Pacchigi! (Kazuyuki Izutsu – 2005)

pacchigi poster

Pacchigi est un mot coréen qui pourrait se traduire par « coup de boule ». Autant le dire tout de suite : au visionnage de ce film on n’a pas vraiment l’impression de s’en prendre un. Auréolé de ses multiples récompenses, de son titre de numéro 1 au classement annuel de la revue Kinema Junpo, Pacchigi donne l’impression dès les premières minutes que l’on va assister à une sorte de drama juste un peu « updaté ». Le présence de la petite Erika Sawajiri confirmant cette impression d’univers doucereux d’où il ne faut pas espérer la moindre surprise. Et pourtant, passée la première demi-heure, on s’aperçoit que cette chronique sans prétention d’une communauté de nord Coréens dans le Kyoto des années 70 n’est finalement pas si déplaisante à regarder.

L’histoire relate le début d’amourette entre Kôsuke et Kjung-Ja, jeune nord coréenne vivant à Kyoto, mais aussi les affrontements sans fins entre loubards japonais et jeunes Coréens désireux de ne pas s’en laisser compter par leurs provocations.

Mais alors pas du tout !

On pourrait penser que le film va très vite prendre la direction d’un avatar convenu de Roméo et Juliette, avec une fin larmoyante à souhait et une morale pâteuse à deux yens sur la tolérance, la fraternité et tout le toutim. Eh bien non, l’amourette entre les deux personnages apparaît finalement comme un élément parmi tant d’autres de l’intrigue. Une sorte de fil conducteur, mais pas crucial tant l’importance de Kosuke et Kjung-Ya ne semble pas beaucoup plus grande que celle d’autres personnages, notamment An-Sung, le frère énervé de Kjung-Ya, et sa copine, Momoko :

Olrik ou de l’art de choisir le bon screenshot

On le voit, An-Sung a en la matière quelques wagons d’avance sur Kosuke, lycéen encore un peu niais dans ses tactiques pour essayer de plaire aux filles :

Matez-moi un peu la coupe de nouilles Beatles style !

Mais dans les deux cas, il y a la même juvénilité, la même insouciance (qui aura d’ailleurs pour conséquence dans le cas d’An-Sung de mettre sa copine enceinte). En fait, au-delà du côté passage à l’âge adulte qui se fait de manière plus ou moins foireuse, l’intérêt de Kosuke est d’être une sorte de passeur qui va permettre au spectateur de suivre cette chronique d’une communauté mais aussi celle d’une époque. Contrairement à la relation Roméo/Juliette, sa liaison a tout intérêt à ne pas poser de problème puisque le but est d’être accepté par une communauté pour que le film puisse montrer de l’intérieur ce qu’elle est réellement.

Quant à l’époque dans laquelle a lieu cette rencontre de deux cultures, le spectateur un peu connaisseur a droit à une multitude de détails qui ne sont pas sans saveur. L’aspect reconstitution est en effet ce qui ne contribue pas peu à donenr un certain charme au film. On commence avec ces boys band aux vertus hystérisantes qui vont servir un temps de modèle au héros en mal de petite amie :

Ici un numéro d’Heibon Punch qu’un lycéen mate en loucedé alors que son prof fait la morale à sa classe :

Là un vieux disque traînant à côté d’une platine bon marché :

Bien dans son époque truffée d’icônes d’une pop-culture rassurante, le personnage tente de s’extirper de son adolescence en essayant d’atteindre ce but formateur que résume crûment un de ses camarades :

« Pénétration »

En fait de pénétration, Kosuke va bien pénétrer, oui, mais pas ce qu’il espérait. La rencontre avec Kjung-Ja et celle d’un ami musicien dans un magasin d’instruments va le faire pénétrer à la fois dans le monde de la musique et dans la situation particulière que connaissent les Coréens, déchirés entre deux états depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Cette plongée initiatique va se faire par le truchement d’un disque :

« Harenchi »

Dans cet album des Folk Crusaders, groupe pop de la fin des 60’s, on trouve notamment une chanson, Imujingawa (2) :

La rivière Imjin est une rivière traversant la Corée du nord au sud et qui fut le théâtre de deux batailles sanglantes (dont une durant la guerre de Corée). Dans cette chanson mélancolique (qui à l’origine est une chanson coréenne), les paroles évoquent l’impossibilité des nord Coréens d’aller au sud. Conjugué au déracinement de ces Coréens expatriés qui doivent affronter la bêtise de jeunes crétins japonais encore émoustillés par 35 ans de colonisations de la Corée, ce malheur à tôt fait de toucher Kosuke et de l’intéresser à cette communauté partagée entre désir de retourner au pays et désir de poursuivre sa voie dans un Kyoto finalement pas si mal.

Du coup, la légèreté arborée au début du film qui laissait craindre un épigone un peu amélioré d’un drama tend peu à peu à s’estomper et à laisser la place à un film certes imparfait mais attachant et plus fin dans son propos qu’il n’y apparaît au premier abord. Comme pour beaucoup de film mainstream japonais, on peut se sentir dérouter par une certaine esthétique manga qui mêle le grotesque au sérieux. Les multiples scènes de bastons qui émaillent le film sont assez difficiles à comrpendre dans leur but : les faciès grimaçants, les poses grotesques qui tendraient à dédramatiser la violence alternant justement avec une violence, une sauvagerie qui nous font dire que tout cela va mal finir (ça ne manquera pas d’arriver d’ailleurs).

