Un avion en papier peut-il survivre à une explosion nucléaire ?

Mais qu’était donc ce court-métrage d’animation que j’avais vu un soir, il y a une bonne dizaine d’années, sur Arte ? La seule chose dont je me souvenais était les scènes de corps défigurés à la fin et… un avion en papier.

Totalement par hasard, je suis tombé hier sur la référence, avec un peu de retard par rapport à mon envie de poster un billet en rapport avec la commémoration des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Qu’importe! Il n’est jamais trop tard pour faire découvrir ce genre de perle.

Il s’agit de Pica-don (1978), film réalisé par un couple d’animateurs/réalisateurs, Renzo et Sayoko Kinoshita. Quand on parle de films d’animation sur Hiroshima, on pense toute de suite à l’adaptation d’Hadashi no Gen, le manga de Nakazawa. Adaptation incomplète mais dont la scène du bombardement, sans concession, possède une force inhabituelle pour un animé au graphisme rond et humoristique :

Finalement, Pica-don est une sorte de raccourci d’Hadashi no Gen par rapport à l’horreur qu’il veut montrer et dénoncer.  On s’attarde sur une famille et sur son petit quotidien matinal avant que l’enfer n’arrive.  Ça commence par « pica », c’est-à-dire l’onomatopée désignant une forte lumière avant que le « don » (un gros bruit retentissant) ne déferle avec son lot de scènes apocalyptiques. C’est court, sans parole, beau et éprouvant à la fois :

(la vidéo est de mauvaise qualité, je sais, mais dites-vous que c’est un film qui n’a jamais été édité en DVD – du moins à ma connaissance)

Ce petit bijou, épuré et à la fois terriblement efficace (1), est sans aucun doute l’œuvre la plus connue de Kinoshita et l’une des plus représentatives en terme de qualité de l’animation japonaise indépendante, loin des rythme effrénées de productions et des cahiers des charges à suivre à la lettre. Et pourtant, c’est grâce à l’animation mainstream que Kinoshita fit ses armes durant sa jeunesse puisqu’il travailla sur la série Tetsuwan Atomu dans le studio de Tezuka, Mushi Productions. Mais l’expérience ne le convainquit pas et il décida rapidement de monter son propre Studio, le studio Lotus. Il devient plus connu à la fin des années 60 avec le personnage de Geba Geba Ojisan qui apparaît dans Kyosen x Maetake Geba-Geba 90-pun!, émission à sketchs humoristiques.

Geba Geba Ojisan

Mais tout ceci est encore anecdotique et il faut attendre 1972 pour que les choses sérieuses commencent avec Made in Japan, critique du Japon de l’après-guerre, qui obtint le Grand Prix  du festival du cinéma d’animation de New York. Il devint par la suite un des piliers de l’ASIFA (International Animated Films Association) puis, avec sa femme, fonda le festival bisannuel du film d’animation d’Hiroshima. Kinoshita est mort en 1997 mais le festival lui a survécu, tout comme son œuvre (2) qui, malgré leur invisibilité sur des supports numériques pour perpétuer son remarquable travail, continue malgré tout d’être projetée (surtout Pica-don) ici et là dans des festivals.

Un prix Renzo Kinoshita est décerné à chaque festival d’Hiroshima pour décerner une œuvre à portée sociale.

(1) et très réaliste malgré sa stylisation, Kinoshita s’étant appuyé sur une importante masse d’écrits et de dessins de rescapés d’Hiroshima.

(2) dont voici un échantillon :

1971 What on Earth is He?

1972 Made in Japan (Nippon Seizou)

1973 Invitation to Death

1973 Curricula Machine

1977 Japonese

1978 Pica-don (Pika-don)

1989 The Morning

1993 The Last Air Raid Kumagaya

1994 A Little Journey (Hiroshi ku wa sora ga suki)

1994 Kondo 55 Go « How that Happen? »

2004 Ryukyu Okaku: Made in Okinawa (film achevé par sa femme après sa mort)

Du même tonneau (ou presque) :

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3 Commentaires

  1. C’est… dur. Les vidéos de Barefoot Gen et Pica-don sont d’un effroi glaçant.

    Bonne initiative du bonhomme qui nous a mis Pica-don sur youtube. Elle permet de découvrir une oeuvre que je ne connaissais pas pour ma part.

  2. De rien, le bonhomme c’est moi. On trouvait le film sur youtube mais avec une qualité encore plus dégueulasse. Sur Dailymotion, on déniche le docu d’Arte dans son intégralité : Manga Mangaka (1998).

    Assez bon documentaire dans l’ensemble.

  3. Et bien j’y jetterai un oeil alors à ce documentaire. Cela a suscité mon intérêt.

    > De rien, le bonhomme c’est moi.

    Cool, je te lève l’un de mes pousses. 😉

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