Cold Fish (Sion Sono – 2010)

cold fish poster

Après un Love Exposure époustouflant et un Chanto Tsutaeru apaisé mais plaisant, on attendait ce Cold Fish de pied ferme. Las, le titre annonce un peu le résultat : sans être inintéressant, ce Cold Fish est un plat froit auquel il manque assurément quelques épices pour emporter totalement l’adhésion du spectateur.

Pourtant, tout commence bien : les premières images nous montre une ménagère faisant ses courses dans un convini. Le décolleté et le visage sont avenants, et pour cause puisqu’il s’agit de la gravure idol Megumi Kagurazaka :

Sympa quoi !

Mais sa jolie plastique et les scènes de fesses ne suffisent pas pour encaisser sans sourciller les 2H20 de cette descente en enfer d’un père de famille. Sur les défauts du film, on peut ainsi rejoindre la critique d’Asiafilm avec ce côté « vas-y que je te remplisse la cahier des charges de la maison » qui nous sert un cocktail cyprine-hémoglobine un tantinet épais.

Ce Cold Fish-là serait donc plus une vulgaire friture qu’une belle anguille ? A voir, car si certains défauts le pénalisent, il n’en demeure pas moins qu’il constitue une nouvelle plongée dans l’univers de Sion Sono, avec ses répétitions de thèmes mais aussi, et c’est à mes yeux ce qui permet de le sauver, ses variations autour de ces mêmes thèmes.

À nouveau on assiste au destin d’une famille japonaise qui cherche désespérément le bonheur. Plantons ici les personnages : la mère décédée a laissé la place à une belle-mère sexy, Taeko :

Avec un tel film, l’article risque d’être un peu fan service sur les bords, vous voilà prévenus.

Déjà bien engoncée dans le marasme de sa vie quotidienne, elle apparaît comme une femme au foyer qui aligne frénétiquement les différentes tâches ménagères : courses, bouffe, vaisselle, tout est expédié à la va-vite. Pas d’extras, de petits gâteaux confectionnés avec amour pour faire plaisir à la famille. Non, des ramens et fissa, ça ira bien. Pour ce qui est des relations conjugales, on imagine qu’elles ont été sûrement tendres au début, mais maintenant :

Euh… tu veux bien ce soir ?… Non ?… Bon ben d’accord alors.

Les parties de jambes en l’air tiennent pour le mari plus du supplice de Tantale que de la réalité. Venons-en au mari justement, Nobuyuki de son prénom, archétype du père effacé qui, devant l’échec de sa familiale, se réfugie dans une passion, son goût pour l’astronomie. Dans ses souvenirs aussi, puisqu’il y a eu quelques bons moments, et ses fantasmes, comme au moment de l’écran titre :

Moment que l’on espère pour lui mais qui n’arrivera pas tant les tensions entre les différents membres de la famille sont fortes. On ne peut ici qu’évoquer la fille, Mitsuko :

Parangon d’une jeunesse pourrie qui ne pense qu’à elle. Elle hait évidemment (jusqu’à la battre) sa belle-mère qui a le tort à ses yeux d’apporter avec elle des odeurs de cigarette (et aussi, sûrement, celui d’être plus gironde qu’elle, insulte suprême pour sa jeunesse arrogante), et méprise cordialement son père. Les règles de conduites minimales à adopter en famille ? Connais pas. Elle décroche son portable en plein repas pour parler à son petit ami, un blondinet peroxydé circulant en grosse bagnole.

Suicide Club, Strange Circus, Love Exposure, Be sure to share, on n’en finit pas de se remémorer les films de Sono où figure l’incommunicabilité des êtres au sein d’une famille. Mais d’autre réminiscences viennent aussi vous tortiller l’esprit. Mitsuko… Taeko… bon dieu, mais c’est bien sûr ! Il s’agit des deux principaux personnages de Strange Circus. Dans ce film, Taeko est une romancière handicapée et Mitsuko… une fille qui se fait violer par son père. De même dans Love Exposure, on se rappelle la petite Yoko dont l’aversion pour les hommes venait d’un père brutal et incestueux. Ce ne sera pas le cas ici mais la situation triangulaire sera tout aussi foireuse. La famille Shamoto est bien vouée à clapoter dans la boue de leur vie quotidienne.

