

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Et ça ne s’arrêtera pas là ! Un autre plat arrive et là, notre Harpo demande à sa manière s’il s’agit encore de cabot : 

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Apprenant qu’il s’agit de bœuf, il retournera s’asseoir et s’essaierai cette fois-ci aux baguettes pour essayer de choper le riz :

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Tout ce mauvais repas qui part à vau-l’eau lui donnera forcément une envie de gerber dans le premier machin venu :

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La conséquence de tout cela ? Un irrésisitible fou rire chez les autres personnages : 

« Mais qu’ils sont cons ces connards de gaijins ! » (nota : le mec au milieu est bien censé joué un maître d’hôtel jap’).

Pour le spectateur, c’est plus un sentiment confus qui domine, quelque part entre la gène et la honte d’être embringué dans un comique de galopins de cantoche. 

Et pendant ce temps…

– On parle vraiment de nous ! Incroyable !

– Fun force ! Je plane mec ! 

On aura cependant moins de honte à suivre les scènes de castagne. C’est la bonne surprise : moins répétitives que dans la série Batman, elles sont un peu sur le modèle de ce que seront les films avec Bud Spencer et Terrence Hill. Les Trois Supermen ont en effet l’art de la mandale qui claque dans la tronche (les bruitages n’auront pas évolué entretemps) et surtout l’art de la distribuer dans des situations toujours différentes. Surtout, attention ! ça virevolte, ça pirouette et ça double-axelle en balançant les parpaings ! 

Et les double jump front kicks aussi.

Les acteurs ont de réelles capacités athlétiques et contribuent en cela à rendre relativement plaisantes les scènes d’action, même si l’on a plus l’impression d’être au cirque Bodoni que face à un film d’action. Impression qui devient d’ailleurs à la longue entêtante, voire carrément gavante tant la musique de cirque qui accompagne ces scènes est systématique (vous en avez un aperçu dans la bande annonce plus bas). 

Et pendant ce temps…

– J’y crois vraiment pas, enfin on nous déterre ! Pour Olrik, Hip, hip, hip…

– Hourra ! 

Bref, vous l’aurez compris, Tre Supermen a Tokio est à apprécier de préférence défoncé à la colle ou beurré au cointreau. Film sympa, à condition de retrouver le temps d’une heure et demie l’âme du gosse émerveillé que vous étiez quand vous admiriez Irma la trapéziste en train de s’envoyer en l’air ou que vous vous esclaffiez aux facéties de Patoche le clown rigolo. Voici la bande-annonce, à vous de voir si ce voyage au centre de l’enfer de l’humour italien vaut la peine d’être tenté :

 Pendant ce temps…

– Eh bien, qu’est-ce qu’il y a ?

– Chais pas, j’ai l’impression que l’article était pas si cool en fait.

 J’allais oublier : le film a-t-il été tourné au Japon ? Aucun doute là-dessus. Si la scène du restaurant semble avoir été tournée en Italie, la scène de poursuite dans Tokyo est sans ambiguïté. C’est d’ailleurs la meilleure scène du film et on se dit qu’il est bien dommage qu’Albertini n’ait pas davantage tiré profit de l’arrière-plan tokyoïte. 

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5 Commentaires

  1. Ma parole ! On voyage sur des terres fortement hétéroclites sur BdJ ! J’en aurai presque des hauts le coeur. Heureusement que la vue de la douce Laura évite que je lâche le renard. Que de souvenirs… une jolie carte postale qui participe grandement à ce rêve de fouler le sol indonésien. Et puis on cesse de rêvasser devant ces… « Tre Supermen »… la quintessence d’un cinéma de charclo. On est obligé de revivre toutes ces prod’ d’exploit’ qui laissent le plus souvent ce goût âcre en bouche. On peut dire que sur ce coup, le vieux dégueulasse de Bitto n’y est pas allé de main morte. Comme quoi de HK au Japon en passant par l’Italie, un certain cinéma de genre savait tâcher.

    (Sinon et comme d’hab’, très sympa à lire ce papelard)

    I.D. en mode réflexion sur possible combi’ rouge, slip noir à offrir au Kim Bong Park…

  2. Ah ! Laura ! Je ne dis pas que j’ai eu mes premières séances de manustupration (comme dirait Casanova) devant ses exploits, mais c’est pas loin !
    Pas non plus des films inoubliables mais il faut avouer que c’était un sacré beau brin de fille. Vive l’Indonésie ! Comme quoi ce pays est capable de fournir autres choses que des criminels de guerre (allusion à « the Act of Killing » de Joshua Oppenheimer qui m’intrigue beaucoup). Et bien conservée avec ça la mère Laura ! La voici en 2000 dans une interview alors qu’elle avait 50 ans au compteur :

    Si j’étais un voyou, je dirais que cela fait très « GMILF » (GM pour « grand-mother »). Mais comme je suis un mec bien éduqué, je dirais que je lui montrerais bien en privé ma collection de romans pornographiques du XVIIIè siècle.

    Concernant « Tre Supermen a Tokio », le vieux briscard du cinéma Z que tu es SE DOIT de l’honorer en lui consacrant une soirée. Sérieux, quand tu verras leur combi rouge pare-balles (j’ai oublié de le préciser dans l’article), je pense que c’est plutôt à toi que tu songeras à en offrir une.

  3. Je ne me souviens jamais des films mais toujours des actrices ! Une mémoire sélective qui sait leur rendre hommage et qui me va comme un kleenex. Et j’avoue que oui, la mère Laura est encore une bien jolie donzelle du haut de ses 50 printemps. Beuflant. Ca change des botoxées et autres bistouritées.
    L’Indonésie… j’avais eu l’occasion de me plonger dans son histoire et découvrir avec effroi cette période trouble. J’avais eu vent de ce documentaire mais l’avais complètement occulté. Un rappel détourné qui me le fait noter sur mon calepin de ce pas.

    Tu penses bien que je joue le mec dégoûté et blasé devant ce « Tre Supermen a Tokio » alors même que le titre était, après lecture de ce papelard griffonné sur un bloc-notes « à choper ». Je ne peux laisser échapper cette combi’ rouge pare-balles qui me sera d’une grande utilité face aux agissements du rejeton Kim, 3ème du nom.

    Vu récemment « The Naked Prey », c’est de la bombe de balle. Comme quoi, on en découvre encore et toujours…

    Bon allez, tu n’es pas sans savoir que la maison KBP est en réunion de crise depuis ces derniers jours. Sans Congo, otage des nordco. Joy Means Sick dans le rôle du Quai des Orfèvres. Je te laisse. Je vais en profiter pour appeler des contacts avec mon téléphone satellite de marque jap’, cela va de soi ! Sur ce…

  4. Je ne connais pas ce film d’aventure, « the Naked Prey ». Mais comme tu dis, on découvre encore et toujours. Bénis soient les classiques ! Récemment j’ai découvert The Getaway avec le père Mac Queen dans son rôle le plus bad boy de sa filmo. Une bonne claque comme Peckinpah savait en balancer !

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