Shintaro Katsu – Yoru wo utau

     Que Shintaro Katsu soit une figure légendaire du cinéma japonais est une évidence. Un peu une sorte d’équivalent nippon de John Wayne. En plus tumultueux. Car en dehors de ses innombrables prestations pour le petit ou le grand écran (notamment dans la série fleuve des Zatoichi, soit 26 films), prestations qui lui valent ce statut de légende, il faut savoir que Katsu n’avait rien d’un ange. Gros buveur, un tantinet alcoolique, mais aussi adepte de drogues en tous genres : marijuana, opium ou cocaine. Cela lui a valu une charmante collection d’arrestation, en 1978, 1990 puis en 1992. Ces péripéties causèrent, en s’en doute, quelques troubles dans sa carrière. Mais ce n’est pas tout : Katsu avait aussi la réputation d’être un fauteur de trouble lors des tournages. L’anecdote la plus emblèmatique est sans doute celle qui concerne le tournage de Kagemusha de Kurosawa, film dans lequel Katsu devait jouer le rôle principal. Il mit le maestro en colère lorsqu’il entreprit de filmer les coulisses du tournage. Il fut prestement remplacé par Nakadai. Selon d’autres sources, le clash entre les deux artistes venait surtout d’une incompatibilité entre deux fortes personnalités. Plus sordide, Katsu fut vivement attaqué lors du décès de l’acteur Yukio Kato durant le tournage du dernier épisode de Zatoichi. L’acteur fut mortellement blessé par un sabre qui n’avait rien d’une réplique inoffensive.

     Voilà pour le bonhomme. Pour son apport au cinéma, son nom est avant tout synonyme de Zatoichi. Mais n’oublions pas non plus l’excellent Hanzo le Rasoir, flic samouraï qui a la particularité d’utiliser son sabre intime pour faire parler les femmes suspectes récalcitrantes lorsqu’il s’agit de passer aux aveux. Bon, ce n’est pas toujours du meilleur goût mais franchement, voir le personnage joué par Katsu supplicier (la trique du personnage est réputée pour sa longueur et sa solidité : une scène nous montre Hanzo se donner au petit matin des coups de lanières de cuir pour la fortifier) sa victime avec en fond sonore une sorte de musique disco est assez drôle, surtout lorsque la « victime » menace de ne rien dire s’il s’arrête. Inénarrable. Passons.

     Moins connu, en dehors de ses talents d’acteurs, Shintaro Katsu fut un excellent joueur de shamisen et cultiva aussi un talent de chanteur. C’est du reste souvent le cas dans le milieu cinématographique asiatique. Une star du grand écran y pousse très souvent la chansonnette. Et l’inverse est aussi vrai : combien de chanteurs ou de chanteuses ont poursuivi avec une carrière au cinéma. Pour en revenir à Katsu, il faut tout de suite vous prévenir qu’il a eu le bon goût de ne pas faire dans le Enka, ce genre musical très prisé mais aussi très … monolithique disons. Ce sont des romances chantées par des messieurs et des madames très bien habillés, souvent en costumes traditionnels et faisant assurément les délices des personnes agês dans les maisons de retraite. Je caricature, mais vous aurez compris que le Enka est un genre assez… ringard. Donc non, Katsu ne fait pas dans ce truc. Son crédo ? les interprétations croonerisantes, en japonais ou en anglais, s’il vous plaît ! Doté d’un accent et d’une prononciation plus que corrects, il parvient à être assez convaincant lorsqu’il reprend de vieux standards tel que « Sunny », « Unchain my Heart » ou, tenez-vous bien, « Yesterday ». C’est sans doute un peu kitsch parfois, mais jamais ridicule. Katsu semble prendre son art de la chanson très au sérieux et parvient à être touchant dans ses efforts pour enrober sa voix de dégoulinades de chaleur. Ecouter l’album « Yoru wo utau », c’est un peu avoir l’impression de faire un karaoke en compagnie de Katsu. Sympathique.

Enfin terminons avec cette belle vidéo extraite d’un des films de la trilogie des Hanzo. Qui osera prétendre ensuite que Katsu n’a pas un bel organe ?

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4 Commentaires

  1. J’avais raté cet article ! Je pensais que c’était Katsu dans Baby Cart, mais c’est Wakayama Tomisaburo. Les deux ours ont un air de famille. Ça doit être leur côté bad ass / Bud Spencer style.

    C’est vrai qu’il chante en plus :

  2. Ouais, je peux comprendre la confusion entre les deux. Sûr que les « deux ours » sont un peu plus bad ass que Jim O’Rourke chantant de l’enka.
    Cool que tu réactives ce vieil article, ça m’a permis de réparer les liens youtube qui étaient morts..

  3. D’un autre coté wakayama étant le frere ainé de Katsu la ressemblance est normale, d’ailleurs on les voit ensemble dans 2 zatoichi.

  4. Monsieur Olrik étant parti boire sa honte en compagnie de Monsieur Bouffe-tout, je me charge de vous remercier pour cette précision évidente à mes yeux mais malheureusement pas partagée par tous les cinéphiles. Je gage que d’autres seront étonnés d’apprendre ce lien de parenté.
    Ai, cousine germaine au 5ème degré de Bae Doo-Na.

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