« Fais chier tiens ! »

Autre thème typiquement « sonoien » : celui de l’envers du décor, de toutes les choses pas très belles, parfois terrifiantes, que l’on découvre lorsque l’on gratte les apparences. Ainsi la famille incestueuse de Strange Circus, ainsi la secte de Love Exposure, et ainsi…

M. Murata, ici en compagnie de son épouse, Aiko

La famille Shamoto le rencontre au moment où elle s’apprête à toucher le fond. Mitsuko vient de se faire gauler en train de voler dans un magasin et il faut tout la gentillesse du gérant, ce Murata, pour apaiser la colère du responsable. Très vite, Murata apparaît comme un double inversé de Shamoto : comme lui il tient un magasin d’aquariums, mais c’est bien là le seul point commun. Shamoto ne roule pas sur l’or, Murata est riche, son magasin est luxueux et il roule en ferrari. L’un est jeune et austère, l’autre est vieux et toujours guilleret. L’un veut faire l’amour -sans succès- avec sa femme, l’autre… la baise lorsque celle-ci vient le voir à son bureau !

Fan service qu’on vous dit !

Autre différence, essentielle celle-ci : il sait ce que tout un chacun cache au fond de lui-même, il sait parfaitement décoder les êtres, y compris leurs secrets les moins avouables. Ainsi Taeko dont il découvre rapidement la lubie qui la fait fonctionner sur le plan cul : madame aime à ce qu’on la frappe.

Avec un tel personnage, on se dit que le film peut basculer à tout moment dans ces mauvais rêves à la David Lynch que Sono affectionne particulièrement. Ça ne ratera pas :

On vous en met de côté ?

Sans rentrer dans les détails du pourquoi du comment, disons juste que Murata et sa femmes sont de belles saloperies pour lesquelles la fin justifie amplement les moyens, quand bien même il s’agirait de tuer quelqu’un pour lui chouraver dix millions de yens. A ce stade du film, il faut ici préciser que Murata a totalement vampirisé la famille de Shamoto. On a vu comment sa femme est totalement sous l’influence de ce vieux faune, mais sa fille n’est pas en reste :

Oui, vous ne rêvez pas, il s’agit bien du petit personnel de son magasin d’aquariums ! Personnel finalement totalement dans le style de ce type parfaitement dans son époque. Du luxe, du clinquant, des petits culs sexy moulés dans des petits shorts, c’est bien ce qu’aime les gens non ? Eh bien servons-leur cela sur un plateau. Totalement envoûtée, Mitsuko acceptera avec joie la proposition de Murata de faire d’elle une nouvelle employée dans son cheptel. Et Mitsuko, dans cet autre Strange Circus, ne tardera pas à s’éloigner à rejoindre l’envers du décor et  se détacher de la réalité. Elle fuira royalement son père lorsque celui-ci viendra la voir au magasin. Même son petit ami en pâtira puisque Mitsuko se trouvera une nouvelle (petite) amie :

Mets ta main dans ma boite humide

Avec le blanc de ces marcels, on pense évidemment au blanc des sectateur de Love Exposure et on se dit que Shamono aura bien du mal à récupérer fifille. Pour l’heure, il est lui aussi totalement aspiré par Murata qui l’embringue dans ses multiples forfaits. Pas moyen de reculer, il tient sa famille. Et puis, n’y aurait-il pas non plus un plaisir caché à devenir mauvais ? L’excellence avec laquelle il sort son boniment au frère yakuza de la victime charcutée semblerait indiquer qu’il y a prédisposition à faire le mal. Mais notre père de famille est encore sur la corde raide, il n’est sûr de rien, il s’agrippe encore à son idéal de vie de famille.

Et aux loches de sa femme aussi.