Mais on aurait tort d’abandonner devant cette violence abracadabrante à côté de laquelle les combats dans Rocky sont des modèles de réalisme. L’intérêt est tout simplement de voir comment tous ces jeunes personnages vont essayer de trouver leur voie pour réussir leur vie. Recherche de l’amour, d’une situation professionnelle, d’un retour au pays, le film propose un enchevêtrement de quêtes personnelles cahotant au gré des nationalismes persistants chez certains et de l’évolution de la société.

On peut évidemment reprocher à Pacchigi! de manquer de souffle, de céder à une envie de tout montrer plutôt que de traiter un aspect (comme les révoltes étudiantes) avec un peu plus de profondeur.  Mais Izutsu n’est pas Visconti. Sa fresque à lui se veut plus légère, plus mainstream et partant, plus divertissante. Plus inoffensive ? À voir puisque sa vision des rapports de force entre Coréens et Japonais va nettement en faveur des premiers, à tel point qu’une certaine frange du nationalisme japonais considéra Izutsu comme « anti-japonais ». Bon, Pacchigi n’a rien non plus d’un brûlot mais c’est une manière de signifier que le mainstream japonais peut parfois habilement combiner légèreté et gravité du propos en évitant à la fois didactisme et caricature.

Et l’on peut comprendre que Pacchigi! ait pu séduire les différents jurys qui l’ont gratifié de récompenses. Les mauvaises langues diront qu’Izutsu manque de coffre en mangeant à tous les rateliers. Je dirais pour ma part qu’il n’est qu’un énième représentant de ce cinéma asiatique qui, loin de notre culture classique,  n’hésite pas à mélanger les genres. Sans être génial, il est suffisamment talentueux pour vous faire passer une agréable soirée avec ces deux heures remplies de jeunes gens qui cherchent leur fil d’Ariane tout en se bourrant la gueule de coups de lattes. Cerise sur le gâteau : on aperçoit au détour d’une scène de baston ce bon vieux Tak Sakaguchi :

Et les fans de Versus de se précipiter pour mater ce Pacchigi! Manger à tous les râteliers vous avez dit ? Si peu.

(1) Meilleur film au Blue Ribbon Awards et meilleur film, meilleur directeur, meilleure cinématographie et meilleurs espoirs (pour Erika sawajiri et Shun Shioya) au Yokohama film festival.

(2) Chanson d’ailleurs censurée à lé’poque par sa propre maison de disques, Toshiba, pour d’obscures raisons politiques. Cet aspect est  montrée de manière comique lors d’une scène dans une station de radio :

Du même tonneau (ou presque) :

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4 Commentaires

  1. Ho, les coupes de cheveux !!! Rien que pour ça, je veux voir le film….

    En te lisant, notamment, sur le fil d’Ariane de ces « djeuns », ça me fait penser un peu à « Kid’s’Return » de Kitano, le volet immigré et noble art en moins….

    Mais bon, le film de Beat Takeshi, je l’avais vu au ciné…. C’est dire si ça date, hein…. Ça ne nous rajeunit pas…..

    (Point trop de spoil, compliments…)

  2. Idem pour moi, « Kids Return », ça fait une sacrée paie. Mais pour autant que je me souvienne, les deux « kids » restent de sacrés loosers à la fin, ce qui n’est pas le cas dans Pacchigi! (merde ! ne serais-je point en train de spoiler là?). Après, ce n’est pas totalement le happy end béat puisqu’une des scènes finales nous montre un méchant règlement de compte entre djeuns Coréens et loubards Nippons (sur une rivière d’ailleurs, la mise en perspective de la chanson est claire) : pour la fraternité entre les communautés, il y a comme un constat d’échec. Mais un petit seulement, le film semble finalement glisser sur ce nationalisme nippon imbécile : il y aura toujours de ces connards, autant ne plus se prendre la tête avec eux et poursuivre tranquillement notre vie. C’est un peu l’impression que donne la fin.

    Pour les coupes de cheveux, je te préviens : on ne les voit que durant le premier quart d’heure.
    Bon, c’est pas tout mais je trouve que l’article manque un peu de bijins. Puisque je viens d’évoquer Erika Sawajiri, allons-y gaiement :

  3. « merde ! ne serais-je point en train de spoiler là? »

    Ah ben, bravo…. Fichu spoiler qui sommeille…..

    Tiens, tu lis toujours Game of Thrones ?

    Moi, te spoiler sur l’intégralité de l’intrigue ?? Allons…..

    Surtout en cette période de rentrée….

    (Pour la peine, je vais aller me plaindre à Clarence-sama)

  4. Allons allons, ne t’énerve A.rnaud kun, fais comme moi, regarde cette vidéo et mets la clim’ :

    Ça va tout de suite mieux, non ?

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