Ryû ga gotoku (Takashi Miike – 2007)

    

Ryu ga Gotoku est un film de Takashi Miike adapté d’un jeu vidéo pour la Playstation2. Ca calme hein ? Déjà, lorsque l’on dit « film de Miike » on s’attend à quelque chose  de « particulier ». Mais lorsqu’il s’agit en plus de l’adaptation d’un jeu vidéo, genre plutôt risqué, on peut s’attendre au pire.

     Avant de parler du film, il faut parler du jeu. Pour faire simple, vous y incarnez un yakuza, Kiryu Kazuma. Attention, Kiryu n’a rien d’un « chimpira » (doux mot qui désigne les yakuza tout en bas de la hiérarchie. On peut le traduire par « p’tite bite »).  C’est un dur, un « tough guy » qui a déjà largement fait ses preuves et en qui ses supérieurs ont entièrement confiance. Après, qui dit yakuza dit lutte de clans. A l’intérieur d’une même famille ou entre plusieurs familles. Et très vite, Kiryu va se retrouver embringuer dans une histoire fleuve dans laquelle il devra castagner et faire triompher une certaine justice (car Kiryu est un yakuza modèle, avec un réel code d’honneur). Voilà pour l’histoire, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui est réellement sidérant dans ce jeu, ce sont les décors et la déambulation du personnages dans ceux-ci. Les graphistes du jeu se sont inspirés du quartier de Kabukichô, célèbre quartier de Tokyo réputé pour son activité nocturne intense : bar, restaurants, pachinko, salles d’arcade, prostitution, un coin pittoresque quoi ! Et cela devient immédiatement fascinant de voir le personnage courir à travers ces rues aux éclairages criards. D’autant que cela s’accompagne d’une liberté d’actions très ludique : on peut s’arrêter, parler à des passants et ceux-ci peuvent vous confier leurs problèmes, entrer dans des magasins, prendre un pots, acheter des takoyaki, feuilleter dans des convinis des revues de charme, jouer au baseball, se faire masser, voir des spectacles de strip-tease, draguer des hôtesses, jouer au pachinslot, discuter avec des clochards dans un parc et bien sûr botter le cul des chimpira qui vous agressent sans savoir que vous êtes le grand Kiryu Kazuma. Quelques screenshots peuvent bien vous faire comprendre le réel plaisir (et je m’arrêterai car je sens qu’il faudrait un article entier pour en parler) que l’on peut avoir en y jouant :

     C’est donc un jeu « déambulatoire », une sorte d’expérience ludique visuelle et sonore (un  grand soin a été apporté aux différents bruitages urbains, on s’y croirait). On se promène dans des rues, on va constamment d’un point à un autre du quartier et on progresse au fur et à mesure dans l’histoire. Qu’est-ce qui a poussé Miike à adapter ce jeu ? Simplement ceci : « C’est un miracle que ce jeu soit développé. J’ai l’impression d’assister à ma propre existence. La vie est unique. On naît par hasard, et l’on doit aller de l’avant avec énergie. Il y a un dragon qui sommeille en moi lorsque je suis dépressif. Ce film va réveiller mon dragon ». ‘tain, c’est beau. On le sait, le film de yakuza est l’une des spécialités du réalisateur. Mais au-delà de cet aspect, ce qui a pu fasciner Miike, c’est ce personnage, englouti dans une faune urbaine très complexe, mais qui, de par sa volonté, fonce et réussit à la dominer.

     Après avoir réalisé un court-métrage de 44 minutes qui se termine là où commence le jeu, Miike a donc récidivé en tournant ce Ryu ga gotoku. Pour ce faire, Miike a purgé, beaucoup purgé. Car adapté le jeu tel quel aurait été indigeste et donné lieu à un film d’au moins quatre heures. L’intrigue du jeu est en effet très complexe et la galerie de personnages (que ce soit les yakuzas des différents clans ou les « quidams à problème » rencontrés dans la rue) gigantesque. L’histoire est donc resserrée sur les relations conflictuelles de Kiryu avec un autre yakuza haut en couleur, le formidable Goro Majima, et sur la protection du héros d’une petite fille rencontrée dans la rue, Haruka. A cela s’ajoutent une importante somme d’argent volé et des adolescents qui s’essayent au braquage de banque. Et c’est à peu près tout. Avec Like a Dragon, nous sommes plus dans l’esquisse que dans l’adaptation fidèle. Et pourtant, fidèle, ce film l’est à sa manière. Ne serait-ce que par la reproduction à l’écran de l’identité grouillante et électrique de Kabukichô et par le côté « électron libre » de Kiryu. Le premier plan dans lequel le héros est d’ailleurs à cet égard symbolique : la caméra ne nous montre pas le personnage dans son ensemble mais seulement son pied gauche. La chaussure nous fait tout d’abord comprendre à quelle intéressante catégorie socio-professionnelle son propriétaire appartient. Puis ce pied semblé hésiter, avant de se mettre à opter pour une direction et à courir, rejoignant un arrière-plan coloré, rendu un peu mystérieux par un chouette bokeh (voir note).

     La version live du jeu épure donc l’original tout en gardant son aspect électrique. On peut regretter peut-être l’aspect sage de cette adaptation. La violence mise à part (tout de même très supportable pour un film de Miike), l’approche adulte du jeu (je pense notamment à ce qui touchait au sexe dans le jeu) a été mise de côté. Mais il ne faut pas croire que Miike a vendu son âme et qu’il a réalisé un film aseptisé. Ryu ga gotoku est réellement une adaptation réussie et personnelle d’un jeu vidéo, qui s’autorise parfois le second degré. Sans gâcher la surprise, un clin d’oeil amusant est fait au jeu à la fin du film, alors que Kiryu, bien mal en point, est le point d’être vaincu par une bande de malfrats. Finalement, Ryu ga Gotoku est peut-être le yakuza eiga de Miike le moins sombre, presque le plus « familial » (toute proportion gardée bien entendu).

Note : un bokeh est un terme de photographie qui désigne un arrière-plan rendu flou afin de détacher un élément de son environnement.

Ryu ga gotoku est disponible en DVD japonais, sans sous-titres.

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