Mais sa relation avec Taeko, on l’a vu, ce n’est pas ça. En désespoir de cause, il ira se donner, après les horreurs rouge sang auxquelles il a assisté, une cure de grand bleu à son planétarium préféré :

Mais là aussi, rien n’y fera : Shamoto, dans son planétarium/aquarium, s’apprête à devenir un « cold fish », comme Murata. Pour effectuer sa mue définitive, il ne lui reste plus qu’une chose à faire : mettre le nez dans la merde de sa vie. En Mandrake de la saloperie camouflée, Murata se chargera de lui ouvrir les yeux. Mal lui en prendra : la réaction de Shamoto sera terrible pour lui.

D’une certain manière, Cold Fish boucle la boucle : Strange Circus mettait en scène un mauvais père. Love Exposure un père violent et un père faible mais attachant. Be Sure to Share un père dur mais aimant. Avec Cold Fish on se retrouve à la fin avec un père violent, autoritaire, fou. Une caricature d’une figure patriarcale archaïque et dépassé par son époque (en cela, la passion de Shamono pour des étoiles appartenant à une autre époque est révélatrice). A défaut de retenir les siens par l’amour, il se les attachera par la violence. Si l’on ne craint pas les raccourcis, on pourrait dire qu’il est une version extrême de Yu, le héros de Love Exposure qui cherchait à s’attacher son père en commettant de mauvaises actions et en les lui avouant. Shamoto s’attache lui aussi les siens en commettant de bien vilains gestes. Mais à un point de non retour. Si Yu pouvait encore compter sur l’amour de son père après ses bévues, rien de tel pour Shamoto qui dans un final « de folie », assistera, cinq films plus tard, à la vengeance de Mitsuko. Boucle doublement bouclée et terrifiant tableau d’une jeunesse dont la haine envers ses géniteurs n’a d’égal que la violence de ces derniers envers elle.

Finalement, maintenant que j’y songe, Cold Fish n’est pas si mal. Pourquoi j’étais si dur au début de l’article ? Assurément, je reviendrai au grand magasin foutraque de Sono !

ありがとうございました!

 

Du même tonneau (ou presque) :

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17 Commentaires

  1. Dites donc, vieux, z’avez pas omis le « Spoil » en lettres de sang, par hasard ?

    Perso, j’ai préféré m’arrêter au milieu de l’article, tant je sentais le spoil viendre… Dans le doute, comme dirait l’autre….

    « de petits gâteux confectionnés avec amour »

    Je penche plus pour une faute de frappe, sinon, joli jeu de mots… (D’ailleurs, quelques petites fautes de frappe, ça sent la Asashi, ça..)

  2. Tiens, il y a quelques jours j’avais lu un article sur ce film dans un blog (j’ai oublié lequel). L’auteur parlait de ce film comme « le film le plus dérangeant qu’il ait vu ».
    À la lecture de ta vision des faits, j’ai pas l’impression que ce soit si grave que ça, et ça me donne limite envie de le regarder (mais c’est bien parce que j’ai longtemps été aquariophile)

  3. Ton approche thématique du film est largement plus intéressante que le film, où l’aspect social s’affiche trop lourdement comme la caution subversive/transcendantale d’un produit gorasse-sexy à l’histoire prétexte. D’ailleurs, à la lecture de ton texte, je me rends compte que le film développe plus les « obsessions » d’un auteur que les pistes d’une histoire pourtant passionnante sur le papier (et l’affiche à la Chiens de paille est bien vue). Donc pour le coup, avaler les petites errances orgasmiques d’un Shion Sono, bof.

    (en attendant ses prochains longs ?)

  4. @ A.rnaud :
    Pour le spoil, tu aurais pu aller jusqu’à l’avant-dernière image, voire plus car je ne donne pas non plus tous les éléments de la fin. Enfin… je les révèle mais pas dans leur manière de s’accomplir. Un demi-spoil quoi ! Je progresse.

    Pour les coquilles, ça fait mal. Et l’Asahi n’est pas la seule fautive. Je suis un peu trop suivi dernièremennt le précepte n°1 de ce bon vieux Mickey :

    SPEED ! SPEED !
    Fatalement ça me joue des tours.

    @ David :

    Non, Cold Fish n’est évidemment pas un film familial mais ça reste supportable. Une question de familiarité avec l’univers de Sono. Le gars qui a écrit l’article n’a sans doute pas vu Strange Circus qui est à mon sens largement un cran au-dessus dans le dérangeant.

    @ Wam :
    Mince, ton commentaire me rappelle que je voulais parler de l’affiche des Chiens de paille et que j’ai oublié. C’est ça d’écrire le nez dans le guidon, tant pis.

    Sinon, il y a assurément un côté brouillon et rentre dedans à ce film. Sono y va à la truelle mais en y réfléchissant, je me dis que c’est un peu sa marque de fabrique, notamment en ce qui concerne le traitement du sexe et de la violence. Certes, c’est excessif ici (et sûrement du fait de la participation de Sushi Typhoon) mais plutôt logique, pas si en rupture que cela avec les précédents films : scène d’ouverture de Suicide Club, scènes de cul dans Strange Circus, obsession des petites culottes, studio de films pornos et émasculation, dans Love Exposure. Je ne dis pas que Sono fait toujours dans l’exploitation mais que sa représentation du monde contemporain l’amène à mettre les mains dans le cambouis d’instincts primaires, et donc parfois de frôler l’exploitation. La seule chose que je craindrais c’est un effet de répétition stérile. Tant qu’il arrive à opérer des variations, des correspondances avec ses autres films, ça me va. Tiens, j’ai oublié celle-ci :
    null
    Même posture de la dame, témoin de la copulation, décor dans les tons rouges : comment ne pas penser à certaine scène de Strange Circus ? La différence est qu’ici, c’est la femme qui mène le jeu. Tout le long du film d’ailleurs : Aiko est un personnage tout aussi trouble – voire plus – que son mari.

    Ah ! Et je te rejoins totalement sur l’utilisation lourdingue de la symphonie de Mahler.
    Et oui, on attend quand même ces prochains longs. Avec ou sans Sushi Typhoon. Mais tu vois, je ne serais pas étonné que Sono refasse un jour un film avec eux.

  5. Tu ne m’en voudras pas Olrik mais je n’ai pas lu ton billet. J’ai justement vu le film hier et je compte bien me mettre à la rédaction d’un avis (cet aprem) sur le film sans influence extérieure. J’y reviendrai donc plus tard. Comme souvent, les captures sont bien choisies… 😉 sinon j’ai bien aimé. J’ai pas pu m’empêcher de lire les commentaires. En ce qui concerne la musique, je trouve qu’elle est judicieusement utilisée et participe vraiment à l’atmosphère que Sion Sono crée. Après pas de branlette de mon côté, le produit livré a de la tronche. J’ai accroché tout du long et me suis laissé aspirer par ce cheminement que l’on sait déjà sans retour.

  6. Bon ID, il est bien joli ton article sur Imamura mais ta critique sur Cold Fish, elle arrive ou quoi ? 😉

  7. Rien à voir, mais quelques films Japonais inédits cette année à l’Etrange Festival :
    http://www.etrangefestival.com/index.php/2011/invites/fr#

  8. Pas totalement hors sujet puisqu’une nuit Sushi Typhoon y est programmée. Domamge que je ne sois pas sur place, revoir Confession sur grand écran m’aurait assez tenté.

  9. J’aime bien le parallèle que tu fais avec les autres œuvres du sieur. Au-delà du label Sushi Typhoon, il existe une vraie filiation entre elles qui n’est pas anodine. Pour moi, Cold Fish c’est de lui, sans pression aucune pour coller au label qui l’emploi.

    > « Avec Cold Fish on se retrouve à la fin avec un père violent, autoritaire, fou. Une caricature d’une figure patriarcale archaïque et dépassé par son époque (en cela, la passion de Shamono pour des étoiles appartenant à une autre époque est révélatrice). A défaut de retenir les siens par l’amour, il se les attachera par la violence. »

    Pas mal ce que tu soulignes ici. Je suis resté fixé sur l’homme violent qu’il devient pour s’affirmer en tant qu’homme justement et zappant au passage le côté « père de famille » qu’il devient. Avec du recul, c’est assez flippant en fait cet aspect rétrograde.

    Un film réussi en ce qui me concerne. Marrant parce que ça cause dans le film un moment donné du nombre important de disparition au Japon, une espèce de phénomène de société. Un parallèle fait vis à vis de Murata et des personnes qu’il élimine sans laisser de trace. La même semaine, je découvrais L’Evaporation de l’Homme d’Imamura justement sur un type qui disparait et faisant un parallèle avec le grand nombre de disparition pour un aussi petit pays (une île de surcroit) qu’est le Japon. Enfin, voilà. Je ne sais plus ce que je voulais dire. Parler de coïncidence ? Est-ce que c’est plus qu’un phénomène ? Bref. Hâte de voir le prochain du bonhomme…

  10. « Pour moi, Cold Fish c’est de lui, sans pression aucune pour coller au label qui l’emploi.  »
    Tu rejoins finalement ce que je disais à Wam, à savoir que la thématique de Sono lorgne déjà assez ud côté « sexe et violence » et qu’elle n’a pas forcément besoin d’avoir la pression pour proposer ce type de menu.
    Je ne connais pas cet Imamura. Encore une perle à voir apparemment.

  11. Sur la disparition des individus, la place des meurtres au Japon, les failles du système policier/judiciaire nippon, les enjeux et faits liés à ce fait-divers – avec énormément d’anecdotes et d’infos sur la personnalité du tueur ainsi que son entourage, le journaliste Jake Adelstein en parle terriblement bien dans les bonus de l’édition anglaise du film. Il souligne à fond le potentiel de l’histoire, finalement à peine traité par Shion Sono et son co-scénariste.

    À côté de l’inclinaison habituelle du réa pour le sexe et la violence, il y a ici un traitement très poussif de ce cocktail provocateur, coincé entre l’envie de jouer avec les attentes de ce type de production (le romantisme du méta-cynique ?), et de pousser la sauce le plus loin possible pour le spectacle (ou pour essayer de maintenir le spectateur éveillé ?).

    Le tout fait d’une manière très franche, directe voire même grossière (d’où l’impression d’une auto-caricature – d’un type faisant un « film de Shion Sono » ?). Autant je trouve le film catastrophique, autant j’ai hâte de voir à quoi vont ressembler les graines de cette approche dans Guilty of Romance, production indépendante loin du fléau Sushi Typhoon. Et de sa ligne directrice nuancée, « tes persos blablatent trop, montre plutôt 2 nanas entrain de flirter, le public va trop kiffer lol !!!!!! ». Mais heureusement le poète Sono préfère peut-être y traduire l’émancipation féminine sociale et de la recherche du plaisir indépendant résultant directement de la devise socratique connais-toi toi-même ( :mrgreen: ).

  12. « Le tout fait d’une manière très franche, directe voire même grossière  »

    Finalement tout à l’image du personnage de Murata. Personnage sans nuances dans ses désirs, parfaitement dans son époque. Je serais tenté de dire que celle-ci a le cinéma qu’elle mérite. Après, est-ce la volonté de Siono de l’illustrer avec ce grossier racolage, une envie de faire plaisir à ses producteurs et ses spectateurs, ou les deux, là, je ne peux pas dire.

  13. yeahh man, j’ai vu Cold Fish cette semaine, j’ai trouvé ça très sympatoche, à la fois feutré et décaler.

    Si je peux me permettre de proposer une piste, je n’ai pas cessé de voir le film en pensant à Visitor Q, et in extenso à Theoreme, i.e. un élément mobile extérieur qui percute un noyau familial pour redistribuer les cartes et faire bouger les lignes.
    Dans Visitor Q, l’intervention du visiteur permet, d’une certaine manière de resouder la famille. J’ai d’ailleurs toujours considéré Visitor Q comme une belle comédie familiale, pour ne pas dire une comédie romantique.
    En revanche, dans Cold Fish, Murata apparaît comme un catalyseur, il a fait gagner quelques années au processus de désagrégation.
    Bref, je connais pas bien le cinéma japonais, mais je me demande si ce ne serait pas un motif récurrent celui du projectile qui éclabousse le gâteau de mariage, hein Olrik ?

    Autre question, par laquelle je me verrai contraint d’avouer mon ignorance de l’oeuvre de Siono: ce ne serait pas un film un peu réac des fois ? Elle est très bizarre l’attitude de la fille à la fin non ?

    Que des questions…

  14. « Bref, je connais pas bien le cinéma japonais, mais je me demande si ce ne serait pas un motif récurrent celui du projectile qui éclabousse le gâteau de mariage, hein Olrik ? »

    Ouaip, je pense que tu as tout à fait raison. J’en parlais récemment avec ID, le personnage de l’emmerdeur qui empêche de s’emmerder en rond semble être une figure récurrente du cinéma japonais. Visitor Q, mais aussi the Crazy Family, the Family Game et je suis sûr que la liste est bien loin d’être bouclée. Tiens, même dans Tokyo Sonata on trouve ce genre de personnage avec celui du cambrioleur qui possède deux fonctions : d’abord d’accélérer le processus d’éclatement, ensuite, par un curieux phénomène, d’opérer un renversement en créant une prise de conscience chez bobonne qui va retourner dans sa chaumière.

    Pour l’attitude de la fille, je dirais que c’est un peu une constante chez Siono : la rupture parents/enfants et l’incapacité de ces derniers à vivre en gardant un lien avec le passé (cf. les tentatives vouées à l’échec du héros de Love Exposure). C’est tout le contraste avec ce père qui s’absorbe dans la contemplation d’étoiles qui existent depuis des milliards d’années. Fifille, elle en a rien à battre des étoiles, et encore moins de son géniteur, pourtant plus proche d’elle (d’ailleurs j’ai rêvé où elle lui balance un coup de pied -doublement – castrateur ?). Salauds de jeunes !

    Réac ? Ou lucide, va savoir. En tout cas sur ce thème le personnage de Be Sure to Share constitue une jolie exception puisqu’il arrive à créer un lien avec son père (mais ce lien se fait avec la mort pour toile de fond : en fait, il semblerait que dans l’oeuvre de sono il n’y ait pas le moindre cas de relation parents/enfants pleinement épanouie, heureuse. On en a une esquisse à un moment dans Love Exposure… mais elle est le fruit d’un abrutissement lié aux manipulations d’une secte).

  15.  » Réac ? Ou lucide, va savoir. En tout cas sur ce thème le personnage de Be Sure to Share constitue une jolie exception puisqu’il arrive à créer un lien avec son père (mais ce lien se fait avec la mort pour toile de fond : en fait, il semblerait que dans l’oeuvre de sono il n’y ait pas le moindre cas de relation parents/enfants pleinement épanouie, heureuse. On en a une esquisse à un moment dans Love Exposure… mais elle est le fruit d’un abrutissement lié aux manipulations d’une secte)  »

    O tempora o mores !

    Pour le coup de pied, j’ai l’impression qu’elle lui tape le dos; mais c’est une hypothèse tout à fait sensée

  16. J’ai enfin pris le temps de regarder ce film, en complétant un peu à reculons la saga Sion Sono.

    S’il est vraiment prenant de bout en bout, je dois bien avouer que ce film manque un peu de profondeur, très simple dans son déroulement: Murata tombe sur cette famille en galère, il pense avoir trouvé le parfait larbin – par rapport au précédent dont il s’est débarrassé – jusqu’à ce qu’il éclate dans une déchaînement de violence (aurait-on là le film le plus gore de la série ?).
    Le tout est du coup bien défaitiste comparé à Visitor Q cité plus haut. Le message de Sion Sono semble être que le père dans la société Japonaise ne peut se réaliser qu’en étant un « vrai homme » et pas un père aimant. Ce message étant renforcé par le fait que le père ne semble pas trop travailler puisqu’il est assisté de sa femme, ce qui est plutôt l’inverse du Japonais lambda qui reste au boulot jusqu’à 22h.
    Puis j’aime bien les films un peu calmes et contemplatifs dans le fond, celui-ci a peut-être effectivement cette touche Sushi Typhoon un peu lourdingue.

  17. Sans doute alors préféreras-tu son dernier, Himizu. On y trouve quand même des moments de fureur, mais l’ensemble est infiniment moins (même pas du tout) axé sur l’exploitation made in Sushi Typhoon.